‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 5)Chapitre 328 sur 364 · JUGEMENT DBS MAXIMES DE M. DE LA ROCBETOUCAULD · texte numérisé non relu

JUGEMENT DBS MAXIMES DE M. DE LA ROCBETOUCAULD

J*appellerois volontiers l'auteur de ces Mtuùmet u^ orateur éloquent et un philosophe plus critique que savant; aussi n'a-t-il' autre principe de ses sentiments que la fécondité de son imagination, n affecte dans ses divisions et dans ses définitions, suhtilement, mais sans fondement inventées, de passer pour un Sénèque*, ne prenant pas garde néanmoins que celui-ci, dans sa morale, tout païen qu*il

I . On sait que, dans la langue du dix-septième siède, le mot libertin signifiait à peu près ce qu*on entend aujourd'hui par libre penseur,

a. <c Probablement, fait remarquer Y. Cousin, Popinion des sceptiques et des épicuriens, de Lamothe le Yayer, Gassendi, Bemier, etc. » — Voyez plus loin, p. 384.

3 . Cette conjonction inutilement répétée est bien dans le texte.

4* Extrait du tome II des Porte/eutlles de f^allant^ folio 166. — Ce morceau n'est pas signé; notre titre est celui que Vallant lui donne. Y. Cousin n'en a pris que des fragments [Madame de Sablé, p. l54)«

5. La pièce originale donne tCa-il (voyez la note a de la page snirante).

6. La RocIiefouc:mId ajjectait^ au contraire, de réfuter Sénèquc, et méiine de lui arracher le masque. On voit en tête de ses quatre premières éditions une planelie, gravée par Etienne Picart, où V Amour de la Vérité (la Rochefoucauld), sous la figure d'un enfant au regard et au sourire malicieux, arrache à un buste de Sénèque son masque, sa couronne de laurier, et dit, en le montrant du doigt : Quid vetat? c'est-à-dire en français : Pourquoi pas? Le sajeC et la devise remettent en mémoire ces deux passages d'Horace :

.... Dicere verum Quid vetat?..,. (Livre I, satire i, vers 24 *t î*5.)

.... Illi detraJtere ausim Hserentem capiti coronam. (Livre I, satireu, vers ^Stt^g.)

n Pourquoi ne pas dire le vrai ? — J'oserai arracher la couronne qui lui cehit le front. » — Rapprochez de la maxime 589 ; voyez aussi p. 369 et note 6,

JUGEMENTS DES CONTEMPORAINS. 38i

Àoit, ne s^est jamais jeté dans cette extrémité que de confondre toutes les Tertus des sages de son temps, ni de les faire passer pour des vices ; il a cru qu'il y en ayoit de tempérants et de dissolus, de bons et de mauvais, d'humbles et de superbes, et il n*a jamais dit qu*on put, sous une véritable humilité, cacher une superbe insolente : elles sont trop antipathiques pour pouvoir habiter la même demeure '. Je lui donnerois néanmoins cette louange que de savoir puissamment invectiver, et d*avoir parfaitement bien rencontré où il s'est agi de mériter le titre de satirique. C'est à contre-cœur que je loue de la sorte son ouvrage tout à fait spirituel, et peut-être pourrat-oo * dire que je tombe dans le même défaut dont je l'accuse ; mais certes, considérant que par ces Maximes il n'y a aucune vertu chrétienne, si solide qu'elle soit, qui ne puisse être censurée, content da désavantage d'en être dépourvu, j'aime mieux ne passer pas pour complaisant, en approuvant sa doctrine, que d'être dans un perpétuel danger de déclamer contre les belles qualités, ni médire des plus vertueux.

LETTRE ADEESSÉB À MÀDAlfB LA DUCHESSE DE 8CH0MBERG, SUR LES MAXIMES DR M. DE LA ROCHEFOUCAULD [l664]*-

A considérer superficiellement Técrit que vous m'avez envoyé , il semble tout à fait malin, et il ressemble fort à la production d*un esprit fier, orgueilleux, satirique, dédaigneux, ennemi déclaré du bien, sous quelque visage qu'il paroisse, partisan très-passionné da mal, auquel il attribue tout, qui querelle et qui choque toutes les vertus, et qui doit enfin passer pour le destructeur de la morale, et pour l'empoisonneur de toutes les bonnes actions, qu'il veut absolument qui passent pour autant de vices déguisés^. Mais, quand on le

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