‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 21 sur 269 · LIVRE QUxVTRIÈMK · texte numérisé non relu

LIVRE QUxVTRIÈMK

\ f^sl loujoui-s mise, soil pour les ouvriers, soit pour ces iunoinbrables sunenants à qui on offre habituellement le |Kiin , le vin et le fromage , dans les campagnes éloignées iU*s villes et qui n'ont ni auberge ni cabaret. A gauche, on entre dans la salle à mangor. Rien ne la décore qu'une table de sapin, quelques chaises et un de ces vieux buffels à com- {lartimenLs, à tiroirs et à nombreuses étagères, meuble hérédîlaiit? dans toutes les vieilles demeures, et que le goûtacluel uent de rajeunir en les recherchant. De la salle à manger, on laisse dans un salon à deux fenêtres, Tune sur la cour, l'autre au nord, sur un jardin. Un escalier, alors en bois, que mon père fit refaire en pierres grossièrement taillées, mène à IVIage unique et bas où une dizaine de chambres presque sans meubles ouvrent sur des comdoi-s obscurs. Elles s«*r\-atent alors à la famille, aux hôtes et aux domestiques. Voilà tout rintérieur de cette maison qui nous a si longtemps couvés dans ses murs sombres et chauds ; voilà le toit que ma mèiv appelait avec tant d'amour sa Jérusalem, sa maison de paix! Voilà le nid qui nous abrita tant d'années de la pluie, du froid, de la faim, du souffle du monde; le nid où la mort est venue prendre tour à tour le père et la mère, et «lonl h-s enfants se sont successivement envolés, ceux-ci pour un lieu, ceux-là pour un autre, quelques-uns pour Téterhitê!... J'en conserve précieusement les restes, la paille, les mouss4»s, le duvet; et, bien qu'il soit maintenant vide, désert et refnndi de toutes ces délicieuses tendresscîs qui ranimaient, j'aime à le revoir, j'aime à y coucher encore quelquefois, comme si je devais y retrouver à mon réveil la voix de ma mère, les pas de mon père, les cris joyeux de mes sflpurs, et tout ce bruit de jeunesse , de vie et d'amour qui n^uine pour moi seul sous les vieilles poutres, et qui n'a plus que moi pour l'entendre et pour le perpétuer un peu de temps.

L'exléricnir de celle demeure répond au dedans. Du côté de la cour, la vue s'étend seulement sur les pressoii-s, les bùchei-s et les étables qui Tentourent. La porte de celle cour, toujoui-s ouverte sur la rue du village, laisse voir loul le jour les paysans qui 4)assent pour aller aux champs ou pour en revenir; ils ont leure outils sur une épaule, et quelquefois sur l'autre un long berceau où dort leur enfant. Leur femme les suit à la vigne, portant un dernier-né à la mamelle. Une eJièvre avec un chevreau vient après, s'arrête un moment pour jouer avec les cliiens près de la porte, puis bondit pour les rejoindre.

De l'autre côté de la rue est un four l>anal qui fume toujoure, rendez-vous habituel des vieillards, des pauvres femmes qui filent et des enfants qui s'y chauffent à la cendre de son foyer jamais éteint. Voilà tout ce qu'on voit d'une des fenêtres du salon.

L'autre fenêtre, ouverte au noitl, laisse plonger le regard au-dessus des murs du jardin et des tuiles de quelques maisons basses, sur un horizon de montagnes sombres, presque toujoui^ nébuleux, d'où surgit, tantôt éclairé par un rayon de soleil orangé, tantôt du milieu des brouillards, un vieux château en ruine , enveloppé de ses tourelles et de ses tours. C'est le trait caractéristique de ce paysage. Si Ton enlevait celte ruine, les brillants reflets du soir sur ses murs, les fantasques tournoiements des fumées de la bi-ume autour de ses donjons disparaîtraient pour jamais avec elle. 11 ne resterait qu'une montagne noire et un ravin jaunâtre. Une voile sur la mer, une ruine sur une colline, sont un paysage tout entier. La terre n'est que la scène; la pensée, le drame et la vie pour l'œil sont dans les traces de l'homme. Là où est la vie, là est l'intérêt.

Le derrière de la maison donne sur le jardin, petit enclos

LIVRK QUATKifeMli. 59

i\o |>iorn»s brunes d'un quart crarprnt. Au fond du jardin, la montagne conimonce h s'éîev<>r insensiblement, d'abord culliuM» ri \erte de vignes, puis pelée , grise et nue comme ces mousses sans terre végétale qui croissent sur la pierre et «m'on n'en dislingue presque pas. Deux ou trois roches i»'nies aussi tracent une légère dent(»Iure à son sommet. Pas un arbre, pas même un arbuste ne dépasse la hauteur tW la bruyère qui la tapisse. Pas une chaumière, pas une fumée ne Tanime. C'est peut-être ce qui fait le charme secret •!♦• ce janlin. H est comme un berceau d'enfantque la femme ttu laboureur a caché dans un sillon du champ pendant •piVlle travaille. Le»deu\ flancs du sillon cachent les bords tlu berceau, et quand le rideau est levé, l'enfant ne peut \oir qu'un pan du ciel entre deux ondulations du terrain.

Quant au jardin en lui-même, il n'en a guère que le nom. Il n'ertl pu compterpour un jardin qu'aux jours primitifs où Homère décrit le modeste enclos et les sept prairies du vieillard Inerte. Huit carrés de légumes coupés à angle droit, iHutlés d'arbres fruiliei-s et séparés par des allées d'herbes fourragères et de sable jaune; à Textrémité de ces allées, au nord, huit Ironcs tortueux de vieilles charmilles qui forment un lénébi-eux IxTceau sur un banc de bois ; un auti-è berceau plus petit au fond du janlin, tressé en vignes grimpantes <le Judée sous deux cerisiei-s : voilà tout. J'oubliais, non pas la source murmurante, non pas même le puits aux pieires verdâti-es et humides : il n'y a pas une seule goutte ifeau sur toute cette terre; mais j'oubliais un petit réservoir rreuM» par mon père dans le rocher pour recueillir les ondées de pluie ; et autour de cette eau verte et stagnante douze s\ronion»s et quelques platanes qui couvrent d'un peu d'ombre un coin du jardin derrière des murs, et qui sèment lie leurs larges feuilles jaunies par l'été la nappe huileuse du ba<&in.

Oui, voilà bien tout. Et c'est là pourtant ce qui a suffi pendant tant d'années à la jouissance, à la joie, à la rêverie, aux doux loisire et au travail d'un père, d'une mère et de liiiit enOants! Voilà ce' qui sufAt encore aujourd'hui à la

IMU.— iii-» II* i»*ir'- >«»r "i.r*. * ■♦ :• * i. •• i »• ■• 4' • fifaiir*' iii «^ •••.îi'.fir fii'*- ,1.1.»- '^••-•* it**» ïmmî*^-*> .* * * •-.I»-% ii'iii**ii •-••.-nr" •- 1:1 U'*i u* '••■:i» -i»^** îi lui :. ■•- U >i*\ et Li jM'i (f ••••:i» iniiii'**' ' ..i-»»» (I* u ,,-- îï i-> h» .ifv. qui

If* ir* »♦ îii •■• *• -i" 'iMmUm* ii'iir ' l< ••! tiK •* *»;rrHN pn»u »• •> s 1"' (!♦ *»'ii )•••• ••iii. . 1 • 4 î»tt*' i : j •;!:•■. un «PillH,

i h* ii»'ti'-v ît» "• .:•'■ I ' i II* *• ■ • ••• -j"^'»- .-IIS iH»trv

i :i»* ' «n •!»• • . M ;i..^ ui.** I' ■.'":• " 1«-rn* im>«s *•*"• ■-••* 'I !ii**iî^ ti I . ••'•! i**i •» I. • h ».:*> * ^'-r^^-srl il»* i|f*.i •-•* .; > II «, #» •• I '*s »j.-» ..i ;,• i »v ^- '«'«!•• lH>i> ■. •-/ •..•>' .■*.•»♦*• ■ i • '• «Il '•■ ;#jr »i • • T «îH ii«»UH pn^

' 'i*- i • •" .t'*^ '-"> II* I I* P-*. : .i ..*^:tf i> «-^ «It* !aitut^

; :. n? : ;*•'•'•* ;• m * i» ii> * t. 1 . .j : : • ;»*'tN pntin% v■^►^-"♦-^ *•• - .»* ii •.> '-l » ■ir*' i» f:*^-**'- .k-*; i^ ^t.alt'aa au

: *•' .1 j*- •• .*"* ;i'»*v «.a^**---} I ■ *•' *r*^ rf""* • îis a %»•> pirtls

î-- > ■ • r ■' ,1 ' * j^-v * j '•* •• ••'v fi r»- <^ ;iniiiit*iiait

*'2 *• . f' • .i !'•!!•.••, *i ■ • .: îià^ .r- n*^irv oniim»î • - ..li : si ;f-:^v j . -L ;•♦•.-•:■ ••>-MrifurH*»'s }- i .: -^ <" • .lii* - ■ ,.'w .'• ..* i* <- b «> ru«*ii . a Fombrp H ai :■ i'»: >..,r k-^ /■-•^ *••*!• >. > «•'.t mur Urtïe au iii; :., ■• . !• . ;> I. -j*» n • « ^v '■ K ..%rv-s a la main, aa «>lt»il. r*tiii- •• •'»-% .-^ .1 • -x • -j a : .iiTi". i-v !n».^ Iilas. Ii*n ileu\ iioS • • .•x. !••% f- ^-s •-.. i.ri--^^. :v ;.#-%f- ui.'N^^. h-s pniiM^ !•*% !>• '>-N. '.-s ;.••>, > ^r^ I—-* f III*' n ttmtf-s i:tuanl«*s clf l»?ur ::«»niiii»' 1: *»r #- ! t* 1 »-^ n ■ ..•-♦-^ ijf n»>»t* s«>us farinv: H pla> tanl !•• I^irt-aii •!■• r|ia.'i!ii.:*-N •]nf rharun ilt' im>u*, ri moi suiiiMit. rhrnrhsit a iiii«ti f^Mir lin» fn |iai\ m^ l'wrrs laioris: et W ^Hï\*-nir <l«*s im|Nvs>ioits roofuM-s qui nai^* !4i«*nt en noas dr r» s fiacv'v f 1 pins tard rnron* la iii^nioiiv il<^ conversations intinit-s le noe^ iri ou la. ttans iHIr ou Irlk allée fie re janlin: el la plar<* o.'i Ton se «lit adieu en partant |K>ur de longes abv^nr»^ relîe 011 Ton se relrouia au n»l«Mir. relies où s«* |ias!sêrpnt que|qu<*s-unes «le rrs scène* intimes. path«^tiques. de ce «Iranie cachi* «le la famille, où Ton lit se n'inlininir le visage de s<in p«''re, où notre mère pleura en nous panlonnanl. «lù l'on tomlM à ses genoux eo carhâBl son front «lans sa rolie; celle où Ton \int lui mwccr la

Page 1