PREFACE. XIX
PrisoHj pour « emprisonnement » (p* 4^8) • « L^ Espagnols se Tengeoient par une longue et rude prison de Tentre* prise que le duc de Guise avoit faite.... ».
Gaàuti^ galante (p. 1 1, la, 78), galanterie (p. 8, ai, Spo), avec diverses nuances de signification moins usitées qu'autre* fois, mais toujours fort intelligibles (voyez ci-dessus, p. vui).
Présent^ absolument, pour « présent au souvenir » (p. ao) : « La douceur de la régence de Marie de Médicis étoit encore prieenie ».
Ardent (p. 337), « enflammé, en feu », au propre : « Cette cave ardente devint un fossé qui ne se pouvoit passer ».
Marguer^ « braver » (p. 143)*
Appeler^ absolument, pour « appeler en duel » (p. 91) : « Il dioistt d'Estrades pour appela le duc de Guise ».
Courrcj forme vieillie, ancienne conjugaison, pour « courir » (p. aôa) : « •••• On faisoit courre le bruit de FaiTéter ».
AjuMîer (p. 38a), au figuré :«•... Ajuster les conditions de la paix ».
Entamer quelqu'un (p. 7$), « entreprendre sur » ce qu'il est, ce dont il jouit : a Ôter le Havre des mains du duc de Richelieu pour me le donner,... c'étoit en même temps me (aire du bien..., et c'étoit entamer aussi les parents du cardinal de Richelieu ». Ce verbe est toujours fort usité au figuré, mais, le plus souvent, avec des nuances, dans l'acception, voisines de celle-là plutôt qu'identiques.
Après ^ pour « derrière » (p. 389) : « Il rencontra.... le Coadjuteur marchant après plusieurs chasses et reliques »•
Rien ou presque rien de suranné non plus dans les locutions composées, les alliances de mots, les nuances de signification qu'ils tiennent de leurs dépendances ou compléments. On ne peut parier de désuétude que pour un bien petit nombre des extraits que voici :
Ordres de la guerre (p. 4^7)* pour « régies de la guerre, tout ce qui se rapporte à l'art de la guerre » : « Le duc de Bouillon étoit vaillant et savoit parfaitement tous les ordres de la guerre ».
A bout touchant (p. ia6), « à bout portant 1.
Un lieu de si grande garde (p. aoo), « si difficile à garder »•
Charger dune violence (p. a3), « rendre coupable d'une violence, faire commettre une violence ».
XX LEXIQUE DE Là ROCHEFOUCAULD.
FcUre ferme (p. 333) , « tenir ferme » : « Quelques escadrons fireni ferme près de Miradoux »•
Prendre le temps de (p. la), c saisir le moment de » : « (lia comtesse de Oirlille) prit le temps^ à un bal, «fentretenir.... le due.... ».
Succès malheureux^ sans complément (p. i3}, pour « malheureuse issue » : « Il se retira après un succès malheureux » .
Faire la paix de, la paix des huguenots, « amener cette paix, en hâter la conclusion » (p. 1 3).
Appellerons-nous Tattention sur la construction braises gens^ au sens d* « hommes braves » (p. 4^3) : « On le prit (Mourond) avec moins de résistance qu'on n*en devoit attendre de si braues gens »? sur cet emploi à! honorer avec passion^ ob c*est ridée, plutôt que les mots, qui est à remarquer : « Pour honorer leur passion (par le haut rang de ceux qu^unis par cette passion ils réussiraient à compromettre), ils (Mme de Chevreuse et le comte de Hollande) formèrent le dessein de faire une liaison d*intrigue et même de galanterie entre la Reine et le duc de Bouquinquan » ? sur avoir le crime de (p. 19), « pouvoir être accusé de » : « Il fut arrêté prisonnier..., et Mme de Chevreuse fut reléguée à Tours, noxcaU de crime Tun et l'autre que d^ètte attachés à la Reine » ? Nous avons eu occasion de parler plus haut (p. xiii) de prendre avec prisonnier^ qui se lit page 335, et ailleurs plus d'une fois dans les Mémoires.
Il va sans dire qu'il n y a point à tenir compte, dans une étude historique sur le langage, ni de termes qui ne sont vieux et rares que parce que les choses qu'ils désignent n*existent plus et que l'occasion de les nommer ne s'o£fre guère, comme par exemple : la colonelle (p. 4^3), désignant la première compagm'e d'un régiment; ni non plus des termes techniques, demeurés usités, de guerre, de fortification, etc., qui n'arrêtent aujourd'hui bon nombre de lecteurs que comme ils faisaient autrefois. Tels sont : difUery passer un à un à la file, l'un derrière l'autre (p. 370); logement : « •••• attaquer un logement sur la contrescarpe » (p. 98) ; nettoyer la tranr chie (p. ao3). Quant à cette phrase énergique : « Entrant^ répée à la main, dcms les bataillons de Champagne et de Lorraine, il (Coudé) les renversa dans le fossé » (p. 335), si elle n'attire pas, dans cet examen, notre attention, ce n*est pas qu'elle ait rien de technique ; cet emploi de mot, ce
PRÉFACE
tour n'intéressent qne le style ; Tâge de la langne n*est là pour rien. Cest une remarque générale qu*il ne faut point perdre de vue : peut-être s'étendrait-elle même à quelquesunes de nos citations.
En résuméy c^est surtout, je le répète, par sa manière de fiure la phrase, d*en ajuster les parties, . que la langue de la Rochefoucauld diffère, dans le récit historique, de celle d*à présent, et de celle que lui-même écrit dans ses œuvres de morale. Ni dans celui-li, ni dans celles-ci, il n'affecte, malgré tonte sa finesse et tout son art, ce genre d'originalité auquel rise, par exemple, assez souvent la Bruyère*, et qui consiste k détourner les mots de leur simple et ordinaire acception, à leur donner un sens a lui, à réduire ou étendre leur valeur propre par une façon recherchée de les construire, de les accompagner. Il n'est nulle part écrivain à procédés, à petits artifices ; il n'a rien qui sente la prétention, le précieux, la manière.
L*opuscule, très-authentique, qui est intitulé jtpologie de M. le prince de Marcillac^ et dont une découverte de Victor Cousin à la bibliothèque de PArsenaP a enrichi, il y a une trentaine d'années, l'œuvre de la Rochefoucauld, mérite tout particulièremeut, tant par lui-même que comme terme de comparaison, d'être examiné au point de vue de la langue. Nous l'avons placé à la suite des Mémoires^ au tome II, p. 439 a 4^8* Antérieur de près de vingt ans à la première édition des Maximes^ de trente à la dernière, il nous donne un point de départ au moyen duquel on peut étudier le progrès de Fauteur dans l'art d'écrire et celui qu'il a fait faire, dans cet intervalle, à la prose française, par un constant exercice et en la maniant avec une habileté et une aisance croissantes. Ce prc^ès, i ne rapprocher même cet écrit que des ilf^molref , de structure moins dégagée, nous l'avons dit, que les Maximes^ consiste surtout dans l'assouplissement de la phrase. Mais on va voir, par un relevé facile à faire complet pour ce peu de pages, que, si même on ne compare la Rochefoucauld qu'à lui-même, je veux dire V Apologie à ses ouvrages postérieurs, elle ne laisse pas de dater aussi çà et là par quelques mots et locutions.
I. Vojcs la préface da Lexique de la Bruyère^ p. thi et MÛTantet* a. Tome XXU (p. S3i-568) des manntcriu de Connut, lérie iii-4*.
Possible^ adverbialement, pour c peut-être » (p. 4^9 et
Aifoir accoutumé de (p. 44^) * * (La Reine) avoit accou" tumé de dire qu'elle ne voyoit plus de gazettes, dès qu*eUe n^avoit plus à craindre pour moi ».
Se reculer (ibidem) ^ « reculer le moment de sa fortune » : « Je commençai à m*apercevoir que je me reculais par les mêmes voies qui dévoient m^avancer ».
Montrer de^ suivi d'un infinitif (p. 44^) * * (Mazarin) eat quelque honte de montrer ses vices à celui qui montrait encore de ne lui en croire point » .
Se bander contre (p. 44^) :«•••• Tous ceux qui s^éioient ouvertement bandés contre lui • .
ji r heure {ibidem)^ « à cette heure-là, alors ».
Cercle^ « réunion des dames assises en présence de la Reine » (p. 44?) ; cabinet^ « conseil où se traitent les affaires d'État » (ibidem) : « J'avois ri de quelque conte qui n'étoit pas assez du cercle ni du cabinet » .
Choses communes [ibidem) ^ pour dire « petites places, postes peu importants » : « On me réduisit tout d'un coup aux simples espérances des choses communes qui pourroient vaquer ».
Receifoir à, suivi d'un substantif ou d'un infinitif (p. 44^ ^^ p. 4S1) : « Ils me reçurent la première fois à une défense régulière » ; « On reçut M. de Parabère à faire les siennes (ses déclarations) ».
Récompenser quelque chose (p. 4^)» * ^^ payer le prix, en être pourvu en en payant le prix » ; comparez (p. 44^ et note i ) récompenser de quelque chose, « en donner l'équivalent ».
Ruiner une affaire (p. 4S0 et p. 4^1)-
Refuser de^ suivi d'un substantif (p. 4S1) : « .... herefusat-on (mon père) de la survivance qu'il demandoit pour moi ».
Faire entendre à (ibidem)^ « faire consentir à » : « .... Les conditions qui VaiH)ient fait entendre à se déclarer ».
Obliger de (p. 4Sa) : « .... Nous obligeant de rien »•
Entrées^ au figuré, ce semble, à la fois et au propre (p. 4^3) : « M'offrant toutes les entrées qui pouvoient marquer la dernière familiarité, etc. ».
Chasser un visiteur (p. 4^6), « s'en débarrasser », sans que le mot implique l'idée d'un affront.
Abondant (p. 459), « fertile » : « Les provinces les plus