‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 417 sur 468 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

NATURE DB l'aRGUIIENT TIRÉ DR L*1MP0SSIBLE ET DE

l'improbarle.

L'argument tiré de Timpossible ou de Timprobable , par rapport au fait dont l'existence est affirmée , revient donc à celui du contre-témoignage , et n'est au f9bd qu'une preuve circonstancielle.

Le fait en question est en opposition avec le cours ordinaire de la nature. Ce cours ordinaire de la nature est établi et connu par l'expérience la plus générale, et il peut l'être directement par le témoignage d'une multitude indéfinie d'individus.

Cette masse de témoignages présumés peut s'appeler ctmtre-témmgnage général y et cette dénomination les distingue clairement du contre-témoi" gnage spécialj dont il a été question dans les livres précédent^.

Mais, dira-t-on, quand il s*agit d'un fait impossible, intrinsèquement impossible, son impossibilité saute aux yeux; il est jugé aussitôt qu'énoncé ; il n'est pas besoin de recourir à d'autres faits pour les opposer à celui-là , on le rejette sans s'embarrasser d'aucune preuve.

Je conviens que le langage ordinaire nous conduit à penser ainsi : mais cette notion , examinée de près, paraîtra fort i^xacte. La nature du cas exige que d'autres faits sAnit pris en considération, et ces faits, n'étant pas mis en avant sur des preuves directes , ne peuvent se ranger que sous le chef de preuves circonstancielles : or il ne faut pas oublier que les preuves de cette classe sont toujours exposées à être combattues, non-seulement par des contre-témoignages spéciaux , mais encore par des suppositions infirmatives.

Prenez un cas de sortilège. Il faut se rappeler que des objets qu'on ne mentionne pas aujourd'hui sérieusement étaient , parmi nos aïeux , une cause de terreur : le fait imputé est qu'une vieille femme a voyagé dans les airs avec une vélocité prodigieuse sans autre instrument qu'un manche à balai.

Croyez-vous ce fait? — Non. — Pourquoi? — Parce

laie de cet ouvrage. Par rapport à ceux qui peuvent fermer des queitions daos les tribunaux, et dont la propriété et l^bonneur peuvent dépendre , ne serait-ce pas une chose désirable que le fouvernement prit des mesures pour s'assurer de leur authenticité et pour les conserver dans uo registre? A présent les faiu de cette classe ne reposent que sur la fox d*uD paragraphe dans les papiers publics. Mais qui peut dire s'il n*arrive pas quelquefois qu*un fait faux de cette nature est ainsi jeté dans le public avec quelque intenUoD secrète de servir de preuve dans quelque cas Indi-

qu'il est impossible. — Impossible ! donnez des «preuves? —Qu'est-il besoin de preuves? Raisonner sur une pareille extravagance c'est avoir perdu la raison.

Voilà sans doute un préjugé légitime et qui fait honneur aux lumières du siècle : mais celui dont l'opinion n'est fondée que sur ce préjugé, aurait condamné les sorciers dans le temps où le préjugé était contre eux.

Je rejette aussi le fait en question : mais pour* quoi? Parce que , s'il était vrai, il serait en contradiction avec les lois de la nature. Une de ces lois est qu'aucun corps ne soit mis en mouvement , à moins que la force motrice ne soit suffisante pour vaincre l'attraction de gravité , etc. , etc.

Mais en me référant à ces lois de la nature, en les alléguant pour abréger la discussion , ai-je fait autre chose que de me référer à un assemblage immense de faits avec lesquels le phénomène en question me parait incompatible? Tous les corps à moi connus ont une tendance vers le centre de la terre. Mais comment suis-je conduit à tirer une conclusion si générale? Je le suis par mon expérience personnelle , par le témoignage de mes semblables, par celui des savants qui ont fait leur étude particulière des connaissances naturelles et qui ont écrit expressément sur ce sujet. Cette masse d'informations toujours croissante peut, si on veut l'analyser, se réduire à autant d'articles distincts de preuves , perception , rapport, tény ignage oral ou écrit , etc. .

Mais à quoi tout cela monte-t-il ? 11 n'y a pas là une preuve directe qui combatte le voyage magique supposé. Qu'est-ce donc? Ce sont des preuves circonstancielles et pas autre chose.

Ainsi tout l'argument tiré de l'impossible se réduit à une disposition de notre esprit à rejeter les faifs extraordinaires , les faits qui ne sont pas conformes aux faits habituels. Or cette disposition de notre esprit , fondée sur l'état actuel de nos connaissances , n'est point une preuve concluante contre l'existence de ces faits : notre incrédulité à leur égard ne peut pas les anéantir s'ils ont existé. Nous disons qu'ils sont contraires aux lois de la nature : mais celui qui les affirme nous répond

viduel? Comme preuve unique du fait en question, il se peut que le juge fasse ou ne fasse pas alteotion à ce paragraphe. Mais quoique! ne Padinette point directement, \\ peut toutefois avoir une certaine influence sur son esprit. Le Juge, dans le doute, peut avoir recours au témoignage scientifique des experts ; mais ce témoignage des experts ne peut-il pas être fondé sur tel ou tel rapport dans les publications périodiques dont PefFet reste dans Tesprit, lors même que Ton ne peut plus se rappeler où Ton a puisé le fait ?

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