LIVRE PREMIER
ma mûre était le centre, car, vertu ou grâce, bonnes œuvres ou plaisirs décents, elle était l'âme de tout, m'attristait plus encore que la monotonie et la morosité de Tété. Je paraissais, pour lui complaire, â ces réunions ; mais j'y portais avec moi une atmosphère qui m'isolait. Les .étrangers, les jeunes femmes et les jeunes danseurs étaient intimidés devant cette silencieuse réserve. On se demandait quel était donc ce dégoût de la beauté du monde et de la vie qui assombrissait ainsi le visage d'un homme de mes années. On attribuait à l'orgueil ce qui n'était que refoulement en moi-même. Il y avait là des femmes remarquables par leur êh'gance et par leurs charmes ; il y avait des jeunes personnes devenues célèbres depuis par les charjnes de leur esprit et ]>ar leur beauté, telles que la seconde fille de M. de Forbin, M'°* de M..., encore enfant alors, mais déjà prédite par tous lr»s yeux. Je voyais tout cela comme à travers un nuage; je ne dansais pas, je ne jouais pas ; je n'approchais d'aucun groupe pour échanger ces paroles banales, jetons faux et <Iorés de ces conversations de hasard. J'affligeais ma mère, jMtonnais la société par ma séquestration morale de tout ce ({ul animait la maison.
Je vis avec joie revenir le printemps, qui finissait tout ce mouvement de plaisir dans les abstinences et dans les prali- 'jsies pieuses du carême. Je pris le prétexte d'aller visiter un lie mes oncles ({ui habitait la haute Bourgogne, pour m'éloij;iier de Màcon et me soustraire à cette curiosité de petite \ ille qui veut tout savoir et qui interprète tout ce qu'elle ne sait pas.
Je partis pour le château d'Urcy, une des anciennes résidences de mon grand-père, que le second de mes oncles avait eu pour sa part dans la succession. J'aimais cet oncle par-dessus tous les autres membres de la famille. Cet oncle