‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 148 sur 269 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

L'éti-anger fit ce qui lui était ordonné, heureux de recevoir un pareil dépôt et des instructions si conformes à sa propre inclination.

XVIU

Il y avait au château de ***, comme dans presque toutes les maisons fortes du moyen âge , un passage souterrain qui partait des caves sous la grande tour , qui traversait la terrasse, et qui, aboutissant à une poterne, descendait par quatre ou cinq cents marches d'escalier obscur jusqu'au pied du mamelon sur lequel était bâti le château. Là une grille de fer, semblable au soupirail d'un cachot, s'ouvrait dans une fente du roc sur les vastes prairies entourées de bois qui formaient le bassin de la rivière et de la vallée.

L'existence de celte porte , qui ne s'ouvrait jamais , était ignorée des républicains. Les seuls habitants du château savaient où la clef en était déposée, pour des circonstances extrêmes. Le jeune homme s'en saisit, remonta dans la chambre de la jeune fille, Tentratna tout en larmes à travers ces ténèbres, ouvrit le soupirail, et, se glissant irtaperçu de saule en saule dans le lit du torrent, parvint à gagner les bois avec son dépôt.

Une fois dans les sentiers de ces forêts connues, armé de deux fusils, le sien et celui de sa compagne , pourvu d'or et de munitions, il ne craignait plus rien des hommes. Dévoué comme un esclave, attentif comme un père, il conduisit en peu de jours, à travers champs, de bois en bois, et de chemÎDs en chemins, la jeune fille qui passait pour son jeune frère, jusqu'aux environs de la petite ville qu'habitait la tante de M»* de *^.

Le costume de chasseur le sauvait des explications à donner sur le soin qu'il prenait d'éviter les routes frayées et les villages. D'ailleurs la connivence des paysans royalistes et religieux de ces montagnes les avait accoutumés à respec-

ter le secret de ces faites et de ces travestissements fréquents dans le pays.

Cependant , avant d'entrer dans la petite ville de *^, où la surveillance devait ^tre plus éveillée , il crut devoir prévenir la tante de M"» de*** de l'approche de sa jeune parente, et lui demander sous quel nom , sous quelle apparence et à quelle heure il devait l'introduire dans sa maison.

11 envoya à la ville un enfant chargé d'un billet pour cette dame. Après quelques heures d'attente , pendant lesqiielleb sa jeune compagne n'avait cessé de pleurer à l'idée d'une séparation si prochaine, il vit revenir l'enfant avec le billet. La tante elle-même venait d'être arrêtée , conduite par les gendarmes à Mmes. La maison était scellée ; ce seul asile de la pauvre enfant se fermait au terme du voyage devant ses pas. Ce coup frappa plus qu'il n'affligea au fond de Tâme les, deux fugitifs. La pensée d'une séparation prochaine et éternelle les consternait plus qu'ils n'osaient se l'avouer à euxmêmes. La fatalité les réunissait. Tout en l'accusant, ils ne j)0uvaient s'empêcher de l'adorer.

Ils délibérèrent un moment sur le parti qu'ils avaient à prendre. Ils s'arrêtèrent naturellement, et sans se concerter, sur celui qui les séparerait le plus tard possible. Le jeune proscrit ne pouvait pas reparaître dans la maison du curé de Bussières sans être arrêté à l'instant et sans perdre son bienfaiteur ; la jeune fille n'avait plus un seul asile chex les perents de son père dans le Forex qui ne fût fermé par la terreur, et dont les habitants ne fussent eux-mêmes proscrits. Ils résolurent de se rapprocher du château de ***, et de demander asile dans les montagnes voisines aux chaumières de quelques paysans hospitaliers attachés à leur ancien seigneur.

Ils revinrent à lentes journées sur leurs pas. Ils frap-

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