‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 5)Chapitre 251 sur 364 · La version de Broder n'a pas oette phrase · texte numérisé non relu

La version de Broder n'a pas oette phrase

RÉFLEXIONS DIVERSES. agS

blesser les sentiments des autres, ni paroître <Jioqué de ce qu'ils ont dit ^. Il est dangereux de vouloir être toujours le maître de la conversation, et de parler trop souvent d'une même chose*; on doit entrer indifférenmient sur tous les sujets agréables qui se présentent, et ne faire jamais voir qu on veut entraîner la conversation sur ce qu'on a envie de dire*.

Il est nécessaire d'observer que toute sorte de conversation, quelque honnête et quelque spirituelle qu'elle soit, n'est pas également propre à toute sorte d'honnêtes gens : il faut choisir ce qui .convient à chacun, et choisir même le temps de le dire ; mais s'il y a beaucoup d'art ^

I. 9. Il ne faut jamais rien dire avec un air d*autorité, ni montrer aucune supériorité tC esprit; fuyons Us expressions trop recherchées ^ Us termes durs ou forcés^ et ne nous servons point de paroles plus grandes que les choses. // n'est pas défendu de consenrer ses opinions, si elles sont raisonnables ; mais il faut se rendre à la raison aussitôt qtCelU paroit^ de qttelque part qu'elle vienne : elle seule doit régner sur nos sen» timentt; mais suivons^la sans heurter les sentiments des antres, et sans faire parottre du mépris de ce qu*ils ont dit. > {^Édition de Brotier,)

a. a De la même chose, » dans Téditiou de Duplessis, qui, à la ligne suivante, omet tous deyant Us sujets.

3. c II est dangereux de Touloir être toujours le maître de la oon- Tersation, et de pousser trop loin une bonne raison quand on fa trouvée, V honnêteté veut que Von cache quelquefois la moitié de son esprit^ et qu*on ménage un opiniâtre qui se défend mal^ pour lui épargner la honte de céder. On déplaît sûrement quand on parU trop longtemps et trop souTent d'une même chose (voyez la maxime 3i3) , et que fan cherche à détourner la conversation sur des sujets dont on se croit plus instruit que Us autres : il faut entrer indifTéremment sur tout ce qui Uar est agréabU, iy arrêter autant qu'ils le veulent^ et s'éloigner de tout ce qui ne Uur eonvUnt pas, > (Édition de Brotier,)

4* C Toute sorte de conversation, quelque spirituelle qu'elle soit, n*est pas également propre à toutes sortes de gens d^esprit : il faut choisir ce qui est de leur goût^ et ce qui est convenabU à Uur eondi^ tion^ à Uur sexe^ à Uurs talents, et choisir même le temps de le dire. Observons U Vieu, V occasion , V humeur oh se trouvent Us personnes qui nous écoutent j car s*il y a beaucoup d'art.... > (^Ibidem,) — Rapproches de la maxime 79.

%gk RÉFLEXIONS DIVERSES.

à savoir parler à propos*, il ii*y en a pas moins à savoir se taire. Il y a un silence éloquent* : il sert qnelqaefms à approuver et à condamner; il y a un silence moqueur; il y a un silence respectueux; il y a enfin des airSi des tons et des manières* qui font souvent ce qu^il y a d'agréable ou de désagréable ^9 de délicat ou de dioquant dans la conversation; le secret de s'en bien servir est donné à peu de personnes ; ceux mémos qui en font des règles s'y méprennent quelquefois; la plus sûre, à mon avis, c'est de n'en point avoir qu'on ne puisse cbanger, de laisser plutôt voir des négligences dans ce qu'on dit que de l'affectation, d'écouter, de ne parler guère, et de ne se forcer jamais à parler '•

y. DB UL CONFIÀIICB.

Bien que la sincérité et la confiance aient du rapport, elles sont néanmoins différentes en plusieurs choses : la

I. La Tertion de 1781 omet ici à propos , et le verbe sopoir «n denx enflroits où II se trouve dans cette ligoe.

a. Meré (maxime 4a3) : c II y a une éloquence dans le nlenoe, qui a quelquefois plus de force que Téloquence des plus excellents orateurs. >

3. c II y a des airs, des tours et des manières. 1 (tJUiom Je 1731.)

Page 1