LA DUCHESSE DE LA ROCHEFOUCAULD A LENBT
C« aS* décembre i652.
MOMSIBUB,
Lorsque j'ai reçu votre lettre, j'en avoisreçu une autre ^ qui m'ordonnoit de vous ëcrire pour vous faire' cent mille compliments....' Si je savois des nouvelles assurées, je ne plaindrois pas ma peine de vous en mander ; mais, comme je ne sors presque point, je ne sais que ce que tout le monde sait. La prison de M. le cardinal de Retz ne fait plus aucun bruit ^, et tous les raisonnements que Ton en avoit voulu tirer touchant Monsieur le Prince ne s'appuient point, de sorte que les choses vont toujours leur même train. L'on assure Bar repris par M. de Turenne'^; il a perdu devant plus de douze cents hommes, et sa cavalerie fort ruinée. Toutefois Ton parle qu'il va pourtant assiéger Rethel ou Sainte-Menebould'. S'il l'entreprend, il achèvera de ruiner son armée. Celle de Monsieur le Prince, Fuensaldagne
Lettre ^o.-^Maniucrlts de Lenet^ tome VI, fol. 301 et 30 a, autographe.
1. Du dac de la Rochefoucauld, qui était alors à OamTÎlliers : voyez la suite de cette lettre et la lettre précédente.
2. L'orthographe n'est pas plus correcte que dans les lettres précédentes de la duchesse : fere (pour faire) ; plus loin, penne^ appuie (pour appuient)^ iVer, issi, raconte (pour racontent)^ sermo/U,
3. Nous omettons ici huit lignes pleines de noms fictifs que Tabsenoe de toute clef rend inintelligibles en grande partie, même si Pon se reporte aux traductions des passages chiffrés contenues dans quelques autres de nos lettres.
4. Voyez ci-dessus, p. 373, la note 3 de la lettre précédente.
5. La nouvelle était Traie; la reprise de Bar-le-Duc est du 17 décembre ; le cardinal Mazarin y avait assisté.
6. Dans Pautographe, Meneou^ et^ à la ligne suivante, Fontsal" daigne. — Le grand froid empêcha les deux sièges. Rethel fut pris par Turenne, aidé du maréchal de la Ferté, le 8 juillet de Tannée suivante, et Sainte-Menehould capitula le iS novembre : voyez ci-dessus, p. 116, la note 7 de la lettre 4^. — On a publié récemment, dans le Cabinet historique (tome XXV, p. 49~74) ^^ tome XXVI, p. 49-83), les Mémoires it Hippolyte Tldbaut^ prêtre à Sûinte^Menehould^ sur les deux sièges de cette ville en i653 et i6534
y étant joint, comme il s*avance pour cela, sera de plus de T7», sept mille hommes de pied et de dix mille chevaux. C'est M. de la Rochefoucauld qui me le mande, et que Monsieur le Prince n'a pas une place qui vaille Damvilliers, ni qui serve comme celle-là. M. de Sillery n'a pourtant pas eu un sol depuis quUl y est, et c'est ce que Ton voudroit fort que sût M. le prince de Gonty, non pas pour lui en demander ni pour se plaindre, mais seulement pour qu'il ^ sût qu'il n'a pas confié sa place à un homme qui oublie son devoir^ quoique l'on ne lui ordonne rien. Je pars dans huit jours, pour aller aider à M. de la Roche* foucauld à passer son hiver à Damvilliers. Depuis qu'il y est, sa santé est si mauvaise, qu'il a cru que je luipouvois aider, en quelque petite chose, à supporter son chagrin. En quelque part où je sois, je vous assure que je conserverai chèrement la mémoire de toutes les bontés que vous avez pour nous, et j'espère. Monsieur, que vous me conserverez l'honneur de vos bonnes grâces. Je vous supplie que M. de Marchin sache que je lui demande la même chose. Je vous manderai des nouvelles du lieu où je vas, et vous nous en donnerez des vôtres. Gaultier, qui est à Bordeaux, nous les fera tenir ici, car celui à qui l'on les adresse y demeure. Je vous écris étant avec des personnes qui racontent le sermon et m'en font parler, de sorte que je ne sais pas bien ce que j'écris. Excusez-moi donc et me croyez, coDune je dois, Monsieur,
Votre très-humble et très-afiTectionnée servante,
A. DE ViVONNK.
7. Dans Poriginal, pour qui ; à la ligne suivante, les deux mots rien de sont biffes après oublie.
ai. -^ LB PRINCE DB COlfTY* AU DUC
DB LA Rochefoucauld'.
Aa camp de SûnMordy*, ce 17* leptembre [i654]<
Quoique j'eusse résolu de faire réponse à votre lettre et de
LuTTRS ai. — ReTue sur la copie qui est à la Bibliothèque de TArsenal, BeUes-Uttret françaises, n^ Saoa (ancien 869), in-40, fol. 45 et 46, avec cette mention en tête : c Feu M. le prince de Contj à M. le duc de la Rochefoucauld. » Cette lettre se trouve, à la date de 1654, arec quelques légères différences de texte, dans les Mémoires Je GowrvHU (p. 990 et 191), où elle est précédée de ces mots : a U (Je prince de Comty) écrivit à M. de la Rochefoucauld la lettre dont voici la copie, qui m*a été remise, il y a environ trois mois, par une personne des amis de Mlle de la Rochefoucauld *, qui Tavoit trouvée parmi des lettres que son père avoit mises à part. »
I. Le prince de Conty, après la rentrée du Roi dans Paris et la soumission de Bordeaux (voyez les Mémoires^ p. 43a), sMtaît d'abord retiré à la Grange, près de Pézenas, <t où il s'ennuya bientôt, » dit Montglat (tome II, p. 43 1), et où il n'eut qu'une pensée^ celle de faire au plus vite son accommodement. On sait que cette réconciUAtion fut scellée par le mariage de Tex-généralissime de l'armée parlementaire avec une des nièces de Mazarin, Anne Biartinozzi (11 février i654). La même année, le prince de Contj fut nommé gouverneur de Guyenne et général de Parmée de Catalogne. Après avoir fait au delà des Pyrénées nne première campagne, marquée par la prise de Yillefranche (6 juillet), il s^était remis en marche pour une seconde, au mois de septembre : voyez les Mémoires de Montglat^ tome II, p. 43i, et p. 4&>*4^^'
a. La Rochefoucauld, après avoir passé la fin de Tannée i65a et Tannée i653 à Damvilliers, avait obtenu la permission de rentrer en France, grâce aux bons offices de M. de Liancourt son oncle, et de GonrvîUe, qui raconte tout au long dans ses Mémoires (p. 269- 173) la négociation assez difficile qu'il eut à conduire en cette occasion. Le duc, rapatrié, mais toujours en disgrâce, s'était rendu à Vertenil en Angoumois (ibidem, p. 174 et a83), et, pendant ce temps, Gourville, muni des pleins pouvoirs de Mazarin, avait amené, par d'habiles stratagèmes, la pacification de Bordeaux : voyez ibidem, p. 973-986; et la Notice biographique, p. lv et lvi.
3. Nous avons cherché en vain quelle localité, soit de la France
* Marie-Catherine, dit» Mlle de la Rocbefoacauld, fille ataée de notre anteor, née en 16)7, morte en 171 1, et enterrée à Sainte-Geneviève : voyes la Généalogie, k Vappendiec a de la Notice biographique, p. xcvn.
vous rendre grâces* de votre souvenir, j'ai présentement la tète TTTT si pleine de Gourville, que je ne vous puis parler d'autre chose. Gomment ! Monsieur, ce diable-là a été à l'attaque des lignes d' Arras ^ ! Sa destinée veut qu'il ne se passe rien dé ccmisidérable dans le monde, qu'il ne s'y trouve, et toute la fortune du Royaume et de Monsieur le Cardinal n'est pas assez grande pour nous faire battre les ennemis, s'il n'y joint la sienne *. Cela nous épouvante si fort, M. de Cuudalle^ et moi, que nous som-
méridîonale, soit du nord de l'Espagne, ce nom pouvait ici designer.
4. Dans le texte de Gourniie, grâce ; à la ligne suivante, je me pms »ous\ puis, après Comment^ est omis Monsieur \ devant detiinée^ il y a La au lieu de Sa,
5. Tandis que Fabert et la Ferté poussaient le siège de Stenay, entrepris le 19 juin i654, Condé et rArchiduc, pour faire diversion, avaient investi Arras (3 juillet). Gourville fut alors chargé par Mazarin d'une mission assez épineuse : il s'agissait d'arriver jusqu'à Monsieur le Prince, pour « lui donner idée d'une souveraineté » par laquelle le Cardinal a croyoit pouvoir le tenter. » Gourville fit tout son possible a pour être pris prisonnier » et conduit ainsi au camp de Condé ; mais, suivant son expression, quelque soin qu'il eut mis à s'exposer sans escorte, il joua de malheur, et l'affaire manqua. Le 9 5 août, les lignes espagnoles furent forcées; on secourut Arrasy et Condé et l'Archiduc se virent obligés de battre en retraite. Voyez les Mémoires de Gourville ^ p. 387-390, et ceux de Montglai^ tome II, p. 44o-44S-
6. a Gourville, dit Sainte-Beuve [Causeries du lundis tome Y, p. 359), c'est l'homme à expédients, à moyens, à invention; il a de l'imagination, mais sans chimère ; rien ne l'embarrasse ; il n'est pas de ceux qui engendrent le doute et le scrupule.... Il fait jaillir les ressources des difficultés mêmes. C'est un homme précieux, un homme d'or. H est né heureux, il a une étoile; mais ce bonheur, on le sait, se compose toujours, chez ceux qui le possèdent, de mille finesses et adresses, de mille précautions imperceptibles dont les gens malencontreux ne se doutent pas. »
7. C'était le duc de Caudale, fils unique du second duc d'J^^r* non, né en 1617, mort en i658, qui, sous les ordres dn duc de Vendôme, avait achevé de maîtriser la Fronde en Guyenne et signé la paix de Bordeaux (3o juillet i653). En 16549 il fut chargé d'aller en Espagne commander sons le prince de Conty: voyez les J/^moires de Montglai^ tome II, p. 453 et 454.
^ mes muets su* cette matière»là. Sérieusement, je vous supplie de me l'envoyer bien vite en Catalogne , car, comme j'ai fort peu d'in£Bnterie, et que, sans infanterie ou sansGourvDle, on ne sauroit faire de progrès en ce pays S je vous aurai une extrême obligation de me donner Ueu, en le faisant partir promptement, de faire quelque chose d'utile au service du Roi. Si je manque de cavalerie, la campagne qui vient, je vous prierai de me l'envoyer encore; car, sur ma parole, la présence de Gourville remplace tout ce dont on manque. Il est, en toutes choses, ce que les quinolas sont à petite prime*. Et quand j'aurai besoin de canon, je vous demanderai encore Gourville **. Au reste, je vous garde un commentaire assez curieux que j'ai fait sur des lettres que Mme de Longueville a écrites à Mme de Châtillon. Je prétends vous le dédier ; et ainsi, devant que de le faire imprimer, je veux qu'il ait votre approbation : ce sera à notre première vue". En attendant, je vous supplie d'être persuadé que je suis pour vous, comme je dois**, dans les termes de notre traité.
AaMAND DE BOUHBON.
8. Dans le texte de Gourville, en cepays'ti; cinq et six lignes plus bas, a ce que les quinola sont à la petite prime ».
9. Ije jeu de prime, dit la grande ou la petite prime, selon le nombre des points, se jouait à quatre cartes; le valet de cœur, carte principale de ce jeu, portait le nom de quinola,
10. La question de Tartillerie était particulièrement grave dans ces gnerres de montagnes. On voit par les Mémoires de Montglat (tome II , p. 454) que Birague, charge d'amener le canon du prince de Conty, le perdit, puis le reprit en route.
1 1 . Sur leii sentiments antérieurs du prince de Conty à l'égard de Mme de Longueville sa sœur, et sur les rivalités entre cette demiène et la duchesse de Chatillon, fort en faveur auprès de Gondé^ voyez les Mémoires^ au tome II, p. 109 et suivantes, et p. 390-391, 399, 4*0. Le prince de Conty, qui badine ici d'un air dégagé sur le compte de Mme de Longueville, n'en subit pas moins jusqu'à la, fin son irrésistible influence. Après l'avoir suivie dans la Fronde, il la suivit dans la pénitence; ce fut elle, autant que sa femme Anne Martinozzi, qui fut l'ouvrière de sa conversion, et le détermina à finir sa vie comme il l'avait commencée, par des pratiques pieuses et des études théologiques et morales.
11, Dans le texte de Gourville, comme je le dois.
APPENDICE I. a79
Nous marchons après-demain pour aller attaquer une place, "^^JT en Gerdaigne^*, appelée Poicerda; j'attends Gourville pour en £ure la capitulation.