I. Voyez p. ai8 et
a. Dans le tnte de i66a, mvoit la eU/g dans ealoi de 1688, af«af.
APPENDICE ADX MÉMOIRES. 497
donnoit ce jour-là une parole précise de la liberté des Princes, il ne poorroit plus traiter ayec lui ni s*empécher de conclore arec les Frondeurs, qui commençoient à prendre Talarme du retard qu'il apportoit à signer le traité et qui ne Youloient pas achcYer sans cela. Le Cardinal Toyoit beaucoup d'apparence à ce qu'on lui disoit ; néanmoins le duc de la Rochefoucauld ne lui parla que généralement des cabales qui s'élevoient contre lui, sans entrer dans le détail d'aucunes, et il le fit ainsi pour ne manquer pas au secret qu'on lui ayoit confié et pour ne rien dire qui pût nuire au parti qui s'alioit former pour la liberté des Princes si le Cardinal la refusoit : de sorte que le Cardinal, ne Tojant rien de particularisé, crut que le duc de la Rochefoucauld lui grossissoit les objets afin de le faire conclure, et il crut que, ne lui nommant pas même de ses propres ennemis, il n'avoit rien d'assuré à lui dire*. Cependant l'aigreur éclata de toutes parts. Monsieur se déclara ouvertement à vouloir la liberté des Princes; de leur côté, ils Toulurent qu'on conclût le traité des Frondeurs, et obligèrent le duc de la Rochefoucauld à se réconcilier et à se joindre avec eux : la déclaration de Monsieur sur la liberté des F^4nces fit ranger le Parlement et le peuple de Paris de son côté. Les bourgeois prirent les twmes^ on fit la garde aux portes^ et le Roi et la Reine n'eurent pas la liberté de sortir de Paris. On ne se contentoit plus de demander la liberté des Princes^ on vouloit la pie du Cardinal. M, de Châteauneuf ^ garde des sceaux, s'étoit joint aux intérêts des Princes et espéroit que leur liberté et l'éloignement du Cardinal le rendroient maître des affaires. Le maréchal de Villeroy et presque toute la maison du Roi appuyoient le garde des sceaux. Une partie des ministres et beaucoup des plus particuliers amis du Cardinal faisaient aussi la même chose * ; la duchesse de Chevreuse y contribuoit de tout son pouvoir, et elle en avoit beaucoup dans toutes les cabales. M. de Châteauneuf a toujours été lié à ses intérêts, depuis et devant sa prison, et f 'a été conjointement qu^ils ont pris toutes leurs mesures^ tantôt avec le Cardinal et tantôt avec ses ennemis; elle avoii une grande liaison avec U Coadjuteur^ mais la beauté de Mlle de Chevreuse, sa fille ^ y avait encore plus de pouvoir. Mademoiselle , et le Coadjuteur, assisté de Mme de Chevreuse et du garde des sceaux, étoient maîtres de Fes^ prit de M. d'Orléans * ; ils avoient, outre cela, de puissantes cabales dans le peuple et dans le Parlement, qu'ils faisoient agir selon leur besoin. La duchesse de Clievreuse et M, de Clidteauneuf n^ étoient point encore suspects au Cardinal; il ignoroit la proposition du mariage de
I . Voyex p. aaa-aa6, et la note i de U page aiG. a. Voyez p. 127 et aa8. ^ 3. Voycx p. 221 .
I^ Rochefoucauld, ii Ss
la fille de la duchesse et du prince de Coati ; il se souvenoit qu'elle WHfit plus contribué que personne à la prison des Princes , en disposant Monsieur à y consentir et Pobligeant de n'en rien dire à Tabbë de la Ririère et de Tëloigner ensuite : en sorte que • la duchesse de Chevreuse, qui ne souhaitoit rien tant que le mariage du prince de Conti et de sa fille, et rétablissement du garde des sceaux, crut Tenir à bout de Tun et de Tautre en éloignant le Cardinal. Elle se mé^ nagea si bien sur cela, ^ii*en effet elle eut beaucoup de part à la rêso^ lotion qu^ il prit de se retirer^. Sa retraite n^ adoucit point les esprits des Parisiens ni du Parlement, On craignit qu*il ne fût allé au Havre pour en enlever les Princes^ et que la Reine n'eût dessein en même temps d*em^ mener le Roi hors de Paru, de sorte que non-seulement les gardes des portes et des rues près du Palais'Royal furent redoublées, mais il y aToit toute la nuit des partis de cavalerie par la ville pour empêcher le Roi et la Reine de sortir *. Ls Parlement^ de son coté, faisait tous les jours de nouvelles instances pour la liberté des Princes ^ et les répon^ set de la conr étant ambiguës^ elles aigrissaient les esprits au lieu de les apaiser. On avait cru éblouir le monde en envoyant le maréchtd de Gro" mont trouver les Princes, et liù-méme V avait été des belles apparences de ce voyage; mais, comme il ne devait rien produire pour leur liberté , on vit bientôt que ce n'était que pour gagner temps, Eftfin la Reine voyant augmenter le mal de tous côtés, et ne sachant point certaine^ ment si le Cardinal prendrait le parti de délivrer les Princes ou de les emmener avec lui, de plus craignant que les esprits, aigris de tant de remises, ne se portassent enfin à d'étranges extrémités, elle se résolut de promettre au Parlement la liberté des Princes sons plus de remise, et fit partir le duc de la Rochefoucauld, le sieur de la Vriilière, secrétaire d'État, et Comminges, capitaine de ses gardes, arec un ordre exprès au sieur de Bar de remettre les Princes en liberté aussitôt qu'il l'auroit reçu*. Le Cardinal en eut avis par la Reine, étant près d'arriver au Havre, et bien qu'il fut en son pouvoir de laisser exécuter cet ordre-là ou d'arrêter prisonnier le duc de la Rochefoucauld et ceux qui l'accompagnoient, il prit le parti de voir lui-même les Princes. Voici ce que j'ai su de cette entrevue : c'est que d'abord le Cardinal voulut justifier sa conduite vers eux, en leur disant les sujets qu'il avoit eus de les faire arrêter, ensuite il leur demanda leur amitié, et leur dit néanmoins avec fierté qu'ils étoient libres de la lui accorder ou de la refuser; et, quoi qu'ils fissent sur
I. Dans rédition de i66a, dont nous soiroiis le tes.te, il y a : c qu'en tort» que», a. Voye» p. aag et a3o. — 3. Voyex p. a3i et a3a. 4. Yoyei p. a3a et a33.
cela, ils pouvoient, dc^s ce moment, sortir du Havre et aller où il leur piairoU. jépparemment ils lui promirent ce qu*il voulut. Il dîna avec eux, et aussitôt après les Princes et le maréchal de Gramont partirent du Havre, et allèrent coucher^ à trots lieues de là, dans une maison nommée Grosmesnilj sur le chemin du Havre à Rouen^ ou le sieur de la Rocliefoucauld et le sieur de la friUière, Commlnges et le président riole arrivèrent^ un moment après, avec les ordres de la cour dont je viens de parler*.