LIVRE DIXIÈME. S
Il sera signe que je dois accomplir mon dessein , et je la n suivrai pour jamais au monastère.
<c Mais si c* était lui qui parût avant elle!... lui qui vint, « guidé par mon ange, me découvrir et m* arrêter au bord u de mon autre vie !... Oh! alors, ce sera signe que vous ne «» voulez pas de moi, et que je dois retourner avec lui pour « Taimer le reste de mes jours!
a Faites que ce soit lui I ai-je ajouté. Faites ce miracle u de plus, si c'est votre dessein et celui de Dieu! Pour Fob- « tenir, je vous fais un don, le seul que je puisse faire, moi •• qui n'ai rien. Voici mes cheveux, mes pauvres et longs « cheveux qu'il aime et qu'il dénoua si souvent en riant « pour les voir flotter au vent sur mes épaules. Prenez-les, «. je vous les donne, je vais les couper moi-môme pour vous « prouver que je ne me réserve rien, et que ma tête subit <i d'avance le ciseau qui les couperait demain en me sépac rant du monde. »
\ ces mots, elle écarta de la main gauche le mouchoir f|p soie qui lui couvrait la tête, et prenant de Tautre le long écheveau de ses cheveux coupés et couchés à côté d'elle sur le lit de feuilles, elle me les montra en les déroulant. « La Madone a fait le miracle ! reprit-elle avec une voix plus forte et avec un accent intime de joie. Elle t'a envoyé! J'irai où tu voudras. Mes cheveux sont à elle. Ma vie est à toi ! »
Je me précipitai sur les tresses coupées de ses beaux cheveux noirs , qui me restèrent dans les mains comme une branche morte détachée de l'arbre. Je les couvris de baisers muets, je les pressai contre mon cœur, je les arrosai de larmes comme si c'eût été une partie d'elle-même que j'ensevelissais morte dans la terre. Puis, reportant les yeux sur elle, je vis sa charmante tête qu'elle relevait toute dépouillée, mais comme parée et embellie de son sacrifice, resplendir de joie et d'amour au milieu des tronçons noirs et inégaux de ses cheveux déchirés plutôt que coupés par les ciseaux. Elle m'appanit comme la statue mutilée de la Jeunesse dont le» mutilations mêmes du temps relèvent la grâce et la beauté
lit CONFIDENCES.
chambre où j*a\ais entendu sa toîx et sa chute, et où jo la croyais évanouie. Elle ne Tétait pas. Seulement sa falWess** avait trahi son effort ; elle était retombée sur le tas de bni>«Tf s^che qui lui servait de lit, et joignait les mains «mi nu* n*ganianl. S«'s\eiix, animés par la fièvre, ouverts fiar l'élonnem«*nt et alanguis par Tamour, brillaient fixes comme dein étoiles dont I«*s lueurs tombent du ciel, et qui s(*mblent ^fMl^ regarder.
Sa tiMe, qu*flle cherchait à relever, retomliait di» fail>lesv> sur les feuilles, renversée «*n arrière «'l comme si le cou était brisé. Klle était pâle comme Fagonie, excepté sur les |M»nimettes des joues teint«»s de quelques vi\es n)s«»s. Sa lit»l|.peau était marbrée de taches de larmes et de la piiussièP' qui s > était attachée. Son \êtemenl noir se confondait a^»-<* la couleur brune des feuilles répandues «^ lern» et sur h-^ quelles elle était couchée. Ses pieds nus, Idancs comme l« marbre, dépassaient de toute leur longueur le tas de fougères et H'posaient sur la pierre. Des frissons couraient Mir tous ses membres et faisaient claquer s<»s dents comme d'-^ castagnettes dans une main d*enfant. Le mouchoir mus** qui enveloppait ordinairement les longues tress4*s noln-^ de ses beaux cheveux était détaché et étendu comme un demi-voile sur son front jusqu'au bord de ses )eux. Ou voyait qu'elle s'en était servie pour ensevelir son visage et ses larmes dans Tombre comme dans rimmobililé anlicipt^* d'un linceul, et qu'elle ne Tavait n'ievé qu*en entendant ma voix et en S4* plaçant sur son s<'ant pour venir m'ouvnr