LIVRE DIXIÈME. J
eucore les confidences délicieuses de son amour ; comment W était né en elle à son insu, sous les apparences d'une pure et douce amitié de sœur ; comment elle s'était d'abord alar* niée, puis rassun^e; à quel signe elle avait enfin reconnu iiu'eile m'aimait; combien de marques secrètes de préférence elle m'avait données à mon insu ; quel jour elle rmyait s'être trahie; quel autre elle a\ait cru s'apercevoir que je la payais de retour ; les heures, les gestes, les sourires. Us mots échappés et retenus, les révélations ou les nuages involontaires de nos visages pendant ces si\ mois. Sa mémoire avait tout conservé ; elle lui rappelait tout, comme riierbe des montagnes du Midi, à laquelle le venta mis le A*u pendant l'été, conserve l'empreinte de l'incendie à toutes l«s places où la flamme a passé.
Elle y ajoutait ces mystérieuses supei-stitions du sentiment qui donnent un sens et un prix aux plus insignifiantes ciro)Dstances. Elle levait pour ainsi dire un à un tous les vnles de son âme devant moi. Elle se montrait comme à Dieu, dans toute la nudité de sa candeur, de son enfance, dp son abandon. L'âme n'a qu'une fois dans la vie de ces moments où elle se verse tout entière dans une autre âme avec ce murmure intarissable des lèvres qui ne peuvent suffire à son amoureux épanchement, et qui finissent par balbutier des sons inarticulés et confus comme des baisei^s dVnfanl qui s'endort.
Je ne me lassais pas moi-même d'écouter, de gémir et •i*' frissonner tour à tour. Bien que mon cœur, trop léger W trop vert encore de jeunesse, ne fût ni assez mûr ni assez f^-fond pour produire de lui-même de si brûlantes et de si divines émotions, ces émotions faisaient, en tombant dans W mien, une impression si neuve et si délicieuse , qu'en les **mtant je croyais les éprouver. Erreur ! j'étais la glace , et
elle était le feu. En le reflétant, je croyais le produire. N'importe; ce rayonnement, répercuté de F un à Tautre, semblait appartenir à tous les deux et nous envelopper de Fatmosphëre du même sentiment.
XXÏII
Ainsi s'écoula celte fongue nuit d'hiver. Cette nuit n'eut pour elle et pour moi que la durée du premier soupir qui dit qu'on aime, il nous sembla, quand le jour parut, qu'il venait interrompre ce mot à peine commencé.
Le soleil était cependant déjà haut sur l'horizon quand ses rayons glissèrent entre les volets fermés et pâlirent la lueur de la lampe. Au moment où j'ouvris la porte, je vis toute la famille du pécheur qui montait en courant l'escalier.
La jeune religieuse de Procida, amie de Graziella, à qui elle avait envoyé son message la veille et confié le dessein d'entrer le lendemain au monastère, soupçonnant quelque désespoir de cœur, avait envoyé la nuit un de ses frères à Naples pour avertir les parents de la résolution de Graziella. Informés ainsi de leur enfant retrouvée, ils arrivaient en hâte, tout joyeux et tout repentants, pour l'arrêter sur le bord de son désespoir et la ramener libre et pardonnée avec eux.
La grand' mère se jeta à genoux près du lit en poussant de ses deux bras les deux petits enfants qu'elle avait amenés pour l'attendrir, et en se couvrant de leurs corps comme d'un bouclier contre les reproches de sa petite-fille. Les enfants se jetèrent tout en cris et tout en pleurs dans les bras de leur sœur. En se levant pour les caresser et pour embrasser sa grand' mère, le mouchoir qui couvrait la tête de Graziella tomba et laissa voir sa tête dépouillée de sa chevelure. A la vue de ces outrages à sa beauté dont ils comprirent trop le sens, ils frémirent. Les sanglots éclatèrent de nouveau dans la maison. La religieuse qui venait d'entrer calma et