‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 2)Chapitre 5 sur 668 · I. Tome III, f* partie, p · texte numérisé non relu

I. Tome III, f* partie, p

lY LEXIQUE DE LA ROCHEFOUCAULD.

pente et nature, que leur mémoire est moins nourrie des réminiscences du latin et du grec, moins gênée par les scrupules et subtilités des grammairiens, et qu'ils sont plus sûrs qu'eux du bon usage, et coutumiers de Texquise distinction, du facile et parfait naturel.

Quel que soit le mérite des Mémoires^ la grande renommée littéraire de la Rochefoucauld lui vient surtout de ses Maximes. Cest justice ; car c'est surtout par ce petit livre, par le genre de perfection qu'y atteint l'expression de la pensée, qu'il a exercé sur la langue française une puissante et durable influence. Le style simple et clair, sobre et nerveux, toujours précis, souvent concis, de ces sentences, qui eurent leur temps de grande vogue, les limites mêmes où chacune d'elles s'enferme, le vocabulaire restreint qui suffit au cercle étroit des vues morales de l'auteur, à l'uniformité de ses jugements sur les actions et les sentiments de l'homme, tout cela, le bien ensemble et le mal, si mal il y a, a laissé sur notre prose sa trace bien marquée, et contribué à l'affiner, la tempérer, la dégager. Malgré Balzac, malgré Descartes, et Bossuetmémeet Pascal, il y restait encore bien des progrès à faire, ou du moins à confirmer et à répandre, surtout pour l'aisance, la mesure et le goût, qualités où tendaient de plus en plus les lettres françaises. Ne relevons que ces deux défauts alors encore si ordinaires : au milieu du dix-septième siècle, chez le commun des écrivains, que d'embarras parfois et d'enchevêtrement dans la structure des phrases I et, pour le choix des expressions, que d'inégalité, nullement profitable à l'élégante variété ! combien, très-souvent, elles sont soit au-dessous de la pensée, et même bassement familières, soit au-dessus, et « plus grandes que les choses, » comme dit la Rochefoucauld* ! La première de ces imperfections, nul mieux que lui, dans les Maximes^ n'a su s^en garder en ce temps-là et apprendre aux autres, par son exemple, à la corriger. Au reste, il n'est pas sans s'être corrigé quelque peu lui-même, peut-on dire en comparant avec ce chef-d'œuvre de nette aisance certaines pages de son livre antérieur des Mémoires, Quant à la justesse des mots, au goût sévère, au rapport avec l'idée, à la bonne et naturelle simplicité du langage, il a été pour ses contemporains et demeure un modèle achevé. Ses pensées même

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