‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 213 sur 269 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

étiiicelante de soleil, et dont les dalles laissaient passer de longues herbes et des giroflées jaunes entre les interstices de pierres, avait Tair d'un carjijw santo abandonné aux végétations incultes du Midi.

« Le bruit de mes pas sur les pierres n'attira personne dans celte cour déserle, ne ût ouvrir aucune persienne aux fenêtres. Je ne savais à qui in'adresser pour parler à la supérieure et lui demander à visiter les restes de ma sœur et à emporter ses reliques. La touriôre dormait apparemment, comme les autres habitantes de ce cloître endormi. Je m'enhardis, en attendant un mouvement ou une voix, à jeter les yeux sur la partie ouverte du cloître, sur la fontaine, sur la cour, sur les jardins que n'animait le bruit d'aucune bêche, et à faire quelques pas dans l'enclos.

« J'aperrus enfln, à rexlrémitë du cloître, une grande porte entr'ouverte; c'était celle de la chapelle du monastère, dont ma sœur m'avait souvent parlé. Je pensai qu'une religieuse en méditation dans la chapelle avait sans doute laissé celle porte sans la refermer derri{»re elle, que le bruit de mes pas l'arracherait h ses pieuses pratiques, et qu'elle viendrait m'indiquer la personne du cou\enl à laquelle je devais m'adrrsser. Je fls quelques pas sous le cloître; je trempai en passant ma main dans l'eau du bassin qui avait tant d'années rafraîchi le front de Clotilde ; j'en bus une pleine main en mémoire d'elle; je poussai le ballant de la porte et j'entrai en faisant exprès résonner mes pas sous le petit dôme œnsacré aux dévolions des recluses. Je croyais que ce bruit ferait retourner l'une d'entre elles ; mais il n'y avait personne dans les bancs. Leurs places étaient marquées par des livres de prières laissés sur la dernière étagère de leur prie-Dieu. Ln petit aulel au fond décoré de fleurs artificielles planlé(»s dans des urnes de marbre peint en or, deux ou trois tableaux de dévotion enfermés et encadrés de bois noir contre des murailles blanchies à la chaux, une balustrade de cyprès moulée séparant le chœur du reste de l'édifice, un pavé de grandes dalles dont quelques-unes étaient sculptées en bosse avec des armoiries et des figures, dont les autres ne portaient qu'une

4â9 NOUVELLES COXriDENCES.

lar^ croLL earr'V dossinét? sar U pierre» aTec un nom et ane datt^ en buij: voilà toat. Deox ravoDS de soleil tombant ♦r.iplomb p.ir I»^îj vitra 111 d'uEi petit dùme aa-dessus de Tautel tniversii'^nt pt^rpea^iicalairemeQl le fond de FeDceiote, comme deai «^'^rbi» d'eau, venaient frapper les dalles au pied de la baliL^trade, et rejaiilL^iaieQt en lumière ébloais- 3a rite à mes pi^»tLs sur ane de ces sculptures. Cest à cette clarté de ci»^(. c'est à La lueur de ce cier2:e étemel, comme tn rappelles diinry tes vers, ipn* je lus le nom de Clotilde et la date de sa mort. Je me précipitai d'abord pour embrasser de mes deui bras ce lit de lumi^^re où elle reposait, où le soleil semblait ainsi la ch*^rcber pour ia ranimer. Ce ne fut que plus tard et après avoir prononcé mille fois son nom, pleuré et prié sur sa tombe, que je m'apen;us d'une diflTérence qui ne m'avait pas frappé d'abord entre cette dalle et celles qui recouvraient les autres cercueils dont la chapelle semblait pavée. El\*^ était de marbre, et il y avait au sommet une poiirnée d** fît'urs enct>re odorantes, et qui semblaient souvent ren«}uv»*leesw Je ne fis pas grande attention à cette distinct:«m de culte entre les cercueils, et je restai aî^enouillé je ne sais combien de temps sujh la dalle, les coudr>j appuyés sur la balu^tnifie du chœur et le visage nojé dans mes deux mains.

« Tu sais que je ne suis pas ce qu on appelle dévot : mais quand ou a *->us les genoai le cercueil de rétre qu'on aima le plus eu ce monde, sur la tête uu ra\on du soleil couchant, et devant sa p»^n>ée le problème terrible de Félemelle séparation ou de réternelle réunion, on ne le résout pas par le raisonnement, on le résout par le cœur, mon ami : on aime, on pleure, on se fie à son amour et à ses larmes. Tout homme alors prend malgré lui la superstition de sa tendresse. S'il n* sent rien, il ne croît rien ; s'il sent tout, 0 croit tout. J*é:ais anéanti dans la vision de Fimmortalité où je revoyais ma sœur, a>mme si elle eilt fait partie de ces rayons ; je lui parlais comme si elle m*avait répondu dans cet ^'hode ma respiration, dans ce vide de marbres sonores. Combien de minutes ou irheur»*s s'écoulèrent ainsi ? Je ne

Page 1