‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 204 sur 269 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

mystérieuse de pierres; et au-dessus, dans le ciel, la coupole, découpant sur le fond du firmament son globe, ses galeries aériennes et sa dernière balustrade sous la croix, semblable au (>alcon du palais d'un dieu : voilà Taustère physionomie de ce quartier de Rome. Si une de ces portes s'ouvre pendant que vous passez, et si vous jetez un regard dans Tintérieur de ces demeures, vous voyez de grandes cours où le soleil rejaillit sur les dalles du pavé, sur les conques des fontaines ou sur les marbres des statues encaissées dans les niches des façades; et, au fond de la cour, de grands jardins en pente roide, coupés de gradins de marbre et plantés régulièrement de hauts cyprès, qui s'étendent, comme dans le jardin papal du Vatican, jusqu'aux mui-s de briques ébréchés et tapissés de lierrc des remparts de Rome. Telle était la Lonî^ara.

Le couvent, que j'ai visité depuis avec Saluce, ne consistait plus qu'en une grande masure basse percée de sept ou huit fenêtres à plein cintre grillées de fer, qu'un grand mur qui n'ouvrait que par une petite porte empêchait d'apercevoir de la rue. Derrière celle aile dégradée de l'ancien monastère, on voyait un monceau de ruines recouvertes à demi de végétations pariétaires, quelques murs encore debout, percés à jour, et de grandes fenêtres sans châssis par lesquelles on voyait le ciel ; un jardin presque inculte montait derrière ces ruines du couvent démoli vers les remparts par une large allée, autrefois pavée, maintenant tapissée de hautes herbes sèches; sous les murs mêmes, une autre allée transversale, et presque toujours à l'ombre, serpentait en suivant la courbe des l)astions. Il y avait aux deux extrémités une statue de sainte verdie par l'humidité des lierres et des mousses de la muraille. C'était la promenade habituelle des religieuses et des jeunes recluses de ce couvent

li^t NOUVELLES CONFIDENCES.

rainé. En descendant vers la rue, on apercevait un long clottre extérieur dont le toit en terrasse portait sur de petites colonnes de marbre blanc. Ce clottre serrait d'avenue à une petite chapelle de belles pierres jaunes comme celles* de Saint-Pierre de Rome. Deux anges de marbre noir, à demi couchés sur l'entablement du portail , et se tendant les bras, comme pour s'aider à porter un fardeau , unissaient leurs mains pour élever un calice. Les portes-fenétres des cellules des religieuses et les cellules des deux élèves plus âgées ouvraient sur la terrasse formée par le toit plat de ce clottre. Une statue de la Vierge tenant son enfant comme pour Fallaiter surmontait sur le cloître même une fontaine alimentée par une dérivation de Timmense chute de TAqua- Paulina, et qui, murmurant jour et nuit sous les arcades, remplissait cette solitude du seul bruit de vie qu'on entendit dans ce silence de tous les vivants.

Tel était le monastère habité par les deux amies.

Quoique Glotilde fût plus âgée de quelques mois que Régina, le développement du corps et de Tâme, plus rapide dans les jeunes flUes du Midi, toutes couvées qu'elles soient à l'ombre, avait effacé toute distance entre elles. Leurs pensées et leurs sentiments étaient au même niveau que leurs fronts. A peine avaient-elles passé quelques semaines ensemble, que leurs impressions naissantes s'étaient échangées entre elles comme entre deux sœurs qui auraient sucé le même lait au sein de la même mère. Leurs familles, sans être dans des rapports de société lijibituelle, se connaissaient de noms et se rencontraient dans les mêmes salons de cardinaux ou de princes romains. Qu^nd la mère de Saluco venait visiter Glotilde au parloir, elle demandait à voir aussi Régina. Quand la grand'mère de Régina, la comtesse Livia, venait plus fréquemment encore passer de longues heures

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