Brouillon : « plus obligée si vous en usez
7. On a vu plus haut que la Rochefoucauld a profité de la pennission en supprimant Vendroit sensible,
8. Brouillon et texte de Y. Cousin : c pour le corriger ou pour \e jeter aa feu. »
9. « .... nous sommes trop riches pour craindre de rien perdre. » (Y. Cousin.)
10. Brouillon : «c mandez-moi seulement ce qu'il vous semble. »
LBTTmB DU CBBVALini DE MBaÉ À MADÂMS LA DUCHESSE DE ***^,
Vous voulez que je tous écrive. Madame, et vous me l'avez oom* oumdé de si bonne grâce et si galamment, que je n*ai pu vous le
I . Cette pièce a été signalée à Tattention du publie lettré par M. Sainte- Beuve {Derniers Portraits littéraires, Paris, Didier, i85a, in-ia, p. tl6], qui l'apprécie en ces termes, aussi jastes que délicats : « Elle nous rend la conversation d'un des hommes qui causaient le mieux, avec le plus de don* canr et dUnsinuation, de ce la Rochefoucauld qui B*avait de chagrin que set Maximes, mais qui, dans le commerce de la vie, savait si bien recouvrir ton secret d*une enveloppe fliMense. La lettre du chevalier nous le montre devisant et moralisant dans Tintimité ; si fid^e qu*ait voulu être le secrétaire, on sent, à le lire, qu'il n*a pu tout rendre, et l'on découvre bien, par-ci |HV-ls, quelque solution de continuité dans ce qu'il rapporte. Il jr tty dit la Rochefoucauld (voyez la 4* des Réflexions diverses y p. 294, note 5}, des ions, des airs et des manières, qui font tout ce qu'ii jr a d^aaréahle <m de désagréable, de délicat ou de choquant dans la com^rsation ; mais quoique tout cela s'évanouisse dès qu'on écrit , on croit saisir dans le mouvement prolongé du discours quelque chose même de ces tons qui faisaient de ce penseur amer na si doux causeur, et qui attachaient en l'écoutant. Cette page du chevalier devrait s'ajouter, dans les éditions de la Rochefuncauld , a la suite des Ré/lexioms diverses, dont elle semble une application vivante. » Duplessis a suivi le premier cette indication de M. Sainte-Beuve; nous la suivons à notre tour, après avoir' corrigé et complété le texte de cette pièce sur l'édition originale (Lettres de M, le chevalier de M,, Paris, D. Thierry et Cl. Barbin, 168a, in-ia, tome I, p. 83-91). C'est également sur l'indication de M. Sainte-Beuve {Portraits de femmes ^ M. de la Rochefoucauld, Paris, i86a, p. 271, i*** note) que nous donnons, ci-après, deux fables de la Fontaine, une ode adressée à 'la Rodiefoucauld par Mme des Houlières, Vode de la Motte sur V Amour-propre, et la réplique en vers du marquis de Saint- Aulaire. — Georges Gcmbaula de Plassac, chevalier de Meré, né, selon Moréri, vers la fin du seizième siècle, on an commencement du dix-septième, mort en i685, dans un Age fort avancé, était cadet d'une ancienne maison du Poitou. Après quelques campagnes sur mer, il s'adonna aux lettres et au monde, où il fit fort bonne figure, et tint école de bon air et de bon ^oùt. Pascal le consultait sur des questions scientifiques; Balzac et Ménage recherchaient son entretien ou sa correspondance, et il était en commerce assidu avec le maréchal de Clérembaut , le duc de la Rochefoucauld , Ninon de l'Ënclus, Mme de Sablé, Mme de Maintenon et la duchesse de Lesdiguières. Quant à Mme de Sévigné, elle parait l'avoir eu en assez médiocre estime, au moins comme écrivain ; dans sa Lettre du a4 novembre 1679 (tome YI, p. 96 et 97), elle lui reproche son chien de style. Il est vrai qn'U s'était permis de faire une critique ridicule, en collet monté, d^un esprit libre, badin et charmant comme toiture. Ses ouvrages ont été parfois confondus avec ceux de son frère atné, qu'on appelait pins particulièrement M. de Plassac de Meré, écrivain lui-même, et plus précieux encore que le chevalier. Les principaux écrits de ce dernier sont ses Maximes, Sentences et Réflexions morales et politiques (1687), que nous avons souvent citées dans le courant de ce volume, ses Lettres (i68a), et les Conversations du M. D. C. et du G. D. M. {du maréchal de Clérembaut et du chevalier de Meré, 1669). — On ne sait ni la date de la lettre que nous donnons, ni le nom de la personne à qui elle était adressée; on peut croire que c'était à la duchesse de Lesdiguières.
3g6 APPENDICE.
refuser ; mais ce qui in*a engagé k 'vous le promettre me derroit empêcher de Toas le tenir ; car je Tois par là que 'vous êtes si délicate en agrément qa*il faut qu*une chose, pour être à votre goÂt, soit excellente et d*uQ prix hien rare. Aussi, Madame, je oe tous écris pas Hnt par Tespérance de tous plaire que par la crainte de tous désobéir ', et peut-être qu*il seroit encore de plus mauTais air de tous manquer de parole que de ne tous rien dire d*agréahle. Quoi qull ^en soit, tous me donnez le moyen de me sauTcr de l*un et de Tautre, en m'ordonnant de tous rapporter la couTersation que j*eus aTanthier aTec M. de la Rochefoucauld ; car il parla presque toujours, et TOUS saTcz comme il s^en acquitte *. Nous étions dans un coin de diunbre, tête à tète, à nous entretenir sincèrement de tout ce qui nous Tcnoit dans Tesprit. Nous lisions de temps en temps quelque» rondeaux, où Tadresse et la délicatesse s'étoient épuisées, c Mon Dieu! me dit-il, que le monde juge mal de ces sortes de beautés! et ne m'avouerez-TOQs pas que nous sommes dans un temps où Ton ne •e doit pas trop mêler d'écrire? » Je lui répondis que j*en demeuroia d'accord, et que je ne Toyois point d'autre raison de cette injustice, si ce n'est que la plupart de ces juges n'ont ni goût ni esprit, c Ce n*est pas tant cela, ce me semble, reprit-il, que je ne sais quoi d'en- TÎeux et de malin qui fait mal prendre ce qu'on écrit de meilleur. -— Ne TOUS l'imaginez pas, je tous prie, lui repartis-je, et soyez assuré qu'il est impossible de connoitre le prix d'une chose excellenle sans l'aimer, ni sans être faTorable à celui qui l'a faite. Et comment peut-on mieux témoigner qu*on est stupide et sans goût, que d'être insensible aux charmes de l'esprit? — J*ai remarqué, reprit-il, les défauts de l'esprit et du cœur de la plupart du monde, et ceux qui ne me connoissent que par là pensent que j'ai tous ces défauts, comme si j'aTois fait mon portrait*. C'est une chose étrange que mes actions et mon procédé ne les en désabusent pas. — Vous me faites souTcnir, lui dis-je, de cet admirable génie qui laissa tant de beaux ouvrages^,
I. Le passage qui précède, depnis : <c mais ce qui in*a engagé à vous le
{iromettre, » avait été supprimé par Dupiessis; nous le rétablissons d'après 'édition originale.
a. » Je n ai jamais tu, dit Mme de Sétigné en parlant de la Rochefoucauld (Lettres^ tome VF, p. a3a), un homme.... plus aimable dans Tenvie qu*il a de dire des choses agréables. » — Rapprochez de la maxime lOO.
3. Voyez., ci-de^us^ le Discours sur Us Maximes, p. 367 ; la Lettre de la princesse de Guymené, p. 871 ; et le Projet d'article pour le Journal des Satuants y par Mme de Sablé, p. Sga. — Ce passage indiquerait que cette conversation est postérieure, au moins, à la i*^ édition des Mitximes (i()65).
4' Lpicure. Ce philosophe a été un des plus féccmds écrivains de Vantiquité. Le nombre des volumes quMI avait composés ne s*élevait pas à moins de trois cents, d'après le témoignage de Diogcne de Laerte, qui énumère ses principaux ouvrages. On sait qu^il n'en est à peu près rien parvenu jusqu'à nous. — Comme Siiint-Évremond et tant d'autres hommes du monde d'alors, le clie-
tant de chefs-d'oeuTre d'esprit et d'invention , comme une tî^ in* mière dont les uns furent éclairés et la plupart âdonii. Mtis, paioe qu*il étoit persuadé qu'on n*est heureux que par le pkianv m ibaI* heureux que par la douleur, ce qui me semble, à le bien exattûneTy plus clair que le jour, on Ta regardé comme l'auteur delà pkisinâiJBe et de la plus honteuse débauche, si bien que la pureté de ses mœmps ne le put exempter de cette horrible calomnie.— Je serois assez de son avis, me dit-il, et je crois qu'on pourroit faire une maxinUy que la vertu mal entendue n'est guère moins incommode que le vice bîni ménagé '. — Ha ! Monsieur, m'écriai-je, il s*en faut bien garder ; cet termes sont si scandaleux, qu'ils feroient condamner la chose do monde In plus honnête et la plus sainte. -— Aussi n*usé-j« de ces roots, me dit -il, que pour m'accommoder au langage de certaines gens qui donnent souvent le nom de vice à la vertu, et celui de verta au vice ; et parce que tout le monde veut être heureux, et que c'est le but où tendent toutes les actions de la vie, j'admire que ce qu'ils appellent vice soit ordinairement doux et commode, et que la verta mal entendue soit âpre et pesante. Je ne m'étonne pas que ce grand homme ait eu tant d'ennemis ; la véritable vertu se confie en ellemême ; elle se montre sans artifice et d'un air simple et naturel, comme celle de Socrate ; mais les faux honnêtes gens, aussi bien que les faux dévots, ne cherchent que l'apparence*, et je crois que, dans la morale, Sénèque étoit un hypocrite et qu'Épicure étoit un saint. Je ne vois rien de si beau que la noblesse du cœur et la hauteur de l'esprit: c'est de là que procède la parfaite honnêteté, que je mets au-dessus de tout, et qui me semble à préférer, pour l'heur de la vie, à la possession d'un royaume. Ainsi j'aime la vraie vertu comme je hais le vrai vice ; mais, selon mon sens, pour être effectivement vertueux, au moins pour Tétre de bonne grâce, il faut savoir pratiquer les bienséances, juger sainement de tout, et donner l'avantage aux excellentes choses par-dessus celles qui ne sont que médiocres. La règle, à mon gré, la plus certaine pour ne pas douter si une chose est en perfection, c'est d'observer si elle sied bien à toute sorte d'égards ', et rien ne me paroit de si mauvaise grâce que d'être un sot ou une sotte, et de se laisser empiéter aux préventions.
valier de Meré suivait la voie <i*Épicare, roayerte au dix-septième siècle par Gassendi, Bernier, Hénault, la Motbe le Yayer, etc. — Voyez, plus loin, VO(U de Mme des Houlières,
I . Après ménagé^ Duplessis ajoute à tort rCest agréable^ que ne donne pas rédition originale. — La Rochefoucauld n*a pas exprimé la première proposition de la maxime dont le chevalier lui attribue Tintention; mais il a rendu la seconde, sous diverses formes, dans ses maxime/ 90, i55, aSi» ^73, 354 ®^ 4^*
a. Rapprochez de la maxime 202.