‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 2)Chapitre 13 sur 668 · XXVIII LEXIQUE DE LA ROCHEFOUCAULD · texte numérisé non relu

XXVIII LEXIQUE DE LA ROCHEFOUCAULD

La comparaison de notre texte des Mémoires avec les rédactions antérieures donne lieu à des remarques analogues, naturellement plus nombreuses, Touvrage étant beaucoup plus long, et, en partie, plus caractéristiques pour Tâge relatif de la langue.

Pour le genre, nous n'avons qu*un nom à citer : c'est ren-^ contre ; le masculin « ce rencontre » a été trois fois remplacé parle féminin « cette rencontre » (p. a84y note 4 ; 286» note i ; 4 16, note i), que nous trouvons plus loin, dès la première rédaction (p. 4^9* no^^ 3). Pour le nombre, le ^pluriel ap^ proches est changé en singulier dans cette phrase : « Les nouvelles que Ton eut des approches du maréchal de la Mailleraye » (p. 195, note 3). Les deux exemples suivants sont inveraes, en ce sens que c'est le singulier substitué par notre auteur au pluriel qui a vieilli ; l'un : « sans munition de guerre » mis à la place de « sans munitions.... » (p. 335, note 4; dans ce passage : « le peu de munition qu'il avoit •, p. 337, il y a le singulier dans tous les textes) ; l'autre : l'ancien collectif magistrat remplaçant le pluriel magistrats (p. 349, note 4)* Ailleurs l'accord : « un très-grand nombre de gens sortit • a été corrigé en «.... sortirent » (p. 188, note 5).

Pour le vocabulaire, le choix des mots, le substantif aban-donnement (p. 226, note i) disparait par suite d'une assez longue suppression; acheminement cède la place i arrii^ée (p. !io8, note 5); massacre^ très-opportunément, à meurtre (p. 4^ If note 4) ; P^tf'i à partie : « la plus grande pari des peuples », « la plus grande partie des peuples » (p. i3i, note a); particularités à partialités (p. 339, note 5); pesant teur, au figuré, à poids : « la pesanteur de la guerre », « le poids de la guerre » (p. 268, note 2); deux fois la locution : « la Princesse douairière » est préférée à c la Princesse la mère • (p. 178, note 5; p. 188, note 2).

Dans les adjectifs, intentionné devient disposé dans ce passage : « Jamais Paris n'a été mieux intentionné pour Monsieur le Prince » (p. 4i4« note 3) ; mauvais est substitué à méchants dans celui-ci : « le blâme des méchants événements » (p. 347, note 6) ; ailleura supportable fait place à excusable : « un emportement qui eût été plus supportable à un amant qu'à un frère » (p. 352, note 2 ; avec l'un et l'autre adjectif, Yà pour chez a teinte d'archaïsme) ; la locution « un ressentiment tout entier », c'est-à-dire « ayant toute sa force première », à « un très-grand ressentiment » (p. i63, note 5).

PRIÎFACE. XXIX

Les chaDgements de Terbes sont dignes aussi d'attention. Dans cette phrase : « La prison de Monsieur le Prince avoit apparie un nouveau lustre à sa gloire » (p. aSj, note a), ajouté saccèàe à apporté \ engageoU à aUachoit^ dans celled : « Il aitachoU..», M. le duc d'Orléans à soutenir.... » (p. i3g^ note a) ; arriva à fut dans cette autre : « Son retour qui fui bientôt après » (p. 8099 note a); un peu plus loin, retira à tira : « On tira,.,* à Coîgnac tout ce qui put être transporté de la campagne » (p. 3ii, note i); ailleurs, « rétablir son autorité » à « remettre son autorité » (p. 1689 note 6); avoir de à prendre contre^ avec le substantif impressions : « Les impressions que le monde avait prises contre lui » (p. 136, note 6), texte définitif : « que Ton avoit de lui *; Tactif mander j « engager à venir » ^ au neutre mander à pris absolument dans le sens d' « envoyer un avis » : « Le duc... manda aussi à ses amis, qui le vinrent joindre » (p. 184» note 3). Double changement de verbe dans cette phrase-ci : « La proposition qu'il lui avoit faite.... d'engager Monsieur le Prince kprétendre d'être connétable, à quoi il n'avoit jamais voulu entrer » (p. i65, notes 6 et 8); demander prend la place de prétendre^ et prétendre celle A^ entrer.

Les rajeunissements les plus fréquents sont ceux qui portent sur les mots invariables, prépositions et autres.

Modifications d a, de^ en^ vers (nous mettons la leçon dernière entre parenthèses, à la suite de Tantérieure) :

« Le peu de confiance qu'il (Monsieur le Prince) crut devoir prendre.... à {en) la cour » (p. 4oo, note 5).

« Engagé.... aux (dans les) intérêts de Monsieur le Prince » (p. 4^9, note 7).

« Elle avoit.... tenté inutilement de se raccommoder à (etpec) la cour » (p. 354, i^^te i).

« Essayer à (de) les amuser » (p. 317, note i); ailleurs (p. 317, note 4)t l^s premières rédactions nous donnent essayer de; et un autre essayer à est corrigé dans la dernière édition, p. i34, note 4-

« Leurs forces.... n'étoient pas suffisantes de (pour) tenir la campagne » (p. 344t note 6).

« M. le duc d*Orléans.... se déclara ouvertement de vouloir (déclara ouvertement quil iwa/oî/) la liberté des Princes • (p. aa7, note 3).

Pour det nous ajouterons du depuis^ corrigé deux fois en

XXX LB)ClQUE DE LA ROCHEFOUCAULD.

depuis (p. 24S» ^^^ 7) 391, note 4); ^t oe changement, qui peut étonner, d*un vieox tour encore fort usité alors : « Ce qui étoit ele (le) plus sensible à Monsieur le Prince > (p. 400, note i).

« L*impression qu^il avoit qu'elle n*eut trop de part en (à) cette guerre » (p. 353, note 7).

« Il parut assez d'émotion en [sur) son visage » (p. SSg, note 10).

« Des gens en armes (armés) » (p. 417» note i).

« Il lui pouvoit être.... utile i^ers [auprès de) Monsieur et î^ers (auprès de) Monsieur le Prince » (p. 347, ^^^ ^)*

a Les divers procédés de M. le duc d'Orléans et pers (en* ifers) Monsieur le Prince et i^ers (enifers) les Frondeurs » (p. 167, note 10; même changement, p. i6a, note 6; 242, note a; 273, note 4; ^76, note 8; 3o6, note 3; 354i note 5; 365, note 3; 391, note i). On peut voir dans le Lexique alphabétique que ifers, en ces emplois surannés, a été conservé dans plusieurs endroits.

Ailleurs, c'est uers^ corrigé dans ces passages, qui, à son tour, corrige det^ers.: « Us retournèrent deuers{yers) le duc d'Épemon » (p. 196, note 5).

Modifications d'autres mots invariables, et, entre autres, de mots devenus purement adverbes, mais employés en outre anciennement comme prépositions :

Dedans^ avec un nom pour complément, remplacé par dans (p. 181, note 2; 317, note a).

Deuant^ avec un nom pour complément, remplacé par açant (p. i8a, note 6); « deçant (aidant) que d'être » (p. 334, note i); deçaiU (aidant) que le comte d'Harcourt.... pût être arrivé » (p. 336, note 3 ; voyez la même substitution devant un autre subjonctif, p. 355, note 7 ; 366, note 8; 371, note i).

AuparawuU^ qui, suivi d'un nom pour complément, est substitué, dans la seconde rédaction, à devant^ de la première, devient, dans la définitive, avant (p. 343, note 5); la locution conjonctive « auparavant que de (se déclarer) » devient a awuU que de^ etc« » (p. 278, note 7; voyez le même changement devant le subjonctif, p. \ool^ note 10). « Le jour di*auparar vont » est corrigé en « le jour précédent » (p. 168, note 3| et p. 3i6, note i).

Plusieurs des changements de devant^ auparavant^ ont été faits dès la seconde rédaction ; ainsi que celui de « cUdeiHuU

PKEFACÈ. txjLi

(secrétaire d*État) » en « auparavant , etc. » (p. aSa, note i). Dès la seconde aussi* noos voyons « incontinent après » remplacé par « aussitôt après » (p. i4o» note 6); « en suite de ces choses », par ensuite sans complément. En passant, nons remarquerons, à cette occasion, que le mot choses est assez firéquemment effacé (p. 33i, note lo; 364f note 9, etc., etc.).

L'archaïsme « au desçu de* » (p. 161, note 3) devient d*abord « sans la participation de », puis disparait sans équivalent.

Dans le texte définitif seulement, cependant que fait place k pendant que (p. apS, note 5); « d^auUuU qu'A avoit senti » à € parce quîl avoit senti » (p. i4o, note a).

Proche change son rapport au complément : • un lieu proche le («bi) château » (p. 349, °^^^ ^)*

Pour la substitution de presque à qucui^ que nous avons relevée plus haut en comparant les divers textes des Maximes^ voyez p. 3a a, note 3; 42S9 note 5.

Particulièrement remarquables comme rajeunissement sont les tournures qui dégagent, les coupes, les tours par des Gonjonctions substituées aux participes. Par la coupe d'une phrase en deux, le lourd membre : « de sorte qu'ayant pénétré que », devient d^abord : « Ainsi ayant pénétré que », pois : " ^1 connut que » (p. i45, note i). Par Temploi d'une conjonction, cette proposition absolue : « et ainsi, n'étant point des troupes réglées, il étoit impossible de les retenir », s'allège en : « et, comme ce n'étoient point, etc. » (p. 189, note 7). Cette très-choquante proposition absolue, qui, même comme latinisme, ne serait correcte que si on retranchait et : « Leduc... étoit à la barricade..., et laquelle étant enfin emportée, il alla, etc. » (p. aoa, note 3), fait place à cette tournure aisée : « .... et après qu'elle eut enfin été emportée ».

Notons ici, a propos des participes, ce défaut d'accord, dans la première rédaction : o Aux conditions que j'ai déjà du 9 (p. a97, note a), qui, bien qu'il s'explique par la valeur quasi conjonctive qu'ont souvent les mots « aux conditions que, à condition que », a été corrigé, dès la seconde rédaction, en « é... que j'ai dites ».

Le changement de l'ancienne construction i « pour ne donner pas lieu » en la nôtre t « pour ne pas donner lieu »

t. Qnds, par mëgarde, dans le Lexique alphabétique.

xxxii LEXIQUE DE LA ROCHEFOUCAULD.

(p. 279, DOt€ 4)f surprend un peu, tant la première était courante alors (voyez Y Introduction grammaticale^ p. cvii); mais ces deux autres modifications : « Il se trouveroit en peu de sûreté (peu en sûreté) dans ses terres » (p. 181, note 5); et « craignant quil les opprimerait (quil ne les opprimai^ » (p. 217, note 5), semblent si nécessaires qu^on s'étonne que Tauteur ait eu à les faire ou qu'il ne les ait pas faites dès le premier jet*.

Nous avons donné dans le quatrième appendice aux Mé^ moires (p. 553-557) un relevé de corrections qui paraissent être de la main de la Rochefoucauld et dont la plupart ont passé dans le texte définitif. Nous y remarquons, outre quelques abrègements et dégagements, se rapportant aux pagres 265 y 268, 269, une suppression du mot créance (p. 21 5, /. 10; voyez ci-dessus, p. vu); sur quoi remplacé par mais (p. 282, /. 3) ; « de la Champagne et Lorraine » par a de Champagne et Lorraine » (p. 335, /. 6); le changement de « reçut nouvelles » en « reçut des nouvelles » (p. 344f /. 1); la substitution de « il falloit Ten mettre à couvert > à « il falloit le mettre en assurance » (p. 335, /. dern.)\ de cette phrase : « La nécessité de repaître le fit retarder quelques heures, et donna a Sainte-Maure le temps dont il avoit besoin » (p. 363), à ce tour incorrect, qui s'explique par Tancienne orthographe coupant en deux mots la locution adverbiale « long temps »:«.... le fit retarder long temps ^ et donna à Sainte* Maure celui dont il avoit besoin »•

Nous espérons que ceux des lecteurs, s'il en est, qui auront eu la patience de nous suivre dans les minutieux détails où

I. Tant pour les Maximes que pour les Mémoires, on trouTera de bons exemples de remaniementt et d*heureuiet réductioni : I, Sy et note i de la page 58 ; 69 et note a ; 76 et note 5; 9a et note i ; 116 et notes 3 et 6; ia6 et note 3; ia8 et note a; i3i et notes a et 3; i34 et note i; i35 et note 3; i5i et note i; II, a 10 et note i; 3o3 et note 9 (pléonasme); 3aa et note 5 (répétition); 4*7 et note 5 (pléonasme), etc., etc. *— Comme exemples de substitutions, d'équivalences on quasi équiTalences, on peut voir en outre : I, lai et note i; i%j et note a; 149 et note 3; II, 160 et note 7; a5i et note 4; ^65, note 3; a69 et note 3; 3a3 et note 5 (image changée en un terme abstrait, s*itabtir)\ 354 et note 6. — Enfin les deux premières parties de notre appendice du tome II (p, 471*499) offrent encore un facile moyen de comparaison entre deux temps de rédaction ; ce que Tauteur a gardé dans son texte définitif j est distingué du reste par le caractère de Timpression.

Page 1