Ibidem^ XIII, p. xctiii
5. Voyez, en tête de Vlnirodueilom gMommaticaU^ p. xxxu, le taUeau des proTensnoet.
de croire, que la langue en soit de nature à fournir un grand nombre de citations archaïques : là aussi, mots et tours n'ont presque rien qui dépayse et surprenne un lecteur du dixneuvième siècle, de culture tout ordinaire.
Les Réflexions diverses^ dont notre édition a, la première, réuni tout l'ensemble et donné le texte dans toute sa pureté, d'après le manuscrit de laRoche-Guyon, sont vraisemblablement, au moins en grande partie, l'ouvrage de la jeunesse de la Rochefoucauld, comme le dit une note judicieuse, peut-être de Tabbé Granet^, écrite en tête de ce manuscrit. Toutefois, presque partout, les soixante-neuf pages qu'elles remplissent (279 à 348) sont « dignes de lui », comme dit Sainte-Beuve ; sur des sujets fort divers, « elles expriment le meilleur goût et tout l'esprit de son monde » '. Pour la langue, elles sont, par leur date supposée, intéressantes à comparer aux Maxi^ mes; il s'y rencontre un peu plus, pas beaucoup en somme cependant, de traces du passé. Ainsi : pite^ « petite monnaie de cuivre » (p. a8o et note i); bonaces (p. 299), « calmes plats »; corruption (p. 3 10, employé dans un sens tout particulier : c Elles (les passions et les peines de l'esprit).... répandirent dans le monde, par la suite de leur corruption^ les diverses maladies, etc. » ; économie^ absolument et sans complément (p. 347), < administration d'une maison, d'un domaine » : « Leur goût (le goût des vieilles gens) se tourne vers des objets muets et insensibles : les bâtiments, l'agriculture, Viconomie^ l'étude, etc. » ; ailleurs, avec un complément (p. 3ao) : « Quel arrangement, quelle suite, quelle économie de circonstcmces dans la vie de Caton et dans sa mort ! » ; complexion appliqué à Alexandre avec l'épithète heureuse^ et ne devenant remarquable, comme pris plutôt au moral qu'au physique, que si l'on compare le passage avec cette maxime supprimée (I, ^48) : « La complexion qui fait le talent pour les petites choses est contraire à celle qu'il faut pour le talent des grandes » ; vertu^ « mérite », force de l'esprit et du cœur, comme le latin virtus (p. 32a) ; physique (p. 3a3), avec la signification générale d' « étude de la nature » ; troupe^ pour dire « créatures » : « la troupe du cardinal de Richelieu »
I. Vojez au tome I, p. 971 et «uiTantes, la Notice dea Ré flexions diverses. a. Préface de Tédition des Maximes de Duplessit, p. xii, à la note.
PREFACE. xui
(p. 33a); domestiques (p. 334)f au sens, si ordinaire autrefois, d' « attachés à la maison ou à la personne » : il s'agit dW duc et d'un comte ; les peuples^ au pluriel (p. SSg), fréquent aussi alors, dans Tacception où nous disons le peuple^ au singulier ; c'est, rendue par le nombre même du nom, l'idée collective que l'anglais exprime en mettant le verbe au pluriel avec le sujet people ; entrer sur (p. agi) : « On doit entrer indifféremment sur tous les sujets agréables » ; renfermer à (p. 329) : c Cette application le renferme d'ordinaire à de petites choses » ; i>ers^ pour « envers » (p. 296) ; devant ^ pour « avant » (p, 34o). Faut-il ajouter les adjectifs : conuenable à (p. 3 18 et 32a), pour « approprié à, en harmonie avec »; facile à (p. 284)9 suivi d'un infinitif: « il faut être facile à excuser nos amis » ?
Nous ne citons pas des formes comme jurisdiction(p. 299), cangrène, « gangrène » (p. 3 11), dont la vétusté ne consiste qu'en une différence d'orthographe, qui marque, pour le premier, rétjmologie latine^, pour le second une ancienne prononciation, que l'Académie donnait encore pour la bonne dans son avant-dernière édition (i835).
A ces expressions, tombées en désuétude, les unes tout à fait, les autres plus ou moins, on peut joindre quelques alliances de mots : « Us sont touchés de plaisir ou d^ ennui » (p. 3o5); fièvres frénétiques (p. 3i i) ; mais on dit encore très-bien /î^vres étiques {ibidem) ou hectiques ; V entêtement de certaines sciences [1^, 3i4); gftgf^r créance f^erj quelqu'un (p. 3a4)f « gagner sa confiance » . Ce serait être trop moderne que de trouver de l'archaïsme à l'emploi de soutenir et conduire dans cette phrase (p. 33 1) : « Il ;^ en a (des choses) qui sont dites avec tant d'art et qui sont soutenues et conduites avec tant de raison et tant de grâce, qfu'elles méritent d'être admirées » ; cela n'est-il pas toujours du fort bon usage ? Peut-être un peu insolite est l'emploi de prisonnier avec arrêter (p. 33a] : « Cette princesse.... a été arrêtée prisonnière par le Roi son fils >. On peut voir à V Introduction grammaticale^ XIII, p. xcix, trois exemples, tirés des Mémoires^ du pléonasme, plus marqué, de ce même nom avec prendre.
I. Au dix-feptîème siècle, Ménage Tatteste, on prononçait, comme nuintenant, juridiction; et bien arant déjà, comme Ton peut toit dans le I^tUmiuùrt de Uiiré, à THistorique du mot.
Mais» parmi les lecteurs dont nous derons tenir compte ictf bien rares assurément seraient ceux qui trouveraient à redire aux façons de parler suivantes, de la pj^part desquelles on peut dire que si elles se font remarquer, c'est par leur distinction, chose, comme le mot le dit, toujours peu commune, plutôt que pour avoir vieilli et cessé, par suite, d'être claires : élévation de Tamitié (p. 282), au sens de « grandeur, noblesse »; sûreté (p. 284) : « Il faut que chacun ait un air de sûreté et de discrétion » , c'est-à-dire « Tair d'un homme sâr, à qui l'on puisse se fier » ; pente et portée réunis (p. 292) : « On ne saurait avoir trop d'application à connaître la pente et la portée de ceux a qui on parle » ; humeur (p. 826), « disposition du tempérament », particulièrement «c humeur chagrine ou capricieuse » : « Toutes ces grandes qualités ne peuvent souvent empêcher que l'esprit ne paroisse petit et foible, quand Yhumeur s'en est rendue la maîtresse » (voyez aussi p. 328); neutre (p. 3oo}, « indifférent, qui ne prend point parti » : « gens neutres et paresseux »; prévenu (p. 3o5), absolument : « Il y en a (il y a des gens) qui ont le goût incertain.... D'autres sont lonjonts prévenus », c'est-à-dire ont, en matière d'art ou de lettres, un goût arrêté d'avance, qu'ils suivent en toutes choses.
Sont encore moins à relever, je pense : /b/, en mauvaise part (p. 343), « la foi des Grecs », comme nous disons « la foi punique » ; commerces (p. 298), au sens noté plus haut, p. ix; ravissant (p. 807) : « des loups ravissants », sorte d'expression biblique, qui se lit dans Amyot, Bossnct, Molière (voyez le Dictionnaire de Littré)^ et est encore d'un fort bon emploi; attache (p. 3o7 et note 4): « lévriers à^ attache », tou« jours usité en langage de vénerie ; se faire un chemin (p. 34o)i « se le frayer » : « Le prince d'Orange..., qui avoit tant d'in* térêt de se faire un chemin pour être un jour roi d'Angleterre.... »; souffrir if. 347)» « supporter, tolérer »: « Les plus heureux (d'entre les vieilles gens) sont encore soufferts^ les autres sont méprisés »; fidèlement (p. 34i)y « exactement » : « Les cartes.... étoient si exactes, que la rivière.. •• y étoit fidèlement marquée ».
Pour la syntaxe, les tournures, nous marquerons celle-ci, commune alors' : « Ce qui est de vrai et de beau » (p. 282),