LIVRE DIXIÈME
l't sa iiif'moire ne se serait pas incorporée à moi si dëlicieuyment et si tristement , son imaf^^e ne serait pas si présente et si éclatante dans mon souvenir. Bien que mon cœur fût du sable alors, cette fleur de mer s'y enracinait pour plus d'une saison, comme les lis miraculeux de la petite plage s'enracinent sur les grèves de l'île d'Ischia.
Kl quel œil assez privé de rayons, quel cœur assez éteint ♦ ti naissant ne l'aurait pas aimée? Sa beauté semblait se dé\Hlopi>er du soir au matin avec son amour. Elle ne grandJNsait plus, mais elle s accomplissait dans toutes ses grâces, (inires, hier d'enfant, aujourd'hui déjeune fille éclose. Ses formes s\eltes se transformaient à vue d'œi! en contours plus Mia\es et plus arrondis par l'adolescence. Sa stature prenait d#' l'aplomb sans rien perdre de son élasticité. Ses beaux Im<m!s nus ne foulaient plus si légèrement le sol de terre Iwltu**. Elle les traînait avec cette indolence et cette langueur ♦jni semblent imprimera tout le corps le poids des premières l>*»nM»«»s amoureuses de la femme.
Ses cheveux repoussaient avec la sève forte et touffue des planti^ marines sous les vagues tièdes du printemps. Je m'amusais souvent à en mesurer la croissance en les étirant HMiIés autour de mon doigt sur la taille galonnée de sa sonhn-^este verte. Sa peau blanchissait et se colorait à la fois d«s mêmes teintes dont la poudre rose du corail saupoudrait tous les jours le bout de ses doigts. Ses yeux grandissaient H souvraient de jour en jour davantage comme pour •*mbrasser un horizon qui lui aurait apparu tout à coup. <>>tait rétonnement de la vie quand Galatée sent une première palpitation sous le marbre. Elle avait involontaireni**nt avec moi des pudeurs et des timidités d'attitude, de r»"4ards. de gestes, qu'elle n'avait jamais eues auparavant. h' m'en apercevais, et j'étais souvent tout muet et tout
tit CONFIDENCES.
chambre où j'avais entendu sa voix et sa chute, et où je la croyais évanouie. Elle ne Tétait pas. Seulement sa faiblesse avait trahi son effort; elle était retombée sur le tas de bruyère sèche qui lui servait de lit, et joignait les mains en me regardant. Ses yeux, animés par la fièvre, ouverts par Tétonnement et alanguis par l'amour, brillaient fixes comme deux étoiles dont les lueurs tombent du ciel, et qui semblent vous regarder.
Sa tête, qu elle cherchait à relever, retombait de faiblesse sur les feuilles, renversée en arrière et comme si le cou était brisé. Elle était pâle comme Fagonie, excepté sur les pommettes des joues teintes de quelques vives roses. Sa belle peau était marbrée de taches de larmes et de la poussière qui s*y était attachée. Son vêtement noir se confondait avec la couleur brune» des feuilles répandues à terre et sur lesquelles elle était couchée. Ses pieds nus, blancs comme le marbre, dépassaient de toute leur longueur le tas de fougères et reposaient sur la pierre. Des frissons couraient sur tous ses membres et faisaient claquer ses dents comme des castagnettes dans une main d*enfant. Le mouchoir rouge qui enveloppait ordinairement les longues tresses noires de ses beaux cheveux était détaché et étendu comme un demi-voile sur son front jusqu'au bord de ses yeux. On voyait qu'elle s'en était servie pour ensevelir son visage et ses larmes dans l'ombre comme dans l'immobilité anticipée d'un linceul , et qu'elle ne l'avait relevé qu'en entendant ma voix et en se plaçant sui* son séant pour venir m'omrir.
Je me jeUn à genoux à côté de la bruyère; je pris s«»s deux mains glacées dans les miennes, je les portai à mes lèvres pour les réchauffer sous mon haleine; quelques larmes de mes yeux \ tombèrent. Je compris, au serrement convulsif de ses doigts, qu'elle avait senti cette pluie du cœur et