‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 341 sur 468 · CHAPITRE XVU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVU

PaEUYES DmECTES ET CmCONSTANGIELLES COMPARÉES DAMS LEUR FORCE PROBAUTB.

On a quelquefois nûs en comparaison la preuve ctrcoostancielle et la preuve directe , sous le rapport de leur force probante, en les considérant Tune et Tautre en masse ; et d*après cette vue superficielle, on a donné la supériorité tantôt à Tune, tantôt à Tautre.

Il ne sera pas hors de propos de placer ici quelques observations propres à éclaircir le sujet.

La possession d'une de ces preuves, comme nous l'avons déjà dit, n*est jamais une raison pour négliger Tautre.

IMis il P^ut arriver , surtout dans un cas pénal , du côté de Taccusé, qu'une de ces espèces de preuves lui manque; et, dans les cas civils , Tune ou fautre espèce peut manquer à chacune des deux parties.

Prenant les circonstancielles dm$ le sens le plus général , de manière à renfermer toutes leurs modifications , il a déjà été observé qu'il n'y avait jamais eu un seul cas peut-être où il y eût une masse de preuves toute composée de preuves directes sans aucun mélange de circonstancielles : en effet , les preuves directes , par leur multiplication , venant à se combiner , à s'appuyer , à former une chaîne , il fout une œuvre du raisonnement , il faut , pour sentir leur force et leur union , tirer des infërences de l'une à l'autre; et par conséquent toutes ces portions de preuves directes agissent dans le caractère de preuves circonstancielles, la preuve directe étant celle qui ne demande point d'inférence, tandis que la circonstancielle n'est , en quelque façon , composée que dinfcrences.

Mais la preuve circonstancielle, c'est-à-dire la preuve toute composée d'inférences , se présente quelquefois sans aucun mélange de preuve directe; et dans ce pur état , elle sert souvent de base à des décisions.

Abstraitement considérée, on ne saurait contester que la preuve circonstancielle ne soit inférieure à la directe. Nous venons d'en donner la raison. I^ preuve directe ne demande aucune inférence ; la

chrconstancielle ne peut exister que par des infërences , et à peine y a-t-il une inférenee qui ne soit sujette à être erronée.

Strictement parlant, dans le cas de la preuve directe, il y a encore une inférence; mais elle est toujours de la même nature : du rapport des faits produits par le témoin, on infère que les faits sont vrais.

Relativement à la preuve circonstancielle qui se forme par voie d'argument, ceux qui ont voulu établir sa supériorité de force probante ont dit en sa faveur qu*elle ne pouvait pas mentir. Mais cela n'est vrai que de certaines modifications de cette classe de pn^ves.

La preuve et la seule preuve qui ne puisse pas mentir est celle qui , sans l'intervention du témoignage humain , se présente directement aux sens du juge. Telle est la preuve réelle; on en peut dire autant du témoignage mensonger lui-même ; on ne peut pas se tromper dans l'inférence qu'on en tire contre la véracité du témoin , inférence en vertu de laquelle la fausse réponse prend le caractère de preuve circonstancielle.

Mais toute preuve qui , avant d'arriver aux sens du juge, a passé par la bouche ou par la plume d'un être humain , est aussi susceptible d'altération par mensonge que la preuve directe; et toutes les modifications des preuves circonstancielles sont dans ce cas , sans en excepter la preuve réelle, lorsqu'ayant passé par Tintermédiaire d'un témoin, elle n'est plus preuve originale, mais simple rapport.

Or un faux en matière de preuve écrite, un faux en matière de preuve réelle , peuvent avoir le même effet pour tromper le juge qu'une preuve directe personnelle dans la bouche d'un témoin mensonger. Leur effet pernicieux peut être précisément le même.

Toutefois ce n'est que par accident et seulement dans certains cas qu'une preuve réelle peut être l'objet d'un acte de faux , ou recevoir une altération qui la rende décevante, au lieu qu'il n'est aucun cas où un témoin ne puisse mêler à sa déposition quelque mensonge s'il y a quelque motif assez puissant pour l'engager à en courir les risques.

Avantaget particuliers des preuves circooslancielles.

Les preuves circonstancielles sont utiles de trois manières.

1* Plus on embrasse une grande variété de faits, plus le foux est exposé à être découvert; car chaque allégation fausse étant sujette à être renversée par son incompatibilité avec des faits notoirement vrais, plus il y aura de ces faits fiiux , plus sera grande la chance de les démasquer. Or voilà l'avantage des

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