‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 245 sur 269 · LIVRE TROISIEME. ol · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. ol

Et dont , pour imprimer son signe sur leurs tètes.» Jéhovah couronnait le front de ses prophètes : Tel semblait ce vieillard, et ses traits souverains.» Sa taille surpassant la taille des humains, Tout en lui rappelait un de ces premiers sages Heureux contemporains de l'enfance des àgesl Bouclé sur son épaule , un grand manteau de lin Laissait à découvert la moitié de son sein ; Une large courroie en serrait la ceinture.» Puis, sur ses pieds divins roulant à l'aventurp, Formait ces larges plis, où, flottant tour à tour. On voyait se jouer les ombres et le jour. Il pressait, d'une main, sur sa poitrine nue, Un livre dont sept sceaux interdisaient la vue; Et de Tautre il semblait, avec deux de ses doigts. Tracer sur l'horizon l'image de la croix.

Auprès du saint vieillard , mais dans l'ombre cachée. Une femme, une vierge à sa trace attachée, D'une timide main s'appuyant sur son bras. Sur un pied suspendue , avançait sur ses pas. Non, jamais la beauté qu'un amant vierge encore De ses désirs brûlants en rêves voit éclore, Jamais le souvenir qu'un jeune époux en deuil , Pour nourrir ses regrets , évoque du cercueil , Jamais l'image , enfin , la séduisante image Que se forme une mère, en portant son doux gage., N'égala les attraits de cet être charmant Qu'aux regards d^loïm offrit ce seul moment. Quand fixant sur ses traits sa paupière ravie. Ce regard suspendit son haleine et sa vie!

Elle était dans cet âge où préte^^ se flétrir. Cette fleur de beauté qu'un printemps fait mûrir Semble inviter l'amour à cueillir ses délices Avant qu'un jour de plus effeuille ses calices : Age heureux de la grâce et de la volupté Qui confond en saison le printemps et Pété! La jeunesse mêlait sur ses lèvres écloses Une tendre pâleur à l'éclat de ses roses; Ses traits divins dont l'ombre arrêtait le contour. Ses yeux bleus , ou brillants, ou voilés tour à tour, L'astre dont le foyer est le cœur d'une femme Laissait en longâ éclairs échapper plus de flamme;

D'un sein plas arroncji les globes achevés.

D'un souffle plus, égal sous leur voile élevés,

Et ses cheveux flottants, dont les tresses moins blondes

Jusque sur le gazon glissaient en larges ondes,

Mais dont l'or brunissant, de plus de feux frappé.

Ressemblait aux épis que la faux a coupé :

Tout en elle annonçait ces saisons de tempête y

Ce solstice éclatant où la beauté s'arrête.

Un voile blanc, tissu de ses blanches brebis,

Pressait son sein d'albfttre, et glissant à longs plis.

Dessinait les contours de sa taille superbe ,

Et venait, sur ses pieds, se confondre avec Therbe!

Aucun vain ornement, aucun luxe emprunté

N'altérait la candeur de sa pure beauté.

Dédaignant d'un faux art les trompeuses merveilles.

L'opale ou le corail n'ornait point ses oreilles;

Le rubis sur son front ne dardait point ses feux ;

L'or autour de son cou n'enlaçait pas ses nœuds;

Et ces lourds bracelets, qu'un vain luxe idolâtre.

D'un bras harmonieux ne foulaient point l'albâtre ;

Mais, sur sa blanche épaule , un ramier favori

Était venu chercher un amoureux abri;

Il caressait son cou d'un doux battement d*aile;

Et broutant le gazon qui croissait autour d'elle,

Deux lions, par l'attrait près d'elle retenus.

Folâtraient sur sa trace et léchaient ses pieds nus.

Tels les plus doux objets qu'anima la nature

Suivaient Eve en Ëden et formaient sa parure.

Suivant d'un pas distrait les pas du saint vieillard.

Elle laissait errer ses beaux yeux au hasard;

Ce regard n'avait pas ce divin caractère

D'un œil qui voit le ciel et méprise la terre;

Je ne sais quoi d'humain, de vague et d'inquiet,

Ressemblait au désir, ou plutôt au regret.

On eût dit qu'en ces lieux par la force enchaînée ,

Pour ce divin exil elle n'était pas née.

En un mot, l'un semblait un habitant des cieux,

L'autre une en£ant de l'homme esclave en ces beaux lieux.

« Jour, disait le vieillard , jour qui finis ta course. Toi que le temps fit naître , et rappelle à ta source , C*en est fait : éteinft-toi I Va dans l'éternité Rendre compte à ce Dieu par qui tu fus compté!

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