LIVRE ONZIÈME. io<i
pu lui rendre, dans la personne de quelques-uns de ses membres, ce que j'en ai reçu de services, d*abondance de cœur et de fraternité I Le père et la mère sont morts avant que la fortune soit revenue consoler et relever leur maison. Maintenant elle est redevenue, dit-on, riche et prospère. Que Dieu bénisse dans les enfants la mémoire de la mère el du |M*re !
Je n*ai jamais repassé sur la route de Genève à Lausanne -^ans lever les yeux sur le château de Vincy et sans recueillir ma pensée dans un souvenir et dans un regret. Il fut pendant quelques semaines, pour moi, comme une maison paternelle. Quelque chose du sentiment qu'on porte au toit de sa famille s'y attache pour mon cœur. De toutes les plantes dont on pare aujourd'hui les jardins et le seuil de ce château, la plus vivace et la plus durable, c'est la reconnaissance du l»rN~*te pour le seuil de l'hospitalité.
Je revins à cette époque à Paris reprendre mon service militaire dans la garde du roi. C'est alors que je me retrouvai ^^ec un de mes amis d'enfance qui était aussi entré dans les ^rardes du corps. Il s'appelait le comte Aymon de Virieu. On l'a déjà entrevu en Italie avec moi. 11 fut le premier et W meilleur de mes amis, ou plutôt ce nom banal d'amitié rend imparfaitement la nature du sentiment qui nous lia dès l'enfance. C'était quelque chose comme les liens du sang ou comme la parenté de l'âme. Je fus son frère et il fut le mien. En le perdant, j'ai perdu la moitié de ma propre vie. iMa pensée ne retentissait pas moins en lui qu'en moi-même. Le jour de sa mort, il s'est fait un grand silence autour de moi. Il m'a semblé que Fécho vivant de tous les battements de mon cœur était mort avec lui. Je me sens encore, je ne m'entends plus.
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Ayiuon de Virieu était fils du comte de Viriea , un des hommes ëminents du parti constitutionnel de TAssemblëe constituante, ami de Mounier, de Tolendal, de Glermont- Tonnerre et de tous ces hommes de bien, mais d'illusion, qui voulaient réformer la monarchie sans Tébranler. On ne réforme que ce qu'on domine. Quand ils eurent mis le trône dans la main d'une assemblée, ils ne purent l'en arracher qu'en morceaux. Aussi le repentir ne tarda-t-il pas à les saisir, et ils se tournèrent, avant qu'elle fût achevée, contre la révolution qu'ils avaient faite. Les uns émigrèrent, les autres s'appelèrent les monarchistes et essayèrent de former ces partis intermédiaires qui sont écrasés entre les deux camps. Les plus hardis comprirent les chances de l'anarchie, et en profitèrent pour soulever les provinces contre la Convention.
Du nombre de ces derniers fut le comte de Virieu. En quittant la tribune, il prit les armes. Lyon s'insurgeait contre la tyrannie. Il vit dans cette insurrection toute municipale quelque chance d'entraîner cette ville et le Midi dans un mouvement involontaire de royalisme et de restauration monarchique. Il y accourut. On lui donna le commandement de la cavalerie lyonnaise pendant le siège de cette ville par l'armée républicaine. Dans la nuit qui précéda la reddition de la place, il se mit à la tête de la cavalerie et tenta de se faire jour à travers les troupes de la Convention. Il y réussit; mais, en sauvant une partie de ses compagnons de fuite, il fut tué lui-même à quelques lieues de Lyon. On ne put retrouver son corps. Il n'a reparu de lui que son nom, qui est resté gravé dans nos annales parmi les fondsiteurs de notre Révolution.
Après sa mort, sa veuve, restée dans les murs de Lyon avec son fils, n'échappa que par la fuite à l'échafaud. Vétae