‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 259 sur 468 · DES TÉMOINS · texte numérisé non relu

DES TÉMOINS

La première observation que j'ai à présenter ne roule que sur remploi du mot témoin; mais ceux qui ont réfléchi sur les idées savent combien elles dépendent des mots. Les termes impropres sont des chaînes qui lient les hommes à des pratiques déraisonnables. L'erreur n'est jamais si difficile à détruireque lorsqu'elle a sa racine dans le langage. Tout terme impropre contient un germe de propositions trompeuses ; il forme un nuage qui cache la nature des choses et met un obstacle sourent invincible à la recherche de la vérité.

Le mot témoin est employé pour désigner deux individus différents, ou le même individu dans deux différentes situations: celle d'un iémom percevant j c'est-â-dire qui a vu , entendu , connu par ses sens un fait sur lequel il peut donner des informations , s'il est interrogé : celle d'un témoin déposant y qui expose dans une cour de justice les informations qu'il avait acquises.

Le pom de témoin peut donc être appliqué aux parties elles-mêmes intéressées dans la cause , aussi bien qu'à tous ceux à qui on le 4pnne plus communément.

11 est bien étrange qu'après avoir entendu la dépo* sition ou la confession d'une personne examinée par le juge , on nie qu'elle ait agi dans le caractère de témoin.

Telle est l'inconséquence du langage : il semble qu'il existe une opposition naturelle entre ces deux caractères , partie et témoin, mémo débet esse testis inpi*oprià catM(J. Vieille maxime de jurispru ■ dence technique, toujours répétée, quoiqu'elle n'ait pour elle ni l'appui de la raison , ni l'autorité de la pratique ; car , en effet , les cas où on s'en écarte ouvertement sont pour le moins aussi nombreux que ceux où elle est suivie. Il n'y a pas d^homme ,

il n'y a pas même de juge , qui ait le moindre égard à cette maxime pour ce qui se passe dans le sein de sa famille. Mais telle est la force du préjugé, que les caractères de témoin et de partie sont généralement considérés comme incompatibles.

Cependant entre ces deux espèces de témoins, le témoin partie dans la cause et le témoin nonpartie , il y a des différences manifestes, et les arrangements ou les précautions à prendre envers les uns et les autres ne sont pas les mêmes. Il convient donc d'avoir une appellation qui les distingue et qui rappelle constamment cette différence essentielle entre eux. On peut désigner le témoin étranger à la cause parle nom de témoin externe; et celui qui a un intérêt immédiat , par le nom de par/ie déposante.

On peut appeler déposition spontanée celle d'un témoin qui expose de suite et de son propre accord, sans l'intervention de personne, tout ce qu'il sait relativement à la cause. Ce mode, le plus simple de tous, est le plus naturel de la part du demandeur ou du défendeur, chacun d'eux ayant connaissance de tout ce qui constitue son affaire.

Mais, dans tous les cas, il se peut que le juge soit appelé à faire naître le témoignage par une suite de questions , ou que les parties elles-mêmes s'en adressent mutuellement, ou cherchent à faire sortir la vérité des faits par l'examen des témoins externes. Tous ces procédés constituent l'art d'extraire le t^oignage.

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