Voyez les Mémoires, p
7. Dans le texte de Cousin : « qui m'ôteroit le soupçon » ; quinze lignes plus loin : eu, pour lu.
8. La Rochefoucauld s^ëtait engage, envers le Cardinal, à rompre tout commerce avec Mme de Chevreuse : voyez les Mémoires, p. 3i.
ment pour me redemander son bien, qu'elle m'avoit donné à garder. Je vous avoue que, voyant qu'il me porloit ainsi, je crus être obligé de prendre sa lettre, oà, après avoir lu qu'elle me prioit de remettre ses pierreries entre les mains de ce Tartereau, je vis aussi qu'il m'en devoit donner une pour une personne qu'elle ne me nommoit point^« Je lui dis que ce n'étoit pas là observer ponctuellement la promesse qu'il m'avoit faite, et qu'il savoit bien que Mme de Chevreuse ne se contentoit pas de me redemander ses pierreries, mais qu'elle me chargeoit aussi de faire tenir une lettre à une personne, sans me la nommer, et que je trouvois bien étrange qu'il m'eût pressé de lire celle qu'il m'avoit donnée, après la déclaration que je lui avois faite dès le commencement. Il me répondit là-dessus que, quoiqu'il y eût quelque chose de plus qu'il ne m'avoit dit, il n'avoit pas toutefois manqué à sa parole, pource qu'il avoit eu ordre, s'il me trouvoit à la cour, de me dire que cette seconde lettre étoit pour la Reine, et de savoir si je m'en voudrois charger; sinon, de faire pressentir à la Reine, sans qu'elle se pût douter de rien, si elle feroit difficulté ^^ d'en recevoir de particulières de Mme de Œevreuse; mais qu'ayant témoigné fort nettement qu'elle trouveroit seulement bien étrange qu'on eût eu cette pensée-là, en l'état où sont les choses, il avoit aussitôt jeté cette lettre au feu, selon l'ordre qu'il en avoit, et qu'ainsi je ne me devois mettre en peine de quoi que ce soit, que de lui remettre les pierreries qu'on me demandoit, et que ce fût si secrètement que
9. Cette personne était, comme il est dit douze lignes plus loin, la reine Anne d'Autriche.
10. Cousin donne ici une leçon pçu intelligible : « de la faire pr^nter à la Heine..., si elle fesoit difficulté ».
i53g M. de Chevreuse et ses domestiques n^en sussent rien: de sorte que je crus n'y devoir plus apporter de retardement, et lui dis qu'Û falloit que je partisse bientôt pour m'en retourner chez mon père, que je ferois quelque séjour à Amboise, et, s'il vouloit s'y rendre dans ce même tenips, que j'y ferois trouver les pierreries. Nous primes donc jour ensemble, et le lieu devoit être en une hôtellerie qui se nomme le Chepal bardé ^^, où il ne se rendit que deux jours après celui qu'il m'avoit promis, et si tard, que je n'eus de ses nouvelles que le lendemain, où je le fus trouver au lit, et si incommodé d'avoir couru la poste qu'il fut longtemps sans se pouvoir lever, ce qui l'obligea de me prier de sortir jusqu'à ce qu'il fût en état de me voir. J'allai cependant dans un petit jardin, où je me promenai près d'une heure, et même il m'y envoya faire des excuses de ce qu'il ne m'y vcnoit pas trouver, mais qu'il avoit été si mal depuis que je Tavois quitté, qu'il avoit pensé évanouir**; néanmoins qu'il se portoit mieux, et que, si je voulois monter dans sa chambre, je l'y trouverois habillé. J'y fus, et lui fis voir des étuis et des bottes cachetées ; nous résolûmes de les ouvrir, et de mettre en ordre ce que nous trouverions dedans, afin de le compter plus aisément. Tout étoit enveloppé dans de petits paquets de papier et de coton séparés, de sorte qu'il fallut beaucoup de temps pour les défaire sans rien rompre, et beaucoup plus encore pour compter séparément les diamants, tant des boutonnières que des bijoux, des bagues, et des autres pièces, outre les émeraudes^ les perles, les rubis et les turquoises, dont il a mis le nombre,
11. Là Cheval bardé ^ c*est-à-dire couTert de Tarmure appelée harde, qui était faite de lames de fer placées sur le poitrail, la. Dans le texte de Cousin, s* évanouir.
LETTRES. ai
la forme, et la grosseui dans Tinventaire quHl me laissa, que je vous envoierai, ou une copie, aussitôt que ma maladie me donnera la foi ce de pouvoir regagner Ver tœil. Il me pria, ensuite de cela, de lui aider à remettre les choses au même état qu^elles étoient, et, après avoir tout arrangé le mieux que nous pûmes, je le priai de faire mes très-humbles compliments à Mme de Chevreuse, et de l'assurer qu'elle n'avoit point de serviteur en France qui souhaitât si passionnément que moi qu'elle j revînt avec les bonnes grâces du Roi et de Monseigneur le Cardinal. Je vous puis assurer, mon oncle, que voilà quelle a été notre entrevue, et que je n'ai jamais cru me pouvoir empêcher de rendre un bien qu'on m'avoit confié. Si je suis toutefois si malheureux que cela ait déplu à Son Éminence, j'en suis au désespoir, et vous supplie d'essayer de me justifier autant que vous le pourrez, et de me témoigner, en cette rencontre ici, que vous me faites toujours l'honneur de m'aimer, et de me croire.
Mon très-cher oncle ,
Votre très-humble et très-obéissant neveu et serviteur,
Marcillàc.
ati LETTRES.