‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 197 sur 269 · LA SOURCE DANS LES BOIS · texte numérisé non relu

LA SOURCE DANS LES BOIS

Source limpide et murmuranle Qui, de la fente du rocher, Jaillis en nappe transparente Sur rherbe que tu vas coucher ;

Le marbre arrondi de Carrare, Où tu bouillonnais autrefois, Lai2»se fuir ton flot qui s'égare Sur rhuroide tapis des bois.

Ton dauphin, verdi par le lierre.

Ne lance plus de ses naseaux.

En jels ondoyants de lumière.

L'orgueilleuse écume des eaux.

Tu n'as plus, pour temple et pour ombre , Que ces hêtres majestueux Qui penchent leur tronc vaste et sombre Sur tes flots dépouillés comme eux.

La feuille, que jaunit l'automne, S'en détache et ride ton sein , Et la mousse verte couronne Les bords usés de ton bassin.

Mais tu n'es pas lasse d'éclore :

Semblable à ces cœurs généreux Qui, méconnus, s'ouvrent encore Pour se répandre aux malheureux.

Penché sur la coupe brisée.

Je vois tes flots ensevelis Filtrer comme une humble rosée Sur les cailloux que tu polis.

J entends ta goutte harmonieuse Tomber, tomber, et retentir Comme une voix mélodieuse Qu'entrecoupe un tendre soupir.

Les imagos de ma jeunesse S'élèvent avec cette voix; Elles m'inondent do tristesse.

Et je me souviens d'autrefois.

Dans combien de soucis et d'àgos, 0 toi que j'entends murmurer!

N'ai-je pas cherché tes rivages Ou pour jouir ou pour pleurer?

A combien de scènes passées Ton bruit rôveur s'est-il mêlé?

Quelle de mes tristes pensées Avec tes flots n'a pas coulé ?

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