‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 247 sur 269 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Jo n'oserais nommer du nom touchant de femme!

Soyez bénis tous deuzl Ou si mes sens surpris

Prennent pour des mortels de célestes esprits,

Êtres surnaturels I enseignez-moi vous-même

Comment on vous adore ou comment on vous aime! »

La vierge, à ces accents qui vibrent dans son cœur.

Rougissait de plaisir, d'orgueil et de pudeur;

Ses lèvres s'entr'ouvraient pour répondre elle-même;

Mais le vieillard, d'un geste et d'un regard suprême,

Sur sa bouche tremblante arrêta son discours :

c Suivez-moi , leur dit-il ; le^ mœurs des anciens jours.

Ne nous permettent point d'interroger encore

L'étranger dont les pas ont devancé l'aurore.

Avant qu'à notre table, assis, il ait goûté

Le pain, le vin, les dons de l'hospitalité!

Qu'il vienne du Seigneur partager les merveilles,

Désaltérer sa soif du doux jus de mes treilles

Et du lait des brebis épaissi sous ta main ,

Et des fruits de nos champs satisfaire à sa faim.

Demain, quand le sommeil aura, par un long rêve,

De ses membres brisés renouvelé la sève ,

Il nous racontera quel sort mystérieux ,

A travers les déserts, le conduit en ces tieux,

Ce qu'il est, ce qu'il veut, ce qu'il vit chez les hommes;

Et lui-même, 6 ma fille! il saura qui nous sommes I... »

Tout en parlant ainsi, le vieillard qui marchait.

Des bords d'un lac limpide à pas lents s'approchait;

Êloïm admirait et suivait en silence ,

Et la jeune beauté, dont le pas les devance,

Échappant à leurs yeux, courait, d'un pied léger,

Préparer le repas du divin étranger.

Quelques semaines après, j'écrivis un second chant du même poème, intitulé : Les Clievaliers. J'ayais le Tasse et rAiioste de bien loin dans l'imagination. Je comptais loucher successivement toutes les cordes graves et sensibles de la poésie épique ou élégiaque dans cette œuvre sans fin commencée trop jeune et interrompue avant le temps. En voici quelques fragments négligés après bien des années au fond de mon portefeuille.

Cependant le cœur plein de deuil et de tristesse,

Béranger, maudissant le poids de sa vieillesse.

Privé du seul objet qui consolait ses jours,

De son château désert a traversé les cours.

Ses cheveux blancs, souillés de sang et de poussière.

Tombent à gros flocons sur sa morne paupière;

Il mord sa lèvre pâle, il presse dans sa main

La garde du poignard qu'il fit briller en vain.

Et sur ses traits ridés se frayant une route,

Deux longs ruisseaux de pleurs, tombant à grosse goutte,

Viennent mouiller ce fer, dans ses mains impuissant.

« Ahl malheureux I dit^il, des pleurs au lieu de sang! »

Il baisse un front courbé sous le malheur et Tàge,

Et de ses serviteurs détourne son visage.

Tel un chêne vieilli , dont les rameaux sécbés

Par la foudre ou la hache ont été retranchés,

Sur un coteau brûlant, que son aspect afllige.

Ne voit plus de son sein sortir de jeune tige,

Et de Tombre et des fleurs oubliant la saison.

Penche un tronc dépouillé sur le morne gazon.

Ses vassaux consternés se rangent en silence;

Mais soudain à ses pieds un mendiant s'élance;

Son front, déjà chargé des traces de ses jours.

Do sa vie ora<;euse annonçait le long cours;

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