Var. : H faut une certaine proportion.... (i
et les desseins, si on en veut tirer tous les effets qu'elles peuvent produire*, (éd. i*.)
CLxn
L'art de savoir bien mettre en œuvre ' de médiocres qualités dérobe l'estime, et' donne souvent plus de réputation que le véritable mérite, (éd. i*.)
CLXni
Il y a une infinité de conduites qui paroissent ridicules, et dont les raisons cachées sont très-sages et très-solides^. (ÉD. i\)
I. Vab. : Il foui une certaine proportion entre les actions et les desseins qui les produisent ^ sans laquelle les actions ne font jamais tous iês effets qu'elles doivent faire. (Manuscrit.) -» Cette pensée revient aux deux précédentes. Voyez aussi les maximes a44 ^ 377. *- Sénèque {de Tranquillitate euiinù^ chapitre y) : Mstimanda sunt.,,, ipsa aum aggredimur ;„» his admovenda manus est, quorum finem aut facere^ 4UU eerte sperare possis; relinquenda^ qusB latius actu procédant ^ mee M proposueris desinunt, » Il faut peser ce que nous entreprenons,... ne mettre la main qu'aux choses dont ou peut Yolr, ou du moins espérer de voir la fin ; renoncer à celles qui dépassent votre action même, et ne s'arrêtent pas au point que voas vous êtes fixé. 1
a. Le manuscrit conunence ainsi : c On admire tout ee qui éblouit^ 4t Tart de savoir bien mettre en œuvre.... »
3. L'édition de i665 n*a pas les mots dérobe C estime^ et, — Même idée que dans la maxime 166. — Amelot de la Houssaye cite, oomme exemple à Tappui, ce que Tacite rapporte de Poppcus Sabinus, au livre VI des Annales, chapitre xxxix. — Mme de Sablé {maxime 48) : c Les dehors et les circonstances donnent souvent plus d'estime que le fond et la réalité;... \e comment fait la meilleure partie des choses, s
. 4* Vab. : U y a une infinité de conduites qui ont un ridicule apparent, et qui sont, dans leurs raisons cachées, très-sages et trèssolides. (i665.) — L'abbé de la Roche rappelle que c Turenne exoelloit surtout dans ces moyens contraires aux apparences. » -» Voyez la maxime 3 10.
n est plus facile de parottre cligne des emplois qu*on n^a pas que de ceux que Ton exerce^, (éd. i*.)
Notre mérite nous attire l'estime des honnêtes gens, et noire étoile celle du public*, (éd. i.]
I. Var. : n est plus aisé.,,, que de ceux qu*on exerce. (i665.) — C'est ainii que Tacite a pu dire de Galba {Histoires^ liTre I, chapitre xux) : Omnium consensu capnx imperii^ nui imperasset. c De TaTis de tous, il était digue de l'empire, s'il n'eût été empereur. > — Si Ton en croit Segrais (Mémoires^ p. m), cité par Aimé-Martin (p. 64), la Rochefoucauld, eu écri-fant cette réflexion, ayait en Tue Mme de Montausier, à qui sa charge à la cour avait fait oublier tout tes anciens amis. — Au reste , l*auteur a exprimé la même penaée dans la maxime 449 \ ▼oyez aussi la 419** — Mme de Sablé {maxime 89) ; c On fait plus de cas des hommes quand on ne connolt point jus* qu*où peut aller leur suffisance, car Ton présume toujours davantage des choses que Ton ne Toit qu'à demi. » — Vauvenargues répond par deux fois k la Rochefoucauld, dans la maxime 569 (QEuvres, p. 4^3) : c Les grandes places instruisent promptement les grands esprits ; » et dans la 943* (p. 493)y où il cite et réfute expressément la Rochefoucauld : c Les hommes ne s'approuvent pas assez pour s'attribuer les uns aux autres la capacité des grands emplois ; c'est tout ce qu'ilt peuvent, pour ceux qui les occupent avec succès, de les en estimer après leur mort. Mais proposez l'homme du monde qui a le plut d'esprit : oui , dit-on, s'il avoit plus d'expérience, ou s'il étoit moins paresseux, ou s'il n'avoit pas de l'humeur, on tout au contraire; car il n'y a point de prétexte qu'on ne prenne pour donner l'exclusion à l'aspirant, jusqu'à dire qu'il est trop hounéte homme, supposé qu'on ne puisse rien lui reprocher de plus plausible : tant cette maxime est peu vraie, qu^ il est plus aisé de parottre digne des grandes places, que de les remplir. > — On le voit, ce n'est pas tout à fait le texte de la pensée de la Rochefoucauld ; Vauvenargues la citait sans doute de mémoire.
%, Voyez les maximes 53, 58, i53, 38o et 470.
hk R0CUKFOUCA171.D. I 7
Le monde récompense plus souvent les apparences du érîte que le mérite mêpie *. (éd. i*.)
L'avarice est plus opposée à l'économie que la libéralité". [ÉD. 2.)
L'espérance, toute trompeuse qu'elle est*, sert au
I. Var. : Le monde, ne connoUsant pas le véritable mérite^ n'a garde rie le vouloir récompenser ; aussi n^élève-t'il pas à ses grandeurs ai à ses dignités que des personnes qui ont de belles qualités , et il couronne généralement tout ce qui luit , quoique tout ce qui luit ne soit pas de for, ( Manuscrit, ) — Mme de Sablé ( maxime 5 ) : t On juge si Mperficiellement des choses, que Tagréraent des actions et des paroles communes , dites et faites d*uu bon air^ avec quelque con-v noissance des choses qui se passent dans le monde, réussissent souvent mieux que la plus grande habileté. 9 — Montaigne ( Essais , livre III, chapitre viii, tome III, p. ^iS) : t Les dignitez, les charges se donnent nécessairement plus par fortune que par mérite. » — Duclos ( tome I, p. i43 , Considérations sur les mœurs de ce siècle ^ chapitre y) : c Vous 'voyez des hommes dont on vante le mérite : si Ton veut examiner en quoi il consiste , on est étonné idu vide ; on trouve que tout se borne à un air, un ton d'importance et de suffisauce; un peu d*impertinence n'y nuit pas; et quelquefois le maintien suffit. 1 — Voyez la maxime i6a.
a. Voyez la maxime 491. — Vauvenargues (maximes 76a et 766, oeuvres , p. 478) : c La trop grande économie fait plus de dupes que la profusion. » — c La libéralité.... ne ruine personne. » — Ënûn {maxime 5i , p. 878) : f Celui qui sait rendre ses profusions utiles a une grande et noble économie. »
3. Vab. : L'espérance, toute vaine et fourbe qu'elle est JTordk" noire,.., (Manuscrit.) — Vauvenargues n'accorde pas tout à fait autant à l'espérance, qui est, dit-il (maxime 789, Œuvres^ p. 476), C le plus utile ou le pins pernicieux des biens. » — Antonio Ferez,
moins à nous mener à la fin de la vie par un chemin agréable, (éd. i*.)
Pendant que la paresse et la timidité nous retiennent^ dans notre devoir, notre vertu en a souvent" tout Thonneur. (éd. i*.)
Il est difficile de juger si un procédé* net, sincère et honnête est un effet de probité ou d'habileté*, (éd. 1*.)
cité par Amelot de la Houssaye, l'appelle le viatique de la vie humoine, — Voyez la maxime 174.
I. Var. : Pendant que la paresse et la timidité ont seules le hU» rite de nous tenir,,.. (i665.)
i. L'édition de i665 n*a pas le correctif souvent. — Var. : La honte ^ la paresse et la timidité conservent toutes seules le mérite de nous retenir dans notre devoir, pendant que notre yertu en a toat l'honneur. (Manuscrit.) — Dans une lettre de la Rochefoucauld à L Elsprit , cette réflexion est ainsi rédigée : c // faut avouer que la vertUy pcw qui nous nous vantons de faire tout ce que nous faisons de bien^ n^ aurait pas toujours la force de nous retenir dans les règles dejioXr^ • devoir, si la paresse, la timidité, ou la honte ne nous faisaient voir les inconvénients quil jr a d*en sortir, > — J. Esprit, de 8on côté , dit dans une assez longue énumération (tome II, p. m) : c La paresse et la timidité font une troisième espèce d'honnêtes femmes. » — Voyez les maximes 1, ao5, aao, a4i, a66 et 5ia.
3. Var. : Il n*jr a que Dieu qui sac fie si un procédé.... (Manuserii^ et Portefeuilles de Fallant, tome II, f» ia4.) — H n'y a personne qui sache si un procédé.... (i665.)
4. Var. : e%X plutôt un effet de probité que d'habileté. (i665.) — Dans la 5« édition (1678), nu lieu d* habileté, on lit habilité (yoyei p. 83, note 3). — J. Esprit (tome I, p. 99) : a La bonne fol est une grande habileté. > — Mme de SMé {maxime 9): « L'honnêteté et la sincérité dans les actions égarent les méchants, et leur font perdre la Yoie par laquelle ils pensent arriver à leurs fins, parce que les méchants croient d'ordinaire qu'on ne fait rien sans artifice, s — La Bruyère {de la Cour, n? 89, tomel, p. 334) : c II y a quelques rencontres dans la y'it où la Térité et la simplicité sont le meilleur manège du monde. »
loo RÉFLEXIONS OU SENTENCES
Les vertus se perdent ^ dans Tintérét, comme les fleuves àe p^dent dans la mer. (éd. i*.)
CLXXn
Si on examine bien les divers effets de Fennui, on trouvera qu'il fait manquer à plus de devoirs que F intérêt*. (ÉD. 5.)
CLXXni
Il y a diverses sortes de curiosité : l'une d'intérêt, qui nous porte à désirer d'apprendre ce qui nous peut être utile; et l'autre d'orgueil, qui vient du désir de savoir ce que les autres ignorent*, (éd. i*.)
I. Vab. : Toutes le» Ycrtus 8e perdent.... (i665.) — Voyez les maximes 187, a53 et 37$. — Comparaison très-fausse, dit la Harpe ^tome VII, p. 364) : < Tous les fleuves tendent à la mer, et la vertu ne tend point à Vintérety si ce nVst celui d*étre bien avec soi et avec les autres, et ce n'est pas ce qu'on entend ordinairement par intérêt. Il serait plus vrai de dire que la vertu s*arréte souvent, quand elle rencontre Vintérét dans son chemin ; c'est là sa véritable épreuve : •i la vertu est faible , elle recule; si elle est forte, V intérêt se range devant elle, et lui fait passage, s
a. L*annotateur contemporain trouve cette réflexion fausse^ attendu que c l'en nui ne fait pas jouer tant de ressorts que l'intérêt. »
3. Var. : La curiosité iCest pcuy comme ton croit, un simple amour de la nouveauté: il y en a une d'intérêt, qui fait que nous voulons savoir les choses pour nous en prévaloir; il y en a une autre d'orgueil, qui nous donne envie tTétre au-dessus de ceux qui ignorent les choses^ et de fCétre pas au-dessous de ceux qui les savent, (i665.) — Plutarque en reconnaît une autre , celle c de sçauoir les tares et imperfections d'autruy, qui est un vice ordinairement conioint auec enuie et maligiiité. s {De la Curiosité^ chapitre i, tradaction d'Amyot.)
ET MAXIMES MORALES. loi
Il vaut mieux employer notre esprit à supporter les infortunes qui nous arrivent qu'à prévoir celles qui nous peuvent arriver * . (éd. i*.)
La constance en amour est une inconstance perpétuelle , qui fait que notre cœur s'attache successivement à toutes les qualités de la personne que nous aimons *, donnant tantôt la préférence à Tune , tantôt à l'autre : de sorte que cette constance n'est qu'une inconstance arrêtée * et renfermée dans un même sujet, (éd. i*.)
I. Vab. : .... son esprit à supporter les infortunes qui arrivent qu'à /7tf/i//r«r celles qui peuvent arriver. (i665.) — Voyez \2imasim9 168. — Cicéron [de Natura Deorum^ livre 111, chapitre vi) : Ne utile quuiem est scire quid futur um sit; miserum est enim nlhil proficîentem angi, c On ne gagne rien i savoir ce qui doit arriver ; car cVst une misère de se tourmenter en vain. > — Sénèque {cpCtre xcviii) : Calamitosus est animus futuri anxius. c Malheureux est Tesprit qui se tourmente de Paveuir. 9 — Le même (ibidem) : Plus dolet quant necesse est^ qui ante doletquam necesse sit, a Qui s'afûige d'avance, s*afHige trop. » — Quintilien (de Institutione oratoria^ livre I, chapitre xii, 11) : Minus afficit sensus fatigatio quant cogitât io, c La souffrance même nous accable moins que la pensée de la souffrance. » — J. J. Rousseau (ÉmUe^ livre II) : c La prévoyance qui nous porte sans cesse au delà de nous» et souvent nous place où nous n'arriverons point, voilà la véritable source de nos misères. 1
3. Pascal {Pensées, article V, 17) : c On n*aime jamais personne, mais seulement des qualités. »
3 . Var . : n'est que notre inconstance arrêtée. (Manuscrit.) — L'abbé de la Roche estime avec raison que cette réflexion est un peu tirée, et la Harpe (tome VII, p. 264) la déclare bonne c pour une chanson ou un madrigal. » — Vauvenargues dit avec plus de décision (maxime ySS^ QEut^res, p. 477) : < La constance est la chimère de Tamonr. >
loi RÉFLEXIONS OU SENTENCES
Il y a deux sortes de constance en amour : Tune vient * de ce que Ton trouve sans cesse dans la personne que Ton aime* de nouveaux sujets d'aimer', et l'autre vient de ce que Ton se fait^ un honneur d'être constant*. (kd. I*.)
La persévérance n'est digne ni de blâme, ni de louange, parce qu'elle n'est que la durée des goûts et des sentiments , qu'on ne s'ôte et qu'on ne se donne point '.
CLXXVm
Ce qui nous fait aimer les nouvelles connoissances ' n^est pas tant la lassitude que nous avons des vieilles , ou le plaisir de changer, que le dégoût de n'être pas' assez admirés de ceux qui nous connoissent trop, et l'espérance de l'être davantage de ceux qui ne nous connoissent pas tant*. (ÉD. I*.)
I. Var. : La durée de ramoitr, et ce qu'on appelle ordinairement la eonttance, sont deux sortes de choses bien différentes : la première ▼ieot.... {^Manuscrit.)
9. Le manuscrit et Tédition de i665 ajoutent ici : c comme dams une source inépuisable, »
3. Le commencement de cette réflexion n*est que la répétition de la précédente.