‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 238 sur 269 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Deux tours penchaient encor leurs fronts mélancoliques,

Mais, suspendant leurs nids aux voûtes du saint lieu,

Les oiseaux chantaient seuls dans la maison de Dieu.

Ici croissait Tortie; ici la giroflée

Penchait sur les débris sa corolle effeuillée;

Là le buis éternel de ses sombres rameaux

Nouait comme un serpent le marbre des tombeaux.

Là, sous le vert cyprès dormait, couché dans l'herbe.

Le buste mutilé d'un conquérant superbe ,

Ou les marbres épars de tous Ces dieux mortels

Dont la Grèce crédule éleva les autels ,

Et qui, fuyant ici des bords de Tlonie,

Y recevaient encor le culte du génie I

Plus loin, d'un front sublime allant toucher les cieux,

D'un règne passager monument orgueilleux ,

La colonne d'airain, plus forte que les âges,

Autour de son sommet voit gronder les orages.

Et sur ses larges flancs porte en lettres de fer

Des exploits que la rouille est prête d'étouffer.

Sans doute ici d'un roi s'élançait la statue;

Mais Tautel est debout, l'idole est abattue;

Sur son faite isolé, roi des champs d'alentour,

Cn aigle solitaire a choisi son séjour :

Il y plane, il s'y pose, et, sous sa large serre

Embrassant ce débris des foudres de la guerre.

Sur ce sanglant trophée où son aire est assis

Semble se souvenir d'avoir régné jadis!

Quoi! d'un peuple étemel voilà donc ce qui reste I Voilà sa trace; à peine un débris nous l'atteste! C'est d'ici que régnant sur l'Occident soumis, Ce peuple, qu'adoraient même ses ennemis, Vit pendant deux mille ans les arls ou la victoire Étendre tour à tour son empire ou sa gloire! Là régnèrent ces rois redoutés ou chéris. Ces Louis! ces François! ces Charles! ces Henris! Dont la main , tour à tour imposante ou facile. Sut modérer le frein de ce peuple indocile. Princes qui, par la guerre ou les arts couronnés, Imposèrent leurs noms aux siècles étonnés! Là, ces prêtres sortis des sacrés tabernacles Dont l'Église agitée implorait les oracles, Ébranlant les palais des foudres de leurs voix , Tonnaient au nom du ciel sur les crimes des rois!

«Oi NOUVELLES CONFIDENCES.

Là, ces preux appuyés sur leur vaillante épée, Partant pour conquérir une tombe usurpée. Ne demandaient pour prix de leurs nobles combats Qu'un signe de salut qui bénit leur trépas, Ou qui n'en rapportaient, dépouille auguste et sainte. Que du sang du Sauveur un peu de terre empreinte! Là, ces chantres fameux dont les divins accords Attiraient les enfants des peuples vers ces bords. Et sur le monde épris de leur mâle harmonie Faisaient parler leur langue et régner leur génie! Là, ces tribuns, l'amour, l'horreur des nations. Soufflant contre les lois le feu des fiictions. Soulevés, déchirés par des mains forcenées. Subissaient les fureurs qu'ils avaient déchaînées! Là , ce nouveau Géaar, dont la terrible main , Sur son siècle indompté jetant un joug d'airain. Comme un subit éclair sort du choc des nuages. S'élançait triomphant du sein de ces orages. Du fer qu'elle a forgé frappait la liberté! Puis, tombant sans empire et sans postérité. Semblable au feu du ciel qui dévore et qui passe. Ne laissait qu'un trophée et du bruit sur sa trace.

Et maintenant couverts des ténèbres du temps,

Ces lieux sans souvenirs, sans voix, sans habitants.

Ont oublié les pas et les œuvres de l'honune

Et n'entendent pas même une voix qui les nomme!

J'allais pleurer sur eux, mais l'Esprit : « Que iais-tu?

Ménage, me dit-il, ta force et ta vertu;

Va! dans ces jours d'épreuve, et de deuil, et d'alarmes.

Pleure sur les vivants, s'il te reste des larmes! »

Il dit, et vers le nord m'em portant dans les airs.

Il me montra de loin un rodier sur les mers.

« Voilà cette Albion, cette reine des ondes,

Dont les vaisseaux légers, messagers des deux mondes.

Ouvrant leur aile immense aux fougueux aquilons.

Se jouaient sur les eaux comme des alcyons!

Ses fils régnaient partout où régnent les tempêtes!

Ses filles, de l'Europe embellissant les fêtes.

Respiraient l'innocence, et dans leurs chastes yeux

Réfléchissaient l'azur de la mer et des cieux.

Et dénouant aux vents leurs chevelures blondes,

Aimaient à soupirer au murmure des ondes!

Hélas 1 elle a péri comme Tyr et Sidon,

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