‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 102 sur 269 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Je n*hésitai plus, je donnai un coup d'épaule de toutes Us forces de mon impatience et de mon inquiétude à la vieille |M>rte ; la serrure céda et se détacha sous l'effort, et je me précipitai dans la maison.

La petite lampe rallumée devant la Madone par Graziella réclairail d'une faible lueur. Je courus au fond de la seconde

iif CONFIDENCES.

chambre où j'avais entendu sa toîx et sa chute, et où je la croyais évanouie. Elle ne fêtait pas. Seulement sa faiblesvse avait trahi son effort ; elle était retombée sur le tas de bruyère s^che qui lui servait de lit, et joignait les mains en mp regardant. Sfsyeux, animés par la fièvre, ouverts par Tétonnement et alanguis par l'amour, brillaient fixes comme deui étoiles dont les lueurs tombent du ciel, et qui semblent vous regarder.

Sa léte, quelle cherchait à rele\er, retombait de faiblesse sur les feuilles, renversée en arrière et comme si le cou était brisé. Elle était pâle comme Fagonie, excepté sur les pommettes des joues teintes de quelques vives roses. Sa belle peau était marbrée de taches de larmes et de la poussière qui s'y était attachée. Son >ètement noir se confondait a^ec la couleur brunr d€»s feuilles répandues à terre et sur h*squelles elle étail couchée. Ses pieds nus, blancs comme le marbre , dépassaient de toute leur longueur le tas de fougères et reposaient sur la pierre. Des frissons couraient sur lous ses membres et faisaient claquer ses dents comme des castagnettes dans une main d'enfant. Le mouchoir rouge qui enveloppait ordinairement les longues tresses noires de ses beaux cheveux était détaché et étendu comme un demi-voile sur son front jusqu'au bord de ses yeux. On voyait qu'elle s'en était servie pour ensevelir son visage et ses larmes dans l'ombre comme dans l'immobilité anticipée d'un linceul, et qu'elle ne l'avait relevé qu'en entendant ma voix et en se plaçant sui* son séant pour venir m'ouvrir.

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