‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 3)Chapitre 483 sur 569 · Avoit trop mépriw. (1688-1754.) — 5. P. 58-6i · texte numérisé non relu

Avoit trop mépriw. (1688-1754.) — 5. P. 58-6i

cette raison-là ' seule lui deroit donner Pexclnsion, et que la Reine apoii condamné trop publiquement la conduite du cardinal de Richelieu pour conserver dans les affaires une personne qid y était mise de sa main*, et qui ëtoit auteur de la déclaration que le Roi Tenoit de fiadre, dont la Reine paroissoit aigrie au dernier point.

Cette confianeeAk fit négliger au duc de Beau fort et à tépeque de Beauvais beaucoup de précautions durant les derniers jours de la 9ie du Roi^ qui leur eussent été bien nécessaires après sa mort; et la Reine était encore assez irrésolue en ce temps-là pour recevoir les impressions qu'on eût touIu lui donner. Elle me cachoit moins tétât de son esprit quaux autres^ parce que, n*ajrant point eu «Tautres intérêts que les siens, elle ne me soupçonnoit point d'appuyer d^autre parti que celui qu'elle choisiroit. CVtoit elle qui aroit touIu que Je fusse ami du duc de Beau fort* dans une querelle qu'il eut contre le maréchal de la Meilleraye, et qui m'aroit ordonné de voir le cardinal Mazarin, afin d'ériter un sujet de plainte au Roi, qui étoit persuadé qu'elle empéchoit ses serviteurs de voir ceux en qui il avoit confiance : de sorte que, ne lui étant point suspect, je pourois connoitre plus facilement que personne Timpression que les raisons de l*un et de l'autre parti faisoient dans son esprit.

Elle commençoit à craindre l'humeur impétueuse et altière du due de Beau fort *, qui , ne se contentant pas d'appuyer les prétentions du duc de Vendôme, son père, sur le gouvernement de Bretagne, ap^ puyoit encore celles eU tous ceux qui avoient souffert durant l'autorité du cardinal de Richelieu, non-seulement pour attirer presque toutes les personnes de condition par leur intérêt particulier et dans une cause qui leur paroissoit juste, mais encore pour avoir un prétexte de choquer par là le cardinal Mazarin, et, en remplissant les principales charges de l'État, faire des créatures et donner des marques si éclatantes de sa faveur, qu'on en pût attribuer la cause à tout ce qui eût été le plus capable de satisfaire son ambition et même sa vanité. D'un ^autre côté, la Reine considéroit qu^après avoir confié ses enfants au duc de Beaufort , ce seroit une légèreté que tout le monde condamneroit que de la voir passer en si peu de temps d'une extrémité à l'autre, sans aucun sujet apparent.

La fidélité du cardinal Mazarin et celle de M. de Chavignjr ne lui étoient point assez connue pour être assurée qu'ils n'eussent point de part à la déclaration ; et ainsi, trouvant des doutes de tous côtés, il lui étoit malaisé de prendre une résolution sans s'en re-

I. Qoe cette liaison-là. (1662-1754.) — L'édition de 1717 1 généralement conforme à celles de la x'* série (i66a-i688)| est la seole» avant 1804, qui donne raison^

a. P. 6a. — 3. Ibidem, — 4. P. 64.

pentir. La mort du Roi Vy obligea néanmoins, et on connut bientôt que les soins du cardinal Mazarin avoient eu le succès qu'il desiroit; car, dans le temps qu'on croyoit jque la Reine le considëreroit comme Pauteur de la déclaration , toute Taigreur en tomba* sur M. de Charigny, et, soit que le cardinal Mazarin fât innocent, ou qu'il se fût justifié aux dépens de son ami, qui apparemment nMtoit pas plus coupable que lui, enfin il demeura dans le conseil. Or, comme je ne prétends pat écrire toutes les particularités de ce qui s'est passé en ce temps-là, et que ce que je fais présentement est plutôt pour ne pas oublier quelques circonstances que j'ai vues, dont quelqu'un de mes amis a eu curiosité, que pour les faire Toir, je me contenterai de rapporter seulement ce qui me regarde^ ou au moins les choses dont f ai été témoin*.

Peu de temps après la mort du Roi, il me fut bien aisé de connoitre l'augmentation du crédit du cardinal Mazarin et la diminution de celui du duc de Beaufort. L'un et l'autre paroissoient dans la confiance que la Reine témoignoit d'avoir' pour le Cardinal, puisqu'étant directement opposé au duc de Beaufort, la puissance de l'un étoit certainement la ruine de l'autre. La cour étoit néanmoins fort partagée ^ et on attendait le retour de Mme de Chevreuse*^ comme la décision de toutes choses. On ne la considéroit pas comme une personne qui voulût se contenter d'appujer un des deux partis, mais qui détruiroit certainement celui qui dépendroit le moins d'elle. J'avois moins de sujet que les autres de juger si avantageusement de son autorité. La Reine, ^ui m'avoit toujours témoigné l'amitié qu'elle avoit pour elle, m^en avoit parlé, depuis quelque temps, avec assez de froideur, et l'incertitude où je la vis si elle la feroit revenir à la cour me tira de celle où j'étois que les mauvais ofiices de Tévéque de Beauvais n^eussent pas fait autant d'impression contre elle que contre tout le reste de ce qu'il avoit essayé de détruire.

La Reine m'avoit déjà ordonné de voir le cardinal Mazarin, et, bien qu'elle eût approuvé la déclaration que je lui fis, que je ne pouvois être ^011 ami et son serviteur que tant que je le verrois attaché au service de la Reine, et qu'il feroit, dans les grandes et dans les petites choses, ce qu'on devait attendre d'un homme de bien et digne de P emploi* qu'il ^ avoit, je sus toutefois qu*elle eût souhaité que je lui eusse parlé avec moins de réserve et qu'elle eût désiré que je lui eusse promis toutes choses aussi facilement que plusieurs

t. Tonte l'aigrear tomba. (i66a«i754.)

a. P. 66. — 3. Témoignoit avoir. (i66a-i838.)

antres penonnet qui* ft*j ëtoient engagés d'autant pins aisément qu*ils* ëtoient résolus de n*en tenir aucune qu'autant que leurs intëréu les 7 obligeroient. Elle me parut néanmoins satisfaite de na Tisite et ne me témoigna pas désirer rien de moi de plus que ce qœ j'arois fait*.

On eut aris, en ce temps-là, que Mme de Gherreuse rerenoit en France, et la Reine me parut plus irrésolue que jamais sur son retour à la cour, non pas, comme je crois, qu'elle en fut retenue par aucune difficulté qu'il j eût à lui accorder cette grâce, mais seulement afin que le cardinal Mazarin s'entremit pour la lui faire obtenir, et que Mme de Chevreuse lui fût obligée de ce qu'il aroit porté la Reine à surmonter les raisons qui la retenoient, qui étoit une clause particulière de la déclaration, et une arersion étrange que le Roi aToit témoignée contre elle en mourant*. Je demandai permission à la Reine d'aller au-devant de Mme de Cherrense, et elle me l'accorda d'autant plus rolontiers, qu'elle crut que je disposerois son esprit à souhaiter l'amitié du cardinal Mazarin, puisque je Toyois bien que c'étoit une des choses que la Reine desîroit le plus. Montaigu" aroit été enrojé rers elle pour lui faire des propositions qui étoient davantage dans les intérêts du cardinal Abzarin, et c'étoit en suite de quelques autres qu'on lui avoit fait faire en Flandres, par le même homme, deux ou trois mois devant la mort du Roi.

Je rencontrai Mme de Chevreuse à Roje*, et Montaigu, qui y étoit arrivé quelque temps devant moi, avoit eu tout celui qu'il avoit désiré pour faire réussir ses projets. Elle me témoigna d'abord qu*fl lui étoit suspect, soit que véritablement elle manquât de confiance pour lui, ou qu'elle crût que je ne serois pas bien aise de partager la sienne avec une personne que je ne connoissois point par moi,

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