CCXXXVII
Nul ne mérite d'être loué de bonté, s'il n'a pas la force d'être méchant^ : toute autre bonté n'est le plus souvent qu'une paresse ou une impuissance de la volonté'.
{ÉD. i\)
ccxxxvm
Il n'est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des hommes que de leur faire trop de bien '. (éd. i*.)
ooDtraire à celui qa'on tient ordinaîremeDty par lequel les plus fins cC les plus déliés parviennent à ce qu'ils désirent; c^est le dernier •tratagème de l'ambition. 1 — Dnclos (tome I, p. a43y Considérations sur Us mœurs de ce siècU^ chapitre xiy) : c II y a bien de prétendues amitiés, bien des actes de reconnoissance, qui ne sont que des proeédét, quelquefois intéressés, et non pas des attachements. » — > Voyez les maximes 81, 83 et 6ao.
I. Vab. : s'il n'a la force et la hardiesse d*étre méchant, (i 665.) a. Var. : ou une impuissance de la mauvaise Yolonté. (i665.) — .... toute autre bonté n'est en effet qu'une privation du vice, ou plutôt la timidité du vice^ et son endormissement, {Manuscrit.) — Sénèque (^/^Zfrexc): MuUum,.,. interest utrum peccare aliquis nolit, an nesciat, c II y a une grande différence entre ne vouloir pas et ne savoir pas Hûre le mal. > — > J. Esprit (tome I, p. a34) : « La mollasse de la eomplexion des personnes débonnaires fait elle seule leur débonnaireté. 1 — Amelot de la Houssaye rappelle à ce sujet une réflexion de saint Bernard : iVo/i irasci ubi irascendum sit, nolle emendare pecca» tum est, c Ne pas s'irriter lorsqu'il y a lieu , c'est ne pas vouloir corriger le péché. > — Aimé-Martin (p. 76) voit dans cette pensée de la Rochefoucauld une allusion au caractère d'Anne d'Autriche. —-Rapprochez des maximes 387, 479 et 481.
3. Var. : Il est plus dangereux de faire trop de bien aux hommes qoede leur faire du mal. (Manuscrit,) — Aimé- Martin (p. 76-78) force ieî , comme presque toujours , la pensée de l'auteur, qui n^entend «ins doute parler que de l'ingratitude , de même que Sénèque, Tacite, Pascal et Mme de Sablé. — Sénèque {épure i.xxxi) : Periculosis^ sima res,„, bénéficia in aliquem magna con ferre, c Rien de plus dangereux que de combler quelqu'un de bienfaits. » — Tacite {Annales, lifre IVy chapitre xvui) : Bénéficia eo ûsque Imta sunt , dum videntur
raS RÉFLEXIONS OU SENTENCES
Rien ne flatte plus notre orgueil que la confiance des grands , parce que nous la ^ regardons comme un effet de notre mérite, sans considérer qu'elle ne vient le plus souvent que de vanité, ou d'impuissance de garder le secret*, (éd. i*.)
exsolpi passe; ubî multwn antevenere , pro gratta odlwn redditur. c Les bienfaits sont agréables tant qa'oD croit les pouvoir acquitter ; dès qu'ils excèdent la reconnaissance, celle-ci se change en haine, i
— Pascal {Pensées^ article I, i) : c Trop de bienfaits irritent. > — Mme de Sablé (maxime 13): c Souvent les bienfaits nous font des ennemis, et l'ingrat ne Test presque jamais à demi ; car il ne se contente pas de n'avoir point la reconnoissance qu'il doit : il voudroit même n'avoir pas son bienfaiteur pour témoin de son ingratitude. >
I. Les trois dernières éditions (1671, 167$, 1678) ont ici one même faute : les^ pour la,
a. Var. : Rien ne nous plaît tant que la confiance des grands et des personnes considérables par leurs emplois ^ par leur esprit ou par leur mérite ; elle nous fait sentir un plaisir exquis^ et élèçe merveilleusement notre orgueil^ parce que nous le (a) regardons comme un effet de notre fidélité; cependant nous serions remplis de confusion , si nous considérions P imperfection et la bassesse de sa naissance , car elle vieitt delà vanité, de t envie déparier^ et de ^impuissance de retenir \e secret : de sorte quon peut dire que la confiance est comme un relâchement de rdme , causé par le nombre et par le poids des choses dont elle \ est pleine, (Manuscrit et i665.) — .... ainsi Ton peut dire que la confiance est quelquefois comme un relâchement de l'âme, qui cherche à se soulager du poids dont elle est pressée. (1666, 1671 et 1675.)
— J. Esprit (tome I, p. 181 ] parle également de ceux c qui se glorifient de ce qu'ils ont la confiance des princes, des ministres, et de tous ceux qui font figure dans le grand monde; .... cette confiance ne leur plaît et ne leur enfle le cœur que parce qu'ils la regardent comme une preuve incontestable de leur mérite/ » — Duclos (tome I, p. 1 54, Considérations sur les mœurs de ce siècle, chapitre vn) : C Quand ils (les gens en place) paroissent se livrer â leurs amis, ils
(a) Y a-t-il faute d'impression, et doit-on lire la? ou le ett-il pris au sens neutre?
ET MAXIMES MORALES. i%9
On peut dire de ragrément, séparé de la beauté, que c^est une symétrie^ dont on ne sait point les règles, et un rapport secret des traits ensemble, et des traits avec les couleurs, et avec l'air de la personne *. (éd. i*.)
La coquetterie est le fond de l'humeur des femmes ' ; mais toutes ne la mettent pas en pratique, parce que la coquetterie de quelques-unes est retenue par la crainte ou par la raison ^. (éd. i^.)
ne cherchent qu'à se délasser par la dissipation, i — Voyez la 5* des Méflexioru diverses,
I. Vab. : Je ne sais si on peut dire de Tagrément, sans la beauté, que c'est une symétrie.... (Manuscrit,)
9. Voyez la maxime a55 et la 3* des Réflexions diverses. — c Bonne définition, qui revient auy> ne sais quoi, i selon l*annotateur contemporain. — Cette expression : t je ne sais quoi, » est demeurée fort longtemps à la mode (yoyez le P. Bouhours dans le y^ des Entretiens ^jÉriste et dT Eugène ^ p. 3ia et suivantes, 3^ édition, Paris, 1 671 ; et Montesquieu, dans le fragment intitulé : Essai sur le goût^ tome VII, p. 98, Londres, 1769); de nos jours, elle n*a pas cessé d'être en usage, quoi qu'en dise Duplessis (p. i6a) : c'est donc sans sujet qu'il se surprend à la regretter quelquefois.
3. Vab. : La coquetterie est le fond (i665 : fonds) et l'humeur de toutes les femmes. {Manuscrit eX i665.) — .... le fond et l'humeur de la plupart des femmes. (1666.) — .... le fond et l'humeur des femmes. (1671 et 1675.)
4. Vaa. : est retenue par leur tempérament et par leur raison. (i665 et 1666.) — Voyez les maximes 169, 3o5 , aao, 277, 33iy 334 et 349*
La BoOBBrOUGAULD. I
i3o REFLEXIONS OU SENTENCES
On iacommode souvent les autres , quand on croit ne les pouvoir jamais incommoder^, (éd. i^.)
CCXLin
Il y a peu de choses impossibles d'elles-mêmes, et* l'application pour les faire réussir nous manque plus' que les moyens*, (éd. i*.)
La souveraine habileté consiste à bien connoître le prix des choses*, (éd. i*.)
I. Vah. : On incommode toujours les autres.... (i665.) — On incommode (T ordinaire^ quand on est persuadé de n'incommoder yamaû. (Manuscrit,) — Voyez la maxime 6^^^ et la a* des Réflexions diverses,
%, Vah. : U n'y a point de choses impossibles, et.... (Manuscrit,)