‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 237 sur 269 · LIVRE TROISIÈME. éÊ · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. éÊ

Laisse-moi rechercher dans ces vallons flétris

Des lieux où j'ai passé les vestiges chéris :

C'est ici que d'onâbrage et de fleurs embellie,

La terre m*appanit, au matin de ma vie,

Comme un lieu permanent où Thomme avant le soir

Pouvait sur de longs jours fonder un long espoir I

C'est ici que plus tard, dans Tété de mon âge,

Trouvant un port tranquille après un long orage ,

Dans le sein de Pamour entraîné par l'hymen ,

Et cultivant les fruits de mon champêtre Éden,

Dans le calme des nuits recueillant mon délire,

Au Dieu qui l'inspirait je consacrais ma lyre!

Là je voyais jouer sur le gazon des prés

De nos chastes amours les présents adorés !

Là je plantais pour eux le chêne au large ombrage.

Dont le dôme éternel, élargi d'âge en âge.

Devait, prêtant son ombre aux fêtes du vallon,

Porter de fils en fils mes bienfaits et mon nom !

Là je semais l'épi ; là je creusais la rive

Où mes soins enchaînaient une onde fugitive I

Le temple du Seigneur s'élevait sur ces bords;

Là veillait le pasteur sur la cendre des morts!

Là dormaient ses aïeux; là, l'humble croix de pierre

De son ombre immobile a couvert leur poussière!

Ses débris mutilés couvrent encor leurs os!

Mânes! goûtez en paix ce reste de repos!

Bient(^t... » Mais, m'arrachant des lieux de ma naissance»

L'Esprit impatient me gourmande et s'élance ,

Et \ers les champs déserts de l'antique Paris

Me jette épouvanté sur d'immenses débris.

C'était l'heure où jadis, au réveil de l'aurore,

Les rayons précurseurs du jour qui vient d'éclore

Teignant les dômes saints de douteuses clartés t

Un bruit immense et sourd s'élevait des cités!

Comme on dit qu'à l'aspect de la céleste flamme

Le marbre de Memnon résonne et prend une âme ,

L'airain, retentissant au sommet de ses tours.

Des fidèles au temple appelait le concours;

Le prêtre, accompagné des célestes cantiques.

Guidait la foule errante autour des saints portiques.

Le clairon belliqueux résonnait : à sa voix.

Les guerriers qui veillaient aux barrières des rois.

Ceignant des feux du jour leur cuirasse frappée,

Comme un rempart d'acier s'alignaient sous l'épce;

La chute da marteau, le roulement des chars « De leurs bruits discordants ébranlaient les remparts; Les bornes des palais laissaient toipber leur chaîne, Les gonds d*airain criaient sous les portes de chêne; Et, comme un fleuve immense et grossi dans son cours, La foule s'écoulait pour le travail des jours.

« Mesure, dit l'Esprit, les vanités du monde. »

Il dit. Je ne vis plus qu'une forôt profonde.

Qui, d'un fleuve fangeux couvrant les bords obscurs.

Croissait languissamment sur le bord de ses murs;

Le flot, triste et dormant sous son arche écroulée.

D'un murmure plaintif remplissait la vallée,

Où la Seine, jadis reine de ces beaux lieux.

Roulait avec amour dans son sein orgueilleux

Les ombres des palais qui couronnaient les rives.

Et sous des ponts d'airain pressant ses eaux captives.

Se bâtait d'embrasser dans ses mille replis

Ces murs par qui ses flots se sentaient ennoblis!

Mais, recherchant en vain quelque ombre de sa gloire,

Ces lieux avaient perdu jusques à sa mémoire.

Et son cours égaré de déserts en déserts

Traînait des flots sans nom vers la pente des mers.

Seulement sur ses bords, de distance en distance.

Monument de sa gloire et de sa décadence ,

Un portique, un débris s'élevant sur les bois.

Semblaient par leur aspect lui parler d'autrefois!

Et du sommet miné d'une arche triomphale.

Sous le vol des oiseaux roulant par intervalle,

La pierre, d'un bruit sourd éveillant les échos.

Traçait, en s'abtroant, un cercle dans ses flots.

Je suivais à pas lents ses détours dans la plaine,

Écartant d'une main les jets pliants du chêne;

De l'autre j'arrachais des débris eflacés

De la ronce aux cent bras les fils entrelacés;

Je cherchais à fixer les lettres et les nombres.

Comme on cherche la vie, hélas I parmi des ombres.

Là, le Louvre abaissant ses superbes créneaux

Cachait ses fondements parmi d'humbles roseaux;

Sur les tronçons brisés de ses larges arcades '

Le lierre encor traçait de vertes colonnades.

Et croissant au hasard sur des chiffres chéris,

Le lis pétri Gé s'ouvrait sur ces débris.

Là, d'un temple détruit couronnant les portiques.

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