CCCXLVII
Nous ne trouvons guère de gens de bon sens que ceux qui sont de notre avis', (éd. 4*0
I. Le Supplément de 1698 (n® 3o) n'a pas encore plus, — Cette réflexion n*est au fond qirune variante de la précédente. — Voyez les maximes 870, 38o et 470. — Dans une lettre de Mme de Longueville à Mme de Sablé {Portefeuilles de Vallant) , lettre dont la Rochefoucauld eut sans doute communication, se trouve une pensée analogue : c Les occasions ne nous font point ce que nous sommes, mais elles nous montrent qui nous sommes. 1 — Il serait piquant de penser que la Rochefoucauld , depuis longtemps brouillé aveo Mme de Longueville, lui eût cependant emprunté l'idée d'une mojrime. D était de ceux qui, comme Molière, prennent leur bien partout où Us le trouvent, — Voyez plus haut, p. 87, note a.
a. Vanvenargues {maxime 681, OEuvreSy p. 4^9) • * Les femmes ont, pour l'ordinaire, plus de vanité que de tempérament, et plus de tempérament que de vertu. » — L*annotateur contemporain estime que la proposition de la Rochefoucauld est presque hérétique^ et Mme de Rohan (voyez sa Lettre^ plus loin dans ce volume) se récrie également. — Voyez encore les maximes ^20^ 34o, et en outre les ao5% 941* et 548^, qui paraissent contradictoires à celle-ci, car l'auteur y reconnaît que telle femme peut demeurer pure, par souci de sa reputation ou de son repos, par crainte ou par raison; dans la dernière même, il admet la coexistence possible de Vamour et de la vertu»
3. Var. : Nous ne sommes du même avis qu'avec les gens qui sont du nôtre, {Manuscrit.)
CCCXLVIII
Quand on aime, on doute souvent de ce qu'on croit le plus^. (ÉD. 40
Le plus grand miracle de Tamour, c est de guérir de la coquetterie *. (éd. 40
Ce qui nous donne tant d'aigreur contre ceux qui nous font des finesses, c'est qu'ils croient être plus habiles que nous*, (éd. 40
CCCU
On a bien de la peine à rompre quand on ne s'aime plus *. (éd. 4*0
I. Duplessis donne à tort : c de ce que /*on croit le plus. » — L'annotateur contemporain ajoute : c et on croit souvent des choses dont on devroit douter. » — La réflexion de la Rochefoucauld donne raison à ce mot, souyent cité, d*une femme à son amant : t Vous en croyez plus à vos yeux qu*à moi; vous ne m'aimez donc plus? 1 — Voyez les maximes 335, 336, 371, et la 8« des Aé flexions diverses,
a. Voyez les maximes 241» ^17 y 33a, 334 et 3^6.
3. Vauvenargues (maxime 5a3, OEuvres, p. 449) * * L'aversion contre les trompeurs ne vient ordinairement que de la crainte d*étre dupe.... » — Voyez la maxime 407.
4* Var. : quand on ne s*aime déjà filus. (Manuscrit,) — La Bruyère (du Cœur, n» 37 , tome I, p. ao5) : c L*on est encore longtemps à •e voir par habitude^ et à se dire de bouche que Ton s'aime, aprèt que les manières disent qu'on ne s'aime plus. » — Le même (ibidem, n9 33, tome I, p. 904) : « Le commencement et le déclin de l'amour •e font sentir par Tembarras où Ton est de se trouver seuls. » -^ Voyez les 9* et i8* Réflexions diverses.
i68 RÉFLEXIONS OU SENTENCES
GCCLn
On s*ennuie presque toujours avec les gens avec qui il n*e8t pas permis de s'ennuyer V (éd. 4*)
CCCLOI
Un honnête homme peut être amoureux comme un fou, mais non pas comme un sot '. (éd. 4*0
Il y a de certains défauts qui, bien mis en œuvre, brillent plus que la vertu même*, (éd. 4 *•)
On perd quelquefois des personnes qu'on regrette
I. Brotier {Observations ^ p. aa8 et aag) rappelle, au sujet de cette réflexion, que Tabbé Martinet s*ennuya de jouer à la paume aTec Louis XIV , et qu*il préféra languir et mourir dans Tindi' gence ; que Pageois s*ennuya également de jouer au billard avec le grand Roi, et qu'il abandonna son partner pour le cabaret; son élève, Chamiilart, y mit plus de patience, et il passa de la salle du billard à la salle du conseil, car il devint secrétaire d*£tat. — Voyez les maximes 3o4 et 555.
9. Var. : // n*jr a pas de ridicule à être amoureux comme un fou, mais il y en a toujours à Vitre comme un sot. [Manuscrit.") — Selon l'annotateur contemporain, c il est très-diflQcile de distinguer, en amour, le fou d'avec le sot. >
3. Vaji. : Il y a de certains défauts qui, étant bien mis dans un certain jour f plaisent plus que la perfection même. {Manuscrit , et Sup^ plément de i6g3, n* 35 ; dans le manuscrit : c plus que la perfection de la beauté, >) — J. Esprit (tome II, p. 41) ^ << L'homme fatit quelque* fois des vertus des défauts de son esprit et de ceux de son tempérament. » — Voyez les maximes 90, i55, a5i, ^73, 4^8, et, plus loin dans ce volume, la Lettre du chevalier de Meré,
plus qii*on n'en est affligé; et d'autres dont on est affligé, et qu'on ne regrette guère *. (éd. 4-)
Nous ne louons d'ordinaire de bon cœur que ceux qui nous admirent*, (éd. 4«)
Les petits esprits sont trop blessés de' petites choses^; les grands esprits les voient toutes, et n'en sont point blessés*. (ÉD. 4*-)
CCCLVIII L'humilité est la véritable preuve des vertus chré-
I. VauTCDargnes {maxime 533, Œuvres y p. 449) - < On ne regrette pat la perte de tous ceux qu*on aime, b — Dans la réflexion de la Rochefoucauld, la distinction entre le regret et Vaffliction ne parait pas assez nettement marquée. Il entendait peut-être, comme l'indiquent Tabbé de la Roche et Fortia dans leur commentaire, que Vaffliction suppose un sentiment du cœur, tandis que Vintérét suffît pour produire le regret^ auquel cas, cette maxime reviendrait aux aSa* et 619*. — L*annotateur contemporain dit de son côté : c Regretter est extérieur, et affligé intérieur; aussi c'est une circonlocution pour dire qu'il y a des doult-urs extérieures et (^rj douleurs) intérieures, ce que tout le monde sait bien. 1 — Quoi qu'il en soit de ces deux explications, c'est la faute de l'auteur qu'il y ait à choisir entre elles. — Voyez encore les maximes a33 et 373.
a. C'est une conséquence des maximes i43, i44» ^4^ ^^ ^3<>*
3. 11 y A Je dans l'un de nos exemplaires de 1678 ; des dans l'autre (Toyez la Notice bibliographique) \ dans l'édition de 167 S : des ; dans celles de i6g3 et de Duplessis : de,
4* Var. : Les petits esprits sont blessés des plus petites choses» (Supplément de 1693, n** 34*)
5. Mme de Saliié (^maximes 34 et 66) : c La grandeur de l'entendement embrasse tont.... » — c L'ignorance donne de lu foiblesse et de la crainte ; les connoissances donnent de la hardiesse et de la confiance; rien n'étonne une âme qui connoit toutes choses avec distincon. È — Voyez les maximes a65, 337, ^7^ ^^ 6a3«
tiennes : sans elle, nous conservons tous nos défauts, et ils sont seulement couverts par Torgueil, qui les cache aux autres, et souvent à nous-mêmes ^ (éd. 4*0
Les infidélités devroient éteindre Tamour, et il ne faudroit point être jaloux, quand on a sujet de F être : il n'y a que les personnes qui évitent de donner de la jalousie qui soient dignes qu'on en ait pour elles '. (ÉD. 4*.)
On se décrie beaucoup plus auprès de nous par les moindres infidélités qu'on nous fait, que par les plus grandes qu'on fait aux autres*, (éd. 4*)
I. Var. : L*humilité est la seule et véritable preuve des Tertus chrétiennes, et c*est elle qui manque le plus dans les personnes qui se donnent à la dévotion; cependant , sans elle, nous conservons tous nos défauts, malgré les pUu belles apparences , et ils sont seulement couverts par un orgueil qui demeure toujours^ et qui les cache aux autres, et souvent à nous-mêmes. (Manuscrit.) — Voyez les maximes 33 et la note, a54, 534, 536, 537 et 563.
a. Dans le manuscrit, les deux propositions delà réflexion définitive formaient deux maximes séparées; \e Supplément de 1693 (n<> a6) ne donne que la dernière : a II n*y a que les personnes qui évitent de donner de la jalousie qui méritent qu'on en ajre (voyez le Lexique) pour elles. 1 — La Bruyère dit de même, mais avec moins de finesse et d'élégance (du Cœur, n9 29, tome I, p. ao3) : c Celles qui ne nous ménagent sur rien, et ne nous épargnent nulles occasions de jalousie, ne mériteroient de nous aucune jalousie, si l'on se régloit plus par leurs sentiments et leur conduite que par son cœur. >
3. C'est ainsi, sans doute, que Mme de Longueville s'était beaucoup plus décriée auprès de lui par l'infidélité dont il avait été victime (duc de Nemours), que par l'infidélité plus grande dont il avait profité (duc de Longueville).
La jalousie natt toujours avec Tamour, mais elle ne meurt pas toujours avec lui ^ . (éd. 4*)
CCCLXU
La plupart des femmes ne pleurent pas tant la mort de leurs amants pour les avoir aimés, que pour paroître plus dignes d'être aimées*, (éd. 4*«)
CCCLXni
Les violences qu'on nous fait nous font souvent moins de peine' que celles que nous nous faisons à nousmêmes. (ÉD. 4**)
On sait assez qu'il ne faut guère parler de sa femme, mais on ne sait pas assez qu'on devroit encore moins parler de soi*, (éd. 4*-)
I. La Bruyère {des Femmes, n» a5, tome I, p. 177) pense le contraire : c On tire ce bien de la perfidie des femmes, ({u>lle guérit de la jalousie. 1
a. Vah. : La plupart des femmes ne pleurent pas tant la perte d'un amant pour montrer qu'elles ont aimé^ que pour paroître dignes d*étre aimées. [Supplément de 1693, u^ aa.) — La maxime i53 de Meré ressemble beaucoup à celle de la Rochefoucauld : c Les femmes pleurent la mort de leurs amants, moins par le regret de leur perte, que pour faire croire que leur fidélité mérite de nouveaux amants. > — Voyez la maxime aSa.
3. Var. : nous sont quelquefois moins pénibles, {Manuscrit,) — nous font quelquefois moins de peine. {Supplément de 1693, u9 38.) — Voyez la maxime 369.
4. Var. : On sait assez qu*o/i ne doit guère parler de sa femme ^ mais on ne sait pas assez qu'on ne doit guère parler de soi. [Suppléa
17a RÉFLEXIONS OU SENTENCES
Il j a de bonnes qualités qui dégénèrent en défauts quand elles sont naturelles, et d'autres qui ne sont jamais parfaites quand elles sont acquises : il faut, par exemple, que la raison nous fasse ménagers de notre bien et de notre confiance; et il faut, au contraire, que la nature nous donne la bonté et la valeur^, (éd. 4*0
ment de 1693, n** 29.) — Montaigne, qui ne s*est pas fait faute de parler de lui, convient cependant (Essais , livre II, chapitre ti, tome II, p. 68) que c la coutume a faict le parler de soy vicieux. » — 'On connaît le mot célèbre de Pascal {Pensées^ article VI, ao) : t Le wwi est haïssable. 1 — On lit dans la Logique de Port- Royal (3* partic, chapitre xix, J 6, Jet SophisMes tlP amour-propre^ édition de 1674, p. 341) : « Feu M. Pascal.... portoit cette règle (de ne point parler de soi) jusques à prétendre qu*un honnête homme devoit éviter de se nommer, et même se servir des mots de Je et de moi. » — Mme de Sévigné dit de son côté {Lettre du i3 novembre 1687, tome VIII, p. i3o) : « Je sais, et c'est Salomon qui le dit, que celui-là est haïssable qui parle toujours de lui. 1 — Enfin la Bruyère {de P Homme, n9 65) vient à Tappui : • Un homme modeste ne parle point de soi. >
— Rapprochez des maximes i38, i39, 3i3 et 3i4<
I. Vae. : On voit des qu<ilités qui deviennent défauts lorsqn^tsWes ne sont que naturelles, et d'autres qui demeurent toujours imparfaites lorsqu'on les a acquises: il faut, par exemple, que la raison nous fasse devenir ménagers de notre bien et de notre confiance; et il faut, au contraire, que la nature nous ait donné la bonté et la valeur. [Ma^ nuscrit.)— On ne s'explique pas que Duplessisfp. igS), après dom Bonaventure d'Argonne (Vigneul-Marville, tome I, p. 3a3 et 3^4), juge cette pensée obscure; sans doute, elle est aussi concise que profonde, mais il faut bien qu'elle soit claire^ puisque le marquis de Fortia lui-même u*a pns fait difficulté de la comprendre, et en a ainsi rendu le sens : c Celui qui naît économe deviendra facilement avare; celui qui n'est pas né bon ou courageux ne peut se flatter d'acquérir de la bonté ni de la valeur, h — Vauvenargues {Réflexions sur divers sujets^ n" 1 1, OEnvres, p. 66) : c Nos qualités acquises sont en m^me temps plus parfaites et plus défectueuses que nos qualités naturelles. •
— Voyez la 3* des Réflexions diverses.
Quelque défiance que nous ayons de la sincérité de ceux qui nous parlent, nous croyons toujours qu'ils nous disent plus vrai qu*aux autres ^ (éd. 4*-)
CCCLXVII
Il j a peu d*honnétes femmes qui ne soient lasses de leur métier*, (éd. 4*0
CCCLXVIII
La plupart des honnêtes femmes sont des trésors cachés, qui ne sont en sûreté que parce qu'on ne les cherche pas', (éd. 40
Les violences qu'on se fait pour s'empêcher d'aimer sont souvent plus cruelles que les rigueurs de ce qu'on aime^. (éd. 40
I. Var. : Quoique nous ayons peu de créance dansÏA sincérité, nous croyons toujours qu*o/i est plus sincère avec nous qu'avec les autres. (Manuscrit,)
a. Var. : Il y a bien d*honnétes femmes qui sont lasses de leur métier. {Manuscrit^ et Supplément de 1698, n* a3.) — Ce n*est pas là une maxime^ dans le sens du mot, mais un sarcasme, où nous ne retrou- Tons pas la délicatesse et le bon goÀt ordinaires de l'auteur.