‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 100 sur 269 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

nies Pt dans les églises, que l'on rouvre le soir à Naples pour 1«^ litanies et les bénédictions.

Je sortis seul après eux, et je pris tristement et au hasard la route qui mène à la grotte du Pausilippe. Je franchie la U'n)tte: j'allai jusqu'au bord de la mer qui baigne la petite Ile de >isida.

Du boitl de la mer, mes yeux se portèrent sur Procida, qu'on voit blanchir de là comme une écaille de tortue sur le lil»*u dt»s vagues. Ma pensée se reporta naturellement sur n»tt*» île et sur ces jours de fête que j'y avais passés avec (ira/iella. Une inspiration m'y guidait. Je me souvins que la j»une fille avait l«'i une amie presque de son âge, fille d'un |iaiivro habitant des chaumières voisines; que cette jeune tilU* portait un costume particulier qui n'était pas celui de ses miiipagnes. l n jour que je l'interrogeais sur les motifs de r.MU» différence dans ses habits, elle m'avait répondu qu'elle ♦•t;n( religieuse», bien qu'elle demeurât libre chez ses parents dans une espère d'état intermédiaire entre le cloître et la \\p d#» Tamille. Elle me fil voir l'église de son monastère. Il y PU a\ait plusieurs dans Ule. ainsi qu'à Ischia et dans [«•s \illag»»s de la campagne de Napîes.

1^ ptMis^W» me vint que Graziella, voulant se vouer à Dieu, vrait piMitH'tre allée se confier à cette amie et lui demander iU' lui oinrir les portes de son monastère. Je ne m'étais pas donné |p temps de réfléchir, et j'étais déjà marchant à grands pas sur la route de Pouzzoles, ville la plus rapprorhêe de Procida où l'on trouve des bar(]ues.

J'arrivai â Pouzzoles en moins d'une heure. Je courus au |K»rt; je payai double deux rameurs pour les déterminer à m»* j»*ter à Procida, malgré la mer forte et la nuit tombante. IN mirent leur barque à flot. Je saisis une paire de rames a\er i»u\. .\ous doublâmes avec peine le cap Misène. Deux vu. 44

heures après j'abordais File, et je gravissais tout seul, tout essoufflé et tout tremblant, au milieu des ténèbres et au coups du vent d'hiver, les degrés de la longue rampe qui conduisait à la cabane d'Andréa.

u Si Graziella est dans Tlle, me* disais-je, elle sera venue d'abord là, par l'instinct naturel qui pousse Toiseau vers son nid et Fenfant vers la maison de son père. Si elle n'y est plus, quelques traces me diront qu'elle y a passé. Ces traces me conduiront peut-être où elle est. Si je n'y trouve ni elle ni traces d'elle, tout est perdu : les portes de quelque sépulcre vivant se seront à jamais refermées sur sa jeunesse. » • Agité de ce doute terrible, je touchais au dernier degre. Je savais dans quelle fente de rocher la vieille mère, en partant, avait caché la clef de la maison. J'écartai le lierre et j'y plongeai la main. Mes doigts y cherchaient à tâtons la clef, tout crispés de peur de sentir le froid du fer qui ne m'eùl plus laissé d'espérance...

La clef n'y était pas. Je poussai un cri étouffé de joie, et j'entrai à pas muets dans la cour. La porte, les volets étaient fermés; une légère lueur qui s'échappait par les fentes de la fenêtre et qui flottait sur les feuilles du figuier traliissait une lampe allumée dans la demeure. Qui eût pu trouver la clef, ouvrir la porte, allumer la lampe, si ce n'était Fenfant de la maison? Je ne doutai pas que Graziella ne fût à deux pas de moi, et je tombai à genoux sur la dernière marche de Fescalier pour remercier Fange qui m'avait guidé jusqu'à elle.

Aucun bruit ne sortait de la maison. Je collai mon oreille au seuil, je crus entendre le faible bruit d'une respiration et

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