‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 2)Chapitre 14 sur 668 · PREFACE. XXXIII · texte numérisé non relu

PREFACE. XXXIII

nous venons d'entrer pour la comparaison des rédactions d'époqae diverse, nous pardonneront d y avoir regardé de si près, n le fallait pour tâcher de saisir^ à la distance de peu d^années, des signes, bien légers souvent, d^épuration, parfois de nmples nuances. On a rangé la linguistique dans ce qu on nomme « les sciences naturelles ». Que ce soit à tort ou à raison (ici n'est pas le lieu d'examiner ce point), ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle imite, non sans fruit, leurs procédés d'observation, et, à sa manière, se sert, comme elles, du microso^.

Il ne nous reste plus qu*à parler des Lettres^ contenues dans la première partie de notre tome III ^, sur la nature desquelles M. Gourdault a dit, dans la Notice qu'il a placée en tête (p. 3-1 a), ce qu'il y avait à en dire. Sauf les onze pre* mîères et ensuite un très-petit nombre d'exceptions, dont la lettre unique à Mme de Sévigné fait déplorer la rareté, ce qui s'est conservé de lettres écrites par la Rochefoucauld luimême se rapporte : d'une, part, à la seconde Fronde, c'est-àdire à une époque où il avait tout autre chose à faire qu'à soigner et ciseler ses phrases; d'autre part, à la composition des Maximes j devenues l'objet de rapides et fréquentes commua nications entre lui et Mme de Sablé, et aussi de quelquesunes avec M. Esprit. Nous bornant à cette partie personnelle, s(Ht autographe (c'est le cas le plus ordinaire), soit autrement authentique, mais malheureusement si brève et hâtive, à peu près toute, de la G)rrespondance, nous en extrairons, pour achever l'examen, tel que nous l'entendons ici, de l'ensemble des œuvres, quelques particularités caractéristiques.

Pour la plupart des faits de syntaxe, de construction, nous renvoyons, comme toujours, à Y Introduction grammaticale^ en remarquant seulement, d'une façon générale, que, bien qn^éciites de prime saut, et presque sans ratures, sans re* touches, les lettres autographes de la Rochefoucauld sont d'un tour assez dégagé : on y est rarement choqué, comme dans tant de lettres de l'époque, par l'embarras de la struc-

I. Duu le Lexique, ou reconnaîtra aUëment, par le chiffre m du renvoi, ce «|iii est extrait des Lettres^ et, par l*a8tërisque, ce qui n*est pas de la Rochefoucaiild. Nous arons dit ailleurs pourquoi, dans le dëpouillemeat, il a été tenu compte de cela même, comme intéressant Tidiome cornant de Tëpoque, à dirers degrés de culture.

La RocHsrovGAULD. m, a o

xxxiT LEXIQUE DE LA ROCHEFOUCAULD.

ture, par renchevêtrement des périodes; la phrase y est soovent déroulée, les propositions liées avec une heureuse aisance.

Voici des exemples à noter pour remploi et la valeur des mots :

Posture^ au figuré (p. 36) : « Bien que ce soit une chose assez ordinaire à une personne en Tétat où vous êtes de recevoir des compliments de ceux qui se trouvent en IttpoMttsre où je suis, etc. » .

Longueurs (p. 5i), où peut-être nous dirions plutôt « lenteurs » : « On périt par des longueurs »•

Soinj pris absolument (p. 134 et p. i38) : «Je vous rends mille très-humbles grâces de votre soin » ; a Je ne croyois pas que vous voulussiez.... me reprocher de manquer de soin pour vous ».

Manière^ employé de même absolument (p. 196) : « J*ai eu celle (l'abbaye) de Fonfrède...; il ne se peut rien ajouter à la manière^ et tout s*est passé là-dessus comme je le pouvois souhaiter ».

Gloire^ avec un sens, commun alors, beaucoup plus large qu'aujourd'hui (p. 127 et note 1).

Douteusement{p, aai), « avec peu de certitude » : « J'en ai appris la nouvelle si douteusement, que je me flatte encore de quelque espérance» (voyez aussi p. 128 et p. 17a).

Considérer quelqu'un (p. ia3), « penser à quelqu'un, tenir compte de quelqu'un » : a Je vous ai considéré ^ comme je l'ai dû faire, dans toutes les craintes de sa maladie ».

Affectionner une affaire^ « s'y intéresser vivement » (p. ay).

Songer en (p. i83), plus fort, ce semble, que « songer à » ; c*est bien le texte ; mais ne serait-ce pas un lapsus ? « Vous m'écrivez hardiment comme si vous aidiez songé en moi depuis que je suis parti »•

Faire ressouvenir à quelqu'un de quelque chose (p« 196) : « Je lui en ferai ressouverUr », tour au reste fort légitime; bien que le verbe s'emploie surtout comme réfléchi : « se ressouvenir », il a encore, dans le très-bon usage, son sens primitif impersonnel : « il me ressouvient j» .

Toucher à (p. aoo), a concerner, intéresser » : « Il n*y a personne au monde..., à qui cela touche VblvlI qu'a moi »•

Évanouir (p. ao), neutralement, pour le réfléchi « s^évanouir » : « Il a voit pensé évanouir », archaïsme qui se trouve aussi dans Saint-Simon {Mémoires^ tome III, p. a9a et note i, édition de 188 1).

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