‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 170 sur 269 · LIVRE PRiMIER. 3Ô · texte numérisé non relu

LIVRE PRiMIER. 3Ô

^ris pas par des dissentiments ou par des mécontentements ostensibles ceux de qui nous dépendons pour nos filles et pour toi ! Accepte cette vie inoccupée et obscure pendant quelques années ; je prierai tant DiéU qu'il fléchira le cœur de (es oncles et de tes tantes, et qu*il ouvrira à mon fils la part d*activité, d'espace, de gloire et de bonheur qu'il est permis à une mère de désirer pour un fils tel que toi I

« Voilà ce que je voulais te dire, » ajouta-t-elle en se levant de sa càaise et en me bénissant de l'œil et de la main. Puis elle me dit avec plus d'intimité, d'accent, et une onction plus pénétrante et plus sainte, quelques mots de Dieu, de la foi de mon enfance, de la pureté de cœur à conserver ou à retrouver par le repentir, de la paix de l'âme qui ne descend jamais que d'en haut, de la résignation, ce sacrifice muet, invisible, perpétuel, le plus beau des sacriflces après celui du Christ, puisque la victime, toujou]*s renouvelée, était nous-mêmes, et que le rémunérateur, toujours présent, était Dieu! Enfin elle se mit à genoux au pied de mon lit, et pria un moment sur moi avant de se retirer à pas muets. Je crus qu'un ange était venu me visiter, et je restai longtemps immobile après son départ, avec ses paroles dans le cœur et son baiser sur le front.

Je me levai tard pour aller saluer mon père, et le remercier de la bell^ chambre qu'il m'avait donnée. C'était un dimanche, les cloches de la seule église qu'il y eût alors à Mâcon sonnaient pour appeler les fidèles à la messe de dix heures.

Je sortis et je suivis la foule dans le parvis. Là , je rencontrai quelques parents et quelques amis de la maison, qui m'arrêtèrent et qui s'entretinrent avec moi pendant les cérémonies, sous les arbres. La messe finie, la foule sortit

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avec recueillement et passa par groupes soos nos yeux, comme dans une revue des familles; noblesse, bourgeoisie, artisans en habits de fête, confondus comme rhumanité devant Dieu. On sait que dfts les villages et dans les petites villes c*est le jour et l'heure de la semaine où Ton se rencontre , où Ton s'aborde sans se fréquenter habituellement, où Ton échange un moment sur le chemin , sur la place. dans la rue ou à la porte de Téglise, un salut, un geste, uu regard ; quelquefois une courte conversation entre fidèles d*une même paroisse, entre habitants d'une même ville. C'est l'heure et la place aussi où les oisifs, les curieux, les jeunes gens qui cherchent de Toeil les belles jeunes filb invisibles à la maison les autres jours de la semaine, se forment en groupes ou se rangent en ligne pour voir passer et pour suivre d'un regard et d'un murmure d'admiration les beautés qui sont la gràce et la célébrité du pays. Je regardais machinalement comme tout le monde, mais sans attention et sans préférence, la foule qui sortait en s'oflDrant l'eau bénite du doigt au doigt. J'attendais ma mère.

Elle parut une des dernières, car elle prolongeait toujours de quelques instants ses pieuses oraisons, inclinée, les yeux fermés, les mains jointes, sur sa chaise, après les ofûces, pour laisser plus d'adoration de son cœur et emporter plus de bénédictions sur ses enfants. Ce jour-là, elle avait prolongé davantage sa station de prière, car elle avait prié pour moi.

Le soleil de printemps frappait sur les pierres moulées de la porte ; la lumière sereine du matin se mêlait sons le porche avec la lumière lointaine et intérieure des cierges ; ces deux jours confondus et luttant se réverbéraient sur W visage de ma mère, comme la nature et la grâce chrétienne

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