I. Comparez ci-après, p. xxx
PRÉPACB. xyt
pour « Ce qa*il y a de vrai et de beau » ; et nous pouvons du reste, k eet ëgard, je veux dire pour tout ee qui est de la syntaxe, nous borner à renvoyer, au sujet des Réflexions di" perses^ k ce que nous avons dit plus haut (p. vi et vn) des Maximes, Pour la construction surtout, la dimension des phrases, la disposition des incises, ces deux ouvrages, principalement les Maximes^ où la pensée est constamment d*un tour vif, précis, serré, ont fort pen de traces du passé, j*entends de ces traces aujourd'hui effacées dans la langue et qui étonnent le lecteur d*à présent.
Passer des Maximes et des Réflexions aux Mémoires^ du moraliste à Thistorien, c^est entrer, quant à la langue, qui doit toujours seule nous occuper ici, dans un autre domaine. Quoiqu'il s*agisse d'un seul et même auteur, et que les ressemblances assurément ne manquent pas, la différence entre les deux ouvrages, entre les deux objets de cette étude, est, au point de vae que nous venons de dire, très-sensible. Nous voyons, par le grand nombre d'éditions, hâtées, improvisées, que les Mémoires excitèrent, eux aussi, quand ils parurent, grande curiosité; qu'ils trouvèrent beaucoup de lecteurs, et, dans le nombre, quelque gâtés et incorrects que fussent les anciens textes, des admirateurs de grande autorité : fiayle n'hésitait pas à les mettre au-dessus des Commentaires de César^, L*éloge va bien loin ; mais le livre mérite, en efiet| grande estime : il est peut-être, dans notre langue, le pre* mier de ce genre où l'élévation, je ne sais quel air de grandeur, s*allient constamment au naturel, au besoin de proportionner les mots aux choses. Malgré leurs qualités toutefois et de composition et de style, bien plus visibles, il est .vrai, et plus frappantes dans les récentes éditions, dans la nôtre surtout, puis-je ajouter, je crois, sans nulle outrecuidance, les Mémoires sont loin, on le sait, nous Tavons déjà dit et le répétons, d'avoir exercé sur la langue française une aussi efficace et durable influence que les Maximes,
Mesure et sobriété, simplicité, justesse et bon goût sont pourtant des qualités communes aux deux écrits ; mais, dans les Maximes f elles sont poussées plus loin et bien plus mar-
I. Vojez, dans notre tome II, la Notice dei Mémotres, de M. Gourdault, p» uu et note a.
xTi LEXIQUE DE LA ROCHEFOUCAULD.
quées : le sujet invitait et se prêtait admirablement à cette perfection de forme, si bien faite pour servir de modèle, à laquelle Tauteur a amené, avec la minutieuse attention d'un graveur en pierres fines, cette suite de pensées détachées, complètes le plus souvent en une phrase, et si bien circon-> scrites et arrondies ; à les lire, à les étudier de près, on ne s'étonne pas que cet opuscule ait fait époque, que cette manière d^écrire ait laissé son empreinte dans ce qu'on nomme le bon usage, dans Thabile et juste maniement de l'idiome.
Nous ne pouvons songer à examiner, dans cette Préface^ tout notre tome II, toute la suite des Mémoires^ comme nous avons fait celle des Maximes. Nous nous bornerons à en parcourir une centaine de pages, prises çà et là au hasard : nous y considérerons les mots un à un ou par petits groupes ; nous verrons ce que l'usage a conservé ou modifié, et pourrons juger, par cette moyenne, de la part d'influence du temps, de la physionomie plus ou moins surannée du discours.
Si l'on veut étendre l'examen de détail à tout l'ensemble de l'ouvrage, on trouvera aisément, avec un peu d'attention aux chiffres de renvoi (II, i à II, 43a), d'abord dans Vlntroduc" tion grammaticale ce qui a rapport à la syntaxe ; et, pour la valeur et l'emploi des mots, la peine ne sera pas mnde non plus de distinguer, dans le Lexique alphabétique, nos deux espèces de citations, ayant pour objet : l'une ce qui est propre à l'époque et s'est perdu depuis ; l'autre ce qu'on a cru être à noter comme datant d'alors et appartenant, à la fois, déjà au passé et encore au présent.
Avant d'entrer dans le détail, disons tout d'abord, comme appréciation générale, de même que tout à l'heure pour les Maximes^ que, à tout prendre, la langue des Mémoires tranche peu, elle aussi, sur l'usage actuel ; qu'elle s'en distingue plus toutefois que celle des Maximes et des Réflexions di^ perses; que, d'elle à la nôtre, la différence porte plus sur la syntaxe que sur le vocabulaire, et que c'est à elle tout particulièrement que s'applique ce que nous avons dit plus haut (p. X et xi) de quelques tours, de certains faits de syntaxe qui, de peu d'espèces, mais de fréquente rencontre, vieillissent, par cette fréquence, le discours. Ajoutons enfin qu'en ce qui touche la syntaxe, c'est surtout par la construction plus synthétique des phrases, le tour des périodes, l'insertion de membres incidents, le grand nombre des membres absolus avec