Madame de Sablé, édition de 1869, p. iSjg
NOTICE. LT
pies manuscrites les plus importantes (ms. Harlay, ms. Arnauld, ms. G, ms D.), un aussi grand nombre de leçons diverses. Il est vrai que la langue française de ce temps n'ëtait point encore absolument fiicëe. Le travail d'ëpuration, d'affinementy commence au siècle précèdent, se continuait tous les jours*. Vaugelas et les autres grammairiens s'ëvertuaient à tracer les limites entre la parole familière et le style soutenu. Pendant ces disputes, qui n'allaient point toujours sans aigreur, les grands, les habiles écrivains, tels que la Rochefoucauld, tranchaiept la question de leur propre chef, mettaient fin, d'un coup de plume, à la controverse, et telle locution réputée douteuse, qu'ils introduisaient avec aisance dans leurs ouvrages, se trouvait avoir cause gagnée et droit de cité.
Les notes dont se compose notre commentaire sont de trois sortes, en dehors des variantes du texte. Les unes appellent l'attention sur des analogies de pensée ou d'expression entre les Mémoires et les Maximes ou les Réflexions diverses contenues dans le tome I : c'est la Rochefoucauld moraliste rapproché de la Rochefoucauld historien. Les autres signalent, dans un double intérêt de contrôle ou de curiosité, les conformités ou les divergences importantes entre le récit de notre auteur et celui de tel ou tel de ses contemporains. Enfin une troisième catégorie de notes est celle de la glose historique; nous nous sommes proposé d'y être bref et sobre, car le véritable commentaire des Mémoires^ très>concis parfois , et partant quelque peu obscurs, de la Rochefoucauld, c'est la Notice biographique^ qui se trouve en tête de notre premier volume .
I . Nous voyons, dans la préface même de la i'* édition des Mémoires (1661), ce qu'on pensait alors sur ce point : a Je ne vous demande autre grâce pour la récompense de mon travail, dit le libraire hollandais au lecteur, sinon que vous excusiez les fautes que vous y trouverez ; que vous ne preniez pas garde à quelques ponctuations mal mises, ni a quelques mots qui ne sont pas écrits dans toute Texactitude possible de Vortographe (sic). Vous aurez moins de peine à le faire, si tous considérez qu'étant imprimé hors de France, ni mon correcteur ni moi ne pouvons peu savoir tous Us chan^ gements que V usage apporte tous les jours dans votre langue, »
J'ai passé les dernières années du ministère du cardinal Mazarin* dans Toisiveté que laisse d'ordinaire la
1. Voyez, au tome I, dans la Notice hihUograpkupte ^ sons qneln titres ont été imprimes, de 1669 à i838, les Mémoires de la Rochefoucauld, — La partie dn récit qni va de la page i à la page 199 est restée inédite jusqu'en 181 7. Elle a été publiée à part, cette annéelà, par Renouard, comme annexe à son édition des Mémoires^ de 1804 ; puis insérée dans les collections de Petitot (1896), et de Michaud (i838). Elle a pour titre, dans la f* édition (1817) : c Premi^ partie, jusqu'à ce jour inédite et publiée sur le manuscrit de l'auteur; » chez Petitot, simplement : « Première partie; » chez Michaud : c Première partie, d'après le texte découvert en 18 17. • Dans le manuscrit D de la Rocbe-Gujon, dont la présente édition reproduit le texte, on lit, en tête de la page i des Mémoires^ une note marginale, d'une vieille écriture, ainsi conçue : c Ici commencent les Mémoires non imprimés, lesquels finissent à hi page III, » qui correspond, nous Tavons dit, à la page 199 de notre volume. — Jusqu'à cette page 199, nous donnons en note les variantes, fort peu considérables, des trois éditions antérieures à la nôtre : au sujet de leur texte, vojez la Notice qui précède.
9. Dans les S I et n, qui sont la partie la plus ancienne des Mémoirés^ non par la date de la composition, l'auteur va nous le dire, mais par celle des faits racontés, la Rochefoucauld remonte, en intervertissant parfois l'ordre des événements, à l'année 1694. Ce n'est qu'à partir de i63o qu'il raconte ceux auxquels il a eu part ou qui tout au moins se sont accomplis sous ses yeux ou à ses côtés.
3. Cest-à-dire de 1 659 à 166 1. — Grièvement blessé d'un coup
La Roohuodqaulo. n 1
a MÉMOIRES. [1624-162$]
disgrâce * : pendant ce temps*, j'ai écrit ce que j'ai vu des troubles de la Régence. Bien que ma fortune soit changée, je ne jouis pas d'un moindre loisir : j'ai voulu l'employer à écrire des événements plus éloignés*, où le hasard m'a souvent donné quelque part.
J'entrai dans le monde quelque temps devant^ la disgrâce de la Reine mère, Marie de Médicis*. Le roi Louis XIII, son fils, avoit une santé foible, que les fatigues de la chasse a voient usée avant l'âge; ses incommodités augmentoient' ses chagrins et les défauts de son humeur'' : il étoit sévère, défiant, haïssant le monde; il vouloit être gouverné, et portoit* impatiemment de l'être. Il avoit un esprit de détail appliqué uniquement
de feu au combat du faubourg Saint- Antoine, le a juillet 165), le duc de la Rochefoucauld fut longtemps à se guérir. L'inaction à laquelle il se vit alors condamne sembla Tenir à point pour le délier d'une fidélité, désormais embarrassante et sténlement héroïque, enrers Condé et ceux des Frondeurs qui roulaient être ou paraître irréconciliables. Voyez, au tome I, la Notice biographique.
I. Après avoir passé Tannée i653 à Damvilliers, en Lorraine (yojes p. 187, note 6), la Rochefoucauld obtint en i654 la permission de revenir en France et se retira dans sa terre de Verteoîl, en Poitou. En 1659, il reparut à Paris, guéri des aventures politiques, qui ne lui avaient guère réussi, et dorénavant tout entier an commerce des lettres et du monde.
a. Cestemps. (1817, i8a6, i838.)
3 . La Rochefoucauld a refondu du même coup son premier récit de ce qu'il avait « vu des troubles de la Régence. » Voyez la Notice en tête de ce volume et le firagment primitif des Mémoires placé à VÂppendice^ no I.