NOTICE
et qui, en général, comme au reste plus d'un des rapides billets du duc lui-même, sont loiu d'être des modèles épistolaires, il n'est pas toujours possible de distinguer, d'une manière certaine, si le secrétaire, Gourville, le président Viole, ou quelque autre, a écrit sous la dictée du duc ou du moins par son ordre et en son nom. Il y a présomption pour TafiErmative toutes les fois qu'au dos se trouve cette mention : «Rochefoucauld.» on ce M. de la Rochefoucauld. » Quelquefois aussi, à défaut de cet indice, un examen attentif de la pièce autorise une hypothèse dans ce sens. Quant aux lettres que Gourville, par exemple, qui est l'ordinaire et principal secrétaire, a visiblement écrites pour son propre compte, nous nous bornons à en insérer dans les notes, à titre de nouvelles ou de renseignements justificatifs, les passages qui concernent notre auteur ou quelqu'un des siens ^. Plusieurs de ces missives sont partiellement rédigées en chiffre ; mais il y a toujours en interligne, de la main de Lenet lui-même, une clef pour le chiffre et pour les pseudonymes, Astropol, Pluton, Junon, et autres. Cet ensemble de lettres politiques, dont les dernières sont de l'année i653, époque où la Rochefoucauld s'est retiré hors de France, constitue la portion la plus neuve et la plus curieuse de notre recueil. C'est tout ensemble un complément et un correctif aux Mémoires du duc. A la relation qu'il nous a laissée des troubles contemporains, relation un peu sèche, ne présentant d'ailleurs les choses qu'à l'endroit et visant manifestement à la gravité historique, cette correspondance ajoute toutes sortes de particularités, d'une nature souvent assez piquante; la Fronde s'y laisse surprendre à l'envers, et, si Ton peut dire, en déshabillé : la voilà bien dans son désarroi et son impuissance, avec ses mesquins calculs et toutes ses misères, avec ses défiances nées des égoîsmes individuels et ses chipotages (le mot est dans une des lettres, p. 70], fruit naturel des défiances. Dans ses Mémoires^ la Rochefoucauld n'a rien jeté d'une plume négligente; partout il arrange son personnage et travaille de son mieux à se couvrir : ici^au contraire, il n'a eu ni le temps ni le souci de prendre son point
I. Voyez p. 106 et 107, lettre 38, note 3 ; p. iio-iia, lettre 39, note x3 ; et p. 116-118, lettre 4a, notes 6 et ii.
de reculée pour s'assurer de la perspective; si, par exemple, il est fatigué, découragé, dégoûté, comme Test aussi le peuple de Paris, il ne s* en cache en aucune façon. Son irrémédiable irrésolution, son défaut de conduite pratique, ce « je ne sais quoi 3» qu'indique Retz dans le portrait qu'il a tracé de lui*, paraissent aussi manifestement : tout malade qu'il est et aveuglé par la blessure qu il a reçue au combat du faubourg Saint- Antoine, il proteste sans cesse qu'il fera jusqu'au bout ce qu'il considère comme son devoir ; il se fâche, jusqu'à parler de coups d'étrivière, contre ceux qui, à Bordeaux, répandent des bruits injurieux pour Sa constance de Frondeur * ; mais on voit que, malgré tout, il a hâte d'en finir, et que, n'étaient le <c principe d'honneur » et cet àmour-propre dont plus tard il scrutera si bien les moindres replis, il accepterait immédiatement Tamnistie qui lui est offerte, comme au moins dangereux des rebelles ^
Le second groupe des lettres de la Rochefoucauld offre un caractère tout différent, et se rapporte à la période de sa vie que j'ai appelée, d'un mot de Montaigne, celle du ravisement *. Elles sont adressées à la marquise de Sablé, à l'académicien Jacques Esprit, au comte de Guitaut, au jésuite René Rapîn, à Mlle de Scudéry, à Lenet derechef, et à divers. Les unes sont inédites, les autres ont été déjà publiées dans des recueils antérieurs, mais sans que les éditeurs aient pris soin de ranger, d'après les dates probables, celles, et c'est le plus gran<i nombre, qui ne sont point datées : aussi la partie la plus délicate de notre tâche a-t-elle été d^établir le mieux possible, d'après le contenu de chacune d'elles et les allusions qu'elles renferment, leur succession chronologique. Celles de ces lettres qui ont rapport au commerce littéraire d'où est sorti le livre des Maximes sont extraites, presque toutes, du recueil en quatorze volumes, de la Bibliothèque nationale, connu sous le titré de Portefeuilles de F'allant •.
Des cent seize lettres dont se compose notre recueil (toutes