‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 175 sur 269 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

sent quand on entre dans un sanctuaire dont la porte qui noas sépare de la foule se referme sur vous , cependant, tout brisé que fêtais par ma tristesse, j'étais trop jeune et trop lumuitueux encore pour ne pas me lasser bientôt de cet asile trop étroit pour mes ailes , et trop monotone pour ma mobilité. Mais au premier moment je ne sentis que l'apaisement pieux, cette douce contagion de Tâme de ma mère qui se répandait sur ses pas comme Tombre visible de la maternité. Je me fis une retraite, un silence et des occupations uniformes dans ma chambre, à l'exemple de ce que je voyais autour de moi.

Voici ce qu'était alors la maison paternelle , et de qui se composait le reste de la famille.

Mon père, ma mère, mes sœurs et moi, nous ne formions pas à nous seuls toute la famille. J'ai dit que mon père avait acheté une maison à la ville pour achever l'éducation de ses filles. C'est celle que nous habitions. Mais il y avait, en outre, dans un quartier plus élevé de la ville, l'hôtel de notre nom, la maison héréditaire de la famille, la demeure de mon grand-père autrefois, et maintenant la demeure du frère aîné de mon père et de ses deux sœurs, plus âgées que mon père aussi et non mariées; maison haute, vaste, noble de site et d'aspect, et conservant ce reste de splendeur un peu morne que la Révolution avait laissé sur les édifices dont elle avait frappé le seuil , immolé ou proscrit les habitants. Une porte massive, un long et large vestibule, donnaient naissance aux rampes d'un escalier d'honneur; au rez-de-chaussée, une enfilade de salles d'attente, de salles à manger et de salons magnifiquement pavés de marbre et lambrissés de boiseries sculptées, à dessus de portes points et à glaces encadrées d'arabesques. Toutes ces pièces ^

ouvraient sur un jardin encaissé, comme à Naples ou à Sëville, dans de hautes murailles sur lesquelles des peintres italiens avaient colorie des perspectives. Au premier étage, un salon plus modeste et plus constamment habité, et les appartements des principaux membres de la famille. Au second, des chambres presque nues, destinées aux vieilles parentes religieuses, aux anciens serviteurs retirés, mais encore hébergés dans Fhôtel, aux amis et aux hôtes étrangers qui menaient de temps en temps visiter mon oncle ou mes tantes. Telle était cette maison, telle elle est à peu près encore maintenant que les décès et les héritages successifs l'ont passée de main en main jusque dans les miennes.

Du côté de la rue elle était séparée des remises et des écuries par une petite place solitaire occupée par un puits banal , dont on entendait à toute heure grincer la chaîne. Des fenêtres du premier étage, on voyait à cent pas seulement les cimes encore basses des quinconces de tilleuls plantés sur une large place empruntée aux anciens remparts de Mâcon. Au delà, la façade noble mais austère d*un vaste hôpital, construit sur les dessins de l'architecte du Panthéon; des malades et des convalescents prenant l'air et se réchauffant au soleil sur une pelouse verte devant la porte de l'hôpital ; quelques vieillards et quelques enfants se promenant ou jouant sur le sable nu de la place d'Armes ; derrière, les pentes verdoyantes de quelques petits coteaux entrecoupés de jardins et murés de buissons : voilà l'horizon des fenêtres. Il était propre à faire tarir toute imagination et à refouler toutes les perspectives riantes et grandioses dont elle se nourrit par les yeux. C'était une demeure de gentilhomme espagnol dans quelque petite ville de Gastille, moins la solennité artistique et monacale des cathédrales et des antiques mosquées de son pays.

Nous n'y entrions jamais qu'avec un certain respect.

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