VII. Î
était Tabbé de Lamartine. J'ai parlé de loi dans mes premières pages. J'ai dit comment la nature en ayait fait un homme de monde, de liberté et de plaisir ; comment le droit d'atnesse en avait fait forcément un ecclésiastique ; comment il avait vécu à* Paris et à la cour, faisant son noviciat d'évèque dans les salons des femmes les plus belles et les moins austères de la cour de Louis XV ; comment, très-indifférent en matière de foi, il avait cependant confessé la sienne, c'està-dire celle de son costume, pendant la persécution révolulionnaire, jusqu'au martyre, martyre d'honneur plus que de religion ; comment enfin, revenu des pontons de Rochefort et des cachots de Paris, il avait profité de sa liberté et de sa belle fortune pour dépouiller les liens du sacerdoce, et pour vivre seul, en philosophe et en agriculteur, au fond des bois, où ses arbres du moins et ses troupeaux ne lui demanderaient pas compte de sa désertion.
Son château, une des plus vastes et des plus belles demeures de la province, était situé dans ce labyrinthe de montagnes noires, de gorges sombres et de monotones forêts qui forment le plateau le plus élevé de la Bourgogne, entre Semur et Dijon , à quatre ou cinq lieues de toute ville; pays âpre, sauvage ; air de feu, ciel de neiges, Sibérie française, triste comme le Nord : région de pasteurs et de bûcherons, où Ton marche des heures sans voir autre chose qu'un chêne pareil à un chêne, et un troupeau pareil à an ti-oupeau. Les lignes de l'horizon, arrêtées par la noirceur des bois qui les couvrent, droites et roides comme des remparts tirés au cordeau, se dessinent toutes semblables aussi sur le ciel pâle et gris. C'est la monotonie des déserts entre le Caire et la mer Rouge, avant que les arbres soient devenus cendres et que le rocher soit devenu lave.
Sur un plateau étroit, au confluent de ces gorges, s'élève le château d'Urcy, véritable site d'abbaye. On n'apercevait qu'à travers les branches des grands chênes sa façade immense dentelée d'élégantes balustrades, ses quinze fenêtres à pleins cintres et leurs balcons de fer aux armoiries doré«^, qui attestent la plus pure architecture italienne dépaysée au