DE LA DÉPORTATION A BOTANY-BAY
armé est sujet aux plus grands abus. Se fier à sa pi(ié, même à sa justice, dans un emploi qui endurcit le cœur, c'est connaître bien mal la nature bomaine. Dès qu'il faut infliger des peines corporelles , Findividu qui en est chargé sera dégradé dans l'opinion ; et il se vengera de sa bassesse par l'abus de son autorité.
Nom nil asperîus humîlî qui surgit in a/lum ' .
Les travaux qui exigent de grands efforts doivent être h\t$ par des hommes libres. Ce qu'on arrache par Peffet de la crainte n'est jamais égal à ce qu'on peut obtenir par l'attrait delà récompense. Le travail contraint est toujours inférieur au travail volontaire , non-seulement parce que l'esclave est intéressé à cacher ses forces, mais parce qu'il lui manque l'énergie de l'âme dont la vigueur musculaire dépend à beaucoup d'égards. C'est là , pour le dire en passant, un principe bien fécond dans ses conséquences. Que les souverains dont les peuples sont encore dans un état d'esclavage calculent ce qu'ils perdent par cette infériorité générale du travail , ils sentiront bientôt que des opérations graduelles d'affranchissement seraient pour eux la plus belle des conquêtes. — Me voilà bien loin de mon sujet : j'y reviens.
Les travaux des mines, excepté dans des circonstances particulières, sont peu convenables pour des malfaiteurs , en partie par la raison que je viens de donner, en partie par le danger d'avilir ces occupations. On y associerait bientôt les idées de crime et de honte: mineur et criminel deviendraient peu à peu synonymes. Ce ne serait pas un inconvénient, si le nombre était suffisant pour l'exploitation des mines ; mais, dans le cas contraire , on s'exposerait à manquer d'ouvriers , en inspirant de Taversion pour ce travail à ceux qui l'exercent volontairement , ou à ceux qui sont encore libres de choisir.