‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 150 sur 269 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

fleurs alpesti*es à la lueur de la lune d*été , ou s'asseoir Tun à cAté de l'autre sur les gradins mousseux d'un rocher concave d'où le regard plongeait sur la vallée de ***, sur le château désert d'où ne sortait plus ni lumière ni fumée, et sur le vaste borixon bleu semblable à la mer qui s'étendait de là |)ar-dessus le bassin du Rhône jusqu^aux neiges des Alpes d'Italie.

Qui peut les accuser sans accuser plutôt leur destinée? Qui peut dire à quelle limite indécise entre le respect et l'adoration , entre la confiance et Tabandon , entre l'entraînenient et la faiblesse , entre la vertu et l'amour, s'arrêta, dans ses recueillements forcés, le sentiment de ces deux enfants l'un pour l'autre ? 11 y faudrait l'œil de Dieu lui-même. Celui dt*s hommes se trouble, s'éblouit et s'humecte devant le mystère d'une telle situation ! S'il y eut faute , il ne peut la %oir qu'à travers des larmes, et en condamnant il lave et il absout. Le monde fermé, le ciel ouvert, la pression de la proscription pesant sur leurs cœurs et les refoulant malgré eux l'un contre l'autre, les âges semblables, les costumes pareils, les impressions communes, l'innocence ou l'ignorance égale du danger, la différence des conditions oubliée ou effacée dans cet isolement complet, l'incertitude si la société avec ses convenances et ses rangs se rouvrirait jamais (H)ur eux, la hâte de savourer la liberté menacée à toute heure dont ils jouissaient comme d'un bien dérobé, la brièveté de la vie dans un temps où nul n'avait de lendemain, ces ténèbres de la nuit qui rendent tout plus intime; ces lueurs de la lune et des étoiles qui enivi*ent les yeux et qui égarent 1^ cœur; le resserrement de leur captivité dans la maison de la nourrice, qui ne laissait aucune diversion possible à leur p«*nsée, aucune interruption à leurs entretiens; enfin ce |H>iot élevé, étroit et comme inaccessible de l'espace, devenu |K>ur eux l'univers tout entier, et qui leur paraissait une tle

aérienne suspendue au-dessus de cette terre qu'ils Yoyaicnl de loin sous leurs pieds, au-dessous de ce ciel qu'ils voyaient si près sur leurs têtes, tout concourait à les précipitera les enserrer dans une étreinte morale par tous les liens de leur* Ame, à leur faire chercher uniquement dans le cœur rnn de l'autre cette vie qui s'était rétrécie et comme anéantie aatoar d'eux. Vie doublée ainsi au moment où ils étaient menacés de la perdre , qui n'avait que la solitude pour scène et que la contemplation pour aliment.

Purent-ils assez prudents pour prévoir si jeunes les dangers de ces éternelles séductions de leur solitude? Furentrils assez forts pour y résister en les éprouvant? S'aimèrent^ls comme un frère et comme une sœur? Se promirent-ils de plus tendres noms? Qui peut le dire? Je les ai connus intimement tous les deux. Ni l'un ni l'autre n'avouèrent jamais rien sur cette année aventureuse. Seulement, quand ils se rencontraient de longues années après, ils évitaient de se regarder devant le monde. Une ombre subite mêlée de rougeur et de pâleur se répandait sur leur visage, comme si lebntôme du temps invisible pour nous eût passé devant eux en leur jetant ses reflets magiques. Était-ce tendresse mal éteinte? passion rallumée par un souffle sous la cendre? indifférence agitée de souvenir? regrets ou remords? Qui peut lire dans deux cœurs fermés des caractères Iffacés par des torrents de larmes, et qui ne revivent que sous l'œil de Dieu?

Plus d'une année se passa ainsi. Puis la terreur s'adoucit dans la contrée. Les prisons se rouvrirent. Le vieux eomW

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