‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 3)Chapitre 480 sur 569 · De l'espérance. (166a · texte numérisé non relu

De l'espérance. (166a

et qu'elle attendoit du cardinal Mazarin et de M. de CliaTigny le même service que M. des Nojers avoit eu dessein de lui rendre. Ils lui donnoient tous les jours Tun et Fautre toutes les assurances qu'elle pouvoit désirer de leur fidëlitë, et elle en attendoit des preuves, lorsque la maladie du Roi, augmentant à un point qu'il ne lui restoit aucune espérance de guërison, leur donna lieu de lui proposer de régler toutes choses, durant que sa santé lui pouvoit permettre de choisir lui-même une forme de gouvernement qui pût exclure des affaires toutes les personnes qui lui étoient suspectes.

Cette proposition, quoiqu'elle fut apparemment contre les intérêts de la Reine, lui sembla néanmoins trop favorable pour elle. Il ne pouvoit consentir à la déclarer régente, et ne se pouvoit résoudre aussi à partager P autorité entre elle et Monsieur. Les intelligences dont il Pavoit soupçonnée , et le pardon qu'il venait it accorder à Mon-' sieur pour le traité d'Espagne^ le tenaient dans une irrésolution qu^il n'eut peut-être pas surmontée^ si les conditions de la déclaration que le cardinal Mazarin et M, de Chavigny lui proposèrent ne lui eussent fourni r expédiant qu'il souhaitoit pour diminuer la puissance de la Reine et pour la rendre en quelque façon dépendante du conseil qu'il vouloit établir.

Cependant la Reine et Monsieur^ qui avoient eu trop de marques de Vaversion du Roi, et qui le soupçonnoient presque également de les vouloir exclure du maniement des affaires, cherchaient toutes sortes de voies pour y parvenir. J'ai su de M. de Chavigny même qu^ étant allé trouver le Roi, de la part de la Reine, pour lui demander pardon de tout ce qu'elle avoit jamais fait, et même de ce qu'elle* lui avoit déplu dans sa conduite, le suppliant particulièrement de ne point croire qu*elle eût eu aucune part à Vaffaire de Chalais, ni qu'elle eût trempé dans le dessein tt épouser Monsieur après que Chalais aurait fait mourir le Roi, il répondit sur cela à M. de Chavigny sans s'émouvoir : n En tétat où je suis, Je dois lui pardonner; mais je ne la dois pas croire. » Chacun croyoit d'abord avoir droit de prétendre la Régence à l'exclusion Cun de t autre, et si Monsieur ne demeura pas long-' temps dans cette pensée, pour le moins crut*il devoir être déclaré corégent avec elle*.

Les espérances de la cour et de tout le Royaume étoient trop

I • Concln par le siear de Fontrailles, an nom de Monsieur, avec le Comte- Doc*, premier ministre d'E«pagne, le i3 de mars 164a. [Note de Vèdition de 1688.) — Voyez ci-dessus, p. 45, et note i.

a. De ce qui. (i66a-i754.)

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