‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 234 sur 269 · PREMIÈRE VISION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE VISION

Et TEsprit m'emporta sur le déclin dos âges : « Quel est cet astre obscur qui , du sein des nuages, Laissant glisser un jour plus morne que la nuit, Écarte à peine l'ombre où sa main me conduit?

— Cest le soleil, mon filsl ce roi brillant des sphères!

— Quoil c'est là le soleil qu'ont adoré nos pères? C'est là ce dieu du jour qui, du sommet des cieux , D'an seul de ses rayons éblouissait nos yeui; Qui, le front rayonnant de jeunesse et d'audace. Et des portes du jour s'élançant dans l'espace.

De son premier regard éclipsait dans les airs Ses rivaux pâlissants du feu de ses éclairs; De la terre éblouie illuminait les cimes , Comme un torrent de flamme inondait ses abîmes , Faisait monter l'encens, iaisait naître les fleurs, Jetait sur l'Océan ses flottantes lueurs, Et, mêlant sa lumière aux vagues de ses plages, D'une brillante écume éclairait les rivages? Se peut-il qu'à ce point cet astre ait défailli? Depuis quand? Par quel sort? — Mon fils, il a vieilli. Tout vieillit dans le ciel ainsi que sur la terre; Ce grand foyer des jours depuis longtemps s'altère. Faible et d'un pas tardif se traînant dans son cours. Il ne dispense plus les saisons ni les jours Comme aux temps fortunés où le regard du sage Par les signes du ciel prédisait son passage ,

Et soumettant sa marche à son hardi compas,

Marquait l'heure aux humains par Tombre de ses pasi

Il ne mesure plus ni les mois, ni les heures;

Mais, parmi les débris de ses douze demeures,

Égarant au hasard son cours capricieux,

D*un pas irrégulier serpentant dans les cieux,

Tantôt dardant ses feux pendant des jours sans nombre,

11 refuse aux ^-allons le doux abri de Tombre,

Brûle une terre aride et dévorant les eaux

Dans ses flancs altérés fait tarir les ruisseaux;

Tantôt se dérobant sous des ombres funèbres.

Il li\re la nature à de longues ténèbres;

Et l'homme épouvanté d*un regard incertain

Attend en \-ain raorore aux portes du matin!

— Et la terre? lui dis-je en voilant mon visage.

— Viens et vois! m dit TEsprit. Soudain comme un orage, De la cime des monts fondant sur les guérets.

Emporte en touraoj-ant la feuille des forets, La promène en son vol du couchant à Taurore, La quitte, la reprend et la rejette encore; Ainsi , planant de loin sur la terre et les mers. Son souffle impétueux m'emporte dans les airs. Et mon œil , du soleil sui\-ant la route oblique , Traverse à Toqua leur les flots de T Atlantique, Vo!e d'un pôle au pôle« et s*abat tour à tour Au\ lH>nis où naît Taurore, où \z mourir le jour! « Quelle e:^! ver> I Occident cette immense contrée Par Tablme des eaux du monde séparée.

Et qui , d'un (lôle à lautre étendant ses déserts, Prvsse autour de ses flancs la ceinture des mers? Sur les routes de Tonde autour d elle semées. Cent i-es reposant sur des vagues calmées. Ainsi que des raîf%$eaux qui flottent vers des ports, So:v.lxor.: avec amour s'approcher de ses bords! Jeuno et dentier enSant qu'ait porté la nature, S«>s cu^nts or.î ivaiw-ne leur verte cfaerelure; Ses flcHin?s, OT.b'-a^res du dôme de ses bois, KJèxen: jusqu'à cous leurs munissantes voix! Sans ô.^u'.e quV-î ces lieux, cboisissint leurs asiles. Les erûnts de iturxw ont eie\e leurs \illes, IV' -^r^ vies e)031s ctens à œs nouveaux remparts. t; :rjir>;v-'.e ieurs dieux, leur empire ei leurs artsT • — Ir-s**"?*?* d.: rEsffit : c'est U terre leconde,

O. Tj ".: ,':î {xusst ies rais^aux du vieux monde.

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