CCCLXXIV
Si on croit aimer sa maîtresse pour Tamour d'elle, on est bien trompé *. (éd. 4*.)
Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée *. (éd. 5.)
œcLxxvi
L'envie est détruite par la véritable amitié , et la coquetterie par le véritable amour *. (éd. 4«)
CCCLXXVII
Le plus grand défaut de la pénétration n'est pas de n'aller point jusqu'au but, c'est de le passer *. (éd. 4*-)
I. Var. : Si Ton croit aimer sa maîtresse ponr Tamonr d'elle, OD est souvent trompé. {Supplément de 1693, n° a40 — Si Ton croit aimer sa maîtresse pour i'amonr d'elle, Ton est bien souvent trompé, (Ma'^ mucrit.) —Voyez les maximes 48, aSg, a6a , 3a4> ^^o» ^o' ^^ S63,
a. Pascal (de F Esprit géométrique^ fragment i, tome II, p. ago) : c U (l'homme) est toujours disposé à nier tout ce qui lui est incompréhen- •ible. > •— Voyez les maximes a65, 387, 3S7 et 6a3.
3. Cette pensée est doublement contradictoire : à la maxime 3a8y en ce qui concerne Venvie; à la 334*» ^° ce qui concerne la coquet" terie. Elle se concilie mieux avec la 349®*
4. Vab. : Le plus grand défaut de la pénétration n'est pas de ne pas aller au but, c'est de le passer. {Supplément de 1693, n' 4 < •) — An fond, il y a quelque analogie entre cette réflexion et les maximes 161 et a44* — Duclos (tome I, p. 935 et a36, Considérations sur les maatrs de ce siècle y chapitre xiii) : c U faut plus de force pour s'arrêter au terme, que pour le passer par la violence de l'impulsion. Voir le but où l'on tend, c'est jugement ; y atteindre, c'est justesse; s'y arrêter, c'est force ; le passer, ce peut être foiblesse. >
CCCLXXVni
On donne des conseils, mais on n'inspire point de conduite ^ (éd. 4*0
CCCLXXIX
Quand notre mérite baisse, notre goût baisse aussi '. (kd. 4*.)
GCCLXXX
La fortune fait parottre nos vertus et nos vices, comme la lumière fait parottre les objets '• (éd. 4-)
I. Var. : On donne des conseils^ mais on ne donne point la sageêse ^en profiter, {Mamucrit , et Supplément de ifigS, n* 42.) — Montaigne (Essais, livre I, chapitre xxiv, tome 1, p. 175) : c Au moins, sages ne pouuons-nous estre que de nostre propre sagesse. » — Aussi Vaavenargues peiise-t-il {maxime 601, Œuvres, p. 458) qu* c on tire peu de fruit des lumières et de l'expérience d'autrui. > — Cependant, dans les maximes a83 et 6Zg, la Rochefoucauld paraît compter daTantnge sur refficacité des conseils.
s. Var. : notre goût diminue t^uêsi. (Supplément de i6g3, ti9 43.) — Cette réflexion est obscure, parce qu^elle ne détermine pas le sens des mots mérite et goùi. S'agit-il du godt intellectuel? dans ce cas, elle devrait faire sentir qu'il est question du mérite dans les choses de Tesprit. S*agit-il simplement d'un mérite de monde, et des succès qu'il y procure? dans ce cas, elle devrait faire sentir que par goût elle entend élégance et belles manières; eniin, s'agît-il plus généralement du goût pour les choses auxquelles chaque mérite est propre et peut aspirer? dans ce cas, elle devrait faire sentir que mérite est pris dans le sens à*aptitude, et goût dans le sens de penchant pour ou entrai'nement vers. Dans cette dernière supposition , la plus probable, cette maxime signifierait : c Quand nous cessons d'être propres aux choses, nous perdons en même temps notre goût pour elles. 1 Su^ justice lis est, — Voyez la maxime 991 , et la 10* des Réflexions diverses,
3. L'annotateur contemporain ajoute : c ou comme la niche fait paroitre les statues. > — Cette pensée revient tout k fait à la 345*, et, en partie, à la ^01^ \ voyez encore les maximes i, 53, Sy, 58, i53, i65, 3a3, 470» 63 1, et la 14* des Réflexions diverses, — Tacite
CCCLXXXI
La violence qu'on se fait pour demeurer fidèle à ce qu'on aime ne vaut guère mieux qu'une infidélité *. (ÉD. 4*.)
CCCLXXXU
Nos actions sont comme les bouts-rimés, que chacun fait rapporter à ce qu'il lui plaît*, (éd. 4*0
cccLxxxm
L'envie de parler de nous, et de faire voir nos défauts du côte que nous voulons bien les montrer, fait une grande partie de notre sincérité*, (éd. 40
(Annales^ livre III, chapiu^ lxix) prête à Tibère cette pensée : Exci" tari quosdam ad meliora magnitudine rerum , hebesctre afios. c Les grandes situations animent les uns, éteignent les autres. » — Un passage du même auteur {Histoires ^ livre III, chapitre xlix) vient à Tappui de cette maxime : Primas Jntonius nequuqnam pari innocent ia post Crc" monam (excisant) ageàat, satisfactum bello ratas,.,, seu félicitas in tatl ingenio avuritiam , superbiam , cmteraque occulta mala patefrcit, c De-> puis {la destruction de) Crémone, il s*en fallait que la conduite de Primus Antonius fût au&si irréprochable , soit qu*il crût avoir assez fait pour la gloire des armes,... soit que, dans une âme comme la sienne, la bonne fortune n*eôt fait que mettre au jour Tavarice, Torgueil, et les autres vices qu^il avait cachés jusque-là. >
I. Var. : La violence qu*on se fait pour être Odèle ne vaut guère mieux qu*une infidélité. {Supplément de ifigS, n® a5.) — Voyez la maxime 33 1.
a. Vae. : Nos actions sont comme des bouts-rimés, que chacun tourne comme il lui plaît. {Manuscrit y et Supplément A.e i6g3, n° 4^*^ — Voyez la maxime 58.
3. Voyez les maximes i38, 184, 3a7, 554, et la 5" des Réflexions diverses,
La Rochefoucauld, i la
17B RËFLEXIOMS OU SENTENCES
CCCLXXXIV
On ne devroit s'étonner que de pouvoir encore 8*étonner \ (éd. 40
cœLxxxv
On est presque également difficile à contenter quand on a beaucoup d'amour, et quand on n'en a plus guère '. (ÉD. 40
œcLxxxvi
n n'y a point de gens qui aient plus souvent tort que ceux qui ne peuvent souffrir d'en avoir', (éd. 4*0
CCCLXXXVII Un sot n'a pas assez d'étoffe pour être bon*, (éd. 4*0
CCCLXXXVni
Si la vanité ne renverse pas entièrement les vertus, du moins elle les ébranle toutes', (éd. 40
I. Comme les gens reyenus de tout, Paateur en était au mot d'Horace (livre I, épiirt ▼!, vers i) : Nil admirariy t ne s*étonner de rien. >
a. Pourtant la maxime 33o dit qu*o/i pardonne tant que Pon aime; et la maxime 545, que Von ne voit les défauts de sa maîtresse qtie lorsque F enchantement est fini,
3. Var. : Il n'y a personne qui ait plus souvent tort que celui qui ne peut jamais en avoir. {Alanuscrit .)
4* Vah. : Un sot n'a pas assez de force , ni pour être méchant , ni pour être bon. (^Manuscrit,) — Voyez les maximes a37, 479 et 481 •
5. Cette réflexion est contradictoire à la aoo<>, qui fait de la vanité le soutien de la vertu. — Voyez la maxime 443.
CCCLXXXK
Ce qui nous rend la vanité des autres insupportable, c'est qu'elle blesse la nôtre*, (kd. 4-)
On renonce plus aisément à son intérêt qu'à son goût'. (ÉD. 40
cccxa
La fortune ne paroit jamais si aveugle qu'à ceux à qui elle ne fait pas de bien '. (éd. 4 *»)
cccxcn
n faut gouverner la fortune comme la santé* : en jouir quand elle est bonne, prendre patience quand elle est mauvaise, et ne faire jamais de grands remèdes sans un extrême besoin, (éd. 4*0
cccxcm
L'air bourgeois se perd quelquefois à l'armée, mais il ne se perd jamais à la cour', (éd. 40