‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 22 sur 269 · LIVRE QUATRIÈME. (M · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. (M

mort d'une fille chérie, celle où elle éleva ses yeux et ses mains ivsignés vei's le ciel! Toutes ces images, toutes ces empreintes, tous ces groupes, toutes ces figures, toutes ces fêlirilés, toutes ces tendresses peuplent encore pour nous ce [M'iil enclos comme ils Tout peuplé, vivifié, enchanté pendant tant de jours , les plus doux des jours , et font que, n^cueillant par la pensée notre existence extravasée depuis, dans ces mêmes allées nous nous enveloppons pour ainsi tlire de ce sol, de ces arbres, de ces plantes nées avec nous, d nous \oudrions que l'univers commençât et finît pour nous avec les murs de ce pauvre enclos.

C«» jardin paternel a encore maintenant le même aspect. Lt*s arbres un peu vieillis commencent seulement à tapisser Niirs troncs de taches de mousse ; les bordures de roses et il'œillels ont empiété sur le sable, rétréci les sentiers. Ces bordures traînent leurs filaments où les pieds s'embarrassent. Deux rossignols chantent encore les nuits d'été dans les deux IwTceaux déserts. Les trois sapins plantés par ma mûre ont ♦ iicore dans leurs rameaux les mêmes brises mélodieuses. L<* s<»l«'il a le même éclat sur les nues à son couchant. On y JMiiit du même silence, interrompu seulement de temps en Niiips par le tintement des Angélus dans le clocher, ou par la cadence monotone et assoupissante des fléaux qui battent W blé sur les aires dans les granges. Mais les herbes parasites, les ronces , les gi-andes mauves bleues s'élèvent par toulTes épaisses entre les rosiers. Le lierre épaissit ses dra- [H-ries décliirées contre les murs. Il empiète chaque année davantage sur les fenêtres toujours fermées de la chambre d.' iiolj>^ Dit>re; et iiiiarid par huHnnï ji« ui\ pwiuviw *>l i[rjr ]i m'j oublie titi moment, je ne suis nn^ché a im solitnde qti^ par le» pas du vieux vî^ricron y\\\\ mnis nervaii îïv jardh nifrchtis c«a jourî^I^I, H qui n'vienl de temps en ti^mps vjsi* ter $m pkfilfs mmnw moi nms soiivenji^, nm aj>|jarff jonn

nourriture de leurs souvenii's. Voilà TÉden de leur enfanre où se réfugient leurs plus sereines p(»nsées quand elles veulent retrouver un peu de cette rosée du matin de la vie, et un peu de celte lumiùre colorée de la première heure, qui ne brille pure et rayonnante pour l'homme que sur ces première sites de son berceau. Il n'y a pas un arbre, un œillet, une mousse de ce jardin , qui ne soit incrusté dans notix" âme comme s'il en faisait parlie ! Ce coin de terre nous semble immense, tant il contient pour nous de choses et de mémoires dans un si étroit espace». La pauvre grille de bois toujoure brisée qui y conduit et par laquelle nous nous précipitions avec des cris de joie ; les plates-bandes de laitues qu'on avait divisées pour nous en autant de petits jardins séparés et que nous cultivions nous-mêmes; le plateau au pied duquel notre père s'asseyait avec ses chiens à ses pieds au retour de la chasse ; l'allée où notre mère se promenait au soleil couchant en murnmrant tout bas le rosaire monotone qui fixait sa pensée à Dieu, pendant que son cœur et ses yeux nous couvaient près d'elle; le coin de gazon , à l'ombre et au nord, pour les joui*s chauds; le petit mur, tiède au midi, où nous nous rangions, nos livres à la main, au soleil, comme des espaliei-s en automne; les trois lilas, les deux noisetiei-s, les fraises découvertes sous les feuilles, les prunes, les poires, les pèchi»s trouvées le matin toutes gluantes de leur gomme d'or et toules mouillées de rosée sous l'arbre; et plus tard le berceau de charmilles que chacun de nous, et moi surtout, cherchait à midi pour lire en paix ses livres favoris; et le souvenir des impressions confuses qui naissaient en nous de ces pages, et plus tard encon» la mémoire des convereations intimes tenues ici ou là, dans telle ou telle allée de ce jardin; et la place où l'on se dit adieu en partant pour de longues absences, celle où l'on se retrouva au retour,' celles où se passèrent quelques-unes de ces scènes intimes, pathétiques, de ce drame caché de la famille, où l'on vit se rembrunir le visage de son père, où notre mère pleura en nous pardonnant, où l'on tomba à ses genoux en cachant son front dans sa robe; celle où Ton \int lui annoncer la

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