‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 5 sur 239 · NOTICE. , II · texte numérisé non relu

NOTICE. , II

Après cette citation, Cousin ajoute en note : a Nul passage analogue ne se trouvant dans Zayde^ nous en concluons que ce n'est pas ici une correction proposée, mais vraisemblablement une déclaration subtilisée, adressée, sur un air de badinage, à la Zalde qui était alors l'objet des soins et des désirs de la Rochefoucauld. »

Cest fort ingénieux. Malheureusement Cousin n'avait pas assez bien cherché, et, en 1869, on Pa cru sur parole sans chercher après lui : le passage est dans le roman de Zqyde^ de Mme de la Fayette, a*** partie (Paris, Cl. Barbin, 167 1), Histoire d^Jlamir, prince de Tharse (p. 34a et 343)*. Ces lignes autographes*, soumises probablement à Mme de Sablé pour prendre son avis, demeurent, malgré l'erreur commise, intéressantes et curieuses. Elles peuvent être, ou une addition, de la façon de la Rochefoucauld, suggérée par lui pour un endroit du roman, ou une révision d'un passage rédigé par Mme de la Fayette et communiqué par elle, avec demande de conseil, ou des variantes proposées, Tune même double pour la dernière phrase. En tout cas, elles suffiraient, croyons-nous, à prouver, comme nous Pavons dit dans la Notice biographie que (p. Lxxxni), la collaboration littéraire du duc et de sa noble amie. Nous voyons (p. i3a), dans la lettre 54, la Rochefoucauld rendre un service du tnême genre à Mme de Sablé, en lui envoyant, par l'entremise d'Esprit, une addition pour son livre de V Éducation des enfants.

En terminant cette notice, nous ne pouvons nous empêcher d'exprimer un regret. Nous avons dit quel genre d'intérêt offrait notre recueil, soit pour l'histoire des troubles civils, soit pour celle des Maximes; mats il ne contient, pour ainsi dire, aucune de ces lettres intimes, expansives, où le cœur s'abandonne, se dévoile, se laisse saisir en ses replis cachés. A part

I. Voici le texte du romaA, où Von remarquera, sans changement dans les idées, de noubles différenDes de style : a Je n*ai pu aimer toutes celles qui m^ont aimé ; Zayde me méprise, et je Tadore. Est-^e son admirable beauté qui produit un effet si extraordinaire ? ou seroit-il possible que le seul moyen de m*attacher fût de ne m^aimer pas? Ah 1 Zayde, ne me mettrez-vous jamais en état de connoître que ce ne sont pas vos rigueurs qui m'attachent à vous ? »

a. Nous en donnons le fac-similé dans V Album.

fa LETTRES.

deux ou trois d'entre elles, et çà et là quelques passages, t<«utes sont ou de simple politesse et de compliment, ou correspondance d'affaires, missives d'homme pressé «e bornant au nécessaire, qu'il s'agisse, soit de politique, comme dans la première partie du volume, soit, comme dans la seconde, de rapides communications et consultations littéraires. De l'homme lui-même, et l'on en peut dire autant de Corneille, de la Bruj'ère, de Molière, il ne nous reste aucune confidence écrite, aucune de ces pages, en manière de causeries, où la plume court la bride sur le cou. Mais peut-être, après tout, n'a-t-il pas écrit beaucoup de ces lettres où l'on aimerait à recueillir un supplément d'informations, et, en quelque sorte, des aveux sur la vie morale de l'auteur. Outre qu'à ce point de vue il avait pu s'épancher de reste dans les Maximes, il ressemblait peu, par le caractère, par la nature et le tour d'esprit, aux grands épistoliers, aux Cicéron, aux Se vigne, aux Voltaire. Ce qui le distinguait, ce n'était point la verve, l'abondance, le trop-plein. Après les déboires de cette ambition, toujours trompée et toujours renaissante, où son plus bel âge s'était consumé, le cercle au milieu duquel il vécut suffisait sans doute à le satisfaire et ne laissait guère à son esprit, un peu paresseux au demeurant, le loisir et le goût de ces échappées. A partir de i665, comme nous le disons dans la Notice biographique, l'auteur des Maximes était devenu une sorte d'oracle, et son suffrage était recherché comme le garant de celui du public. Sans être insensible à ce genre de gloire, il prenait discrètement son rôle, parlant peu en société, avare de louanges pour lui-même * et pour les autres, ne contestant jamais *, et, dans les conversations comme la plume à la main, préoccupé de proportionner les termes aux choses. Bref, c'était, avant tout, un esprit sobre, observateur, réfléchi, même dans l'abandon de l'intimité, aimant à se concentrer sur un point unique. Qui se plaindrait que le temps que tant d'autres auteurs emploient à multiplier leurs ouvrages, la Rochefoucauld n'en ait usé que pour perfectionner et polir le sien ?

Page 1