LIVRE TROISIÈME. :^tl
Celte enfiini dont ses yeux ont la douce habitude ,
De ses gémissements remplit la solitude;
Marche, s'arrête, écoute, éclate en vains sanglots,
Et consume la nuit à regarder les flots.
Mais à rheure où les chants du pieux solitaire
Montent seuls vers le ciel , quand tout dort sur la terre.
Son regard , en Bxant Técueil inhabité ,
Du fanal de Tristan découvrit la clarté.
A cet aspect nouveau son cœur glacé palpite :
Il appelle, il espère, il s'élance, il hésite;
Mais vers les bords lointains où cet espoir a lui,
Un instinct plus puissant l'entraîne malgré lui.
Réveillés à ses cris, ses matelots fidèles
Rattachent l'aviron aux flancs de ses nacelles,
Dressent les mAts couchés sur les esquifs flottants ,
Lèvent l'ancre pesante, ouvrent la voile aux vents;
Et lui-même, voyant où le fanal le guide,
Courbé sur l'aviron fend la plaine liquide.
La brise de la nuit sur le lac écumant
Vers recueil escarpé les pousse en un moment :
Ils franchissent le flot grondant sur le rivage.
Béranger, le premier, s'élance sur la plage ;
Il appelle, il s'écrie, il court, il voit enfin.
Il voit aux premiers feux des astres du matin ,
Sur un gazon trempé des larmes de l'aurore ,
Sur le sein de Tristan la fille qu'il adore
Mollement assoupie; il doute, il craint d'abord
Cette immobilité qui ressemble à la mort;
Mais bientôt s'approchant du couple qui sommeille.
Le, bruit de leurs soupirs rassure son oreille;
Il voit le sein d'Hermine encor gros de soupirs.
Onduler, comme Tonde, au souille des zéphirs:
Elle vit! c 0 ma fille! ô ma seconde vie.
A l'outrage, à la mort quelle main t'a ravie?
Réveille-toi, réponds? Quel que soit ton sauveur,
Je jure par le ciel, par toi, par mon bonheur.
De lui donner, pour prix de ce bienfait suprême.
Tout ce que peut donner ma main... fût-ce toi-même! »
Ces cris de son Hermine ont ranimé les sens;
Elle rouvre ses yeux, elle entend ces accents,
Voit pencher sur son front la tète paternelle,
Et lui montrant des yeux Tristan : c C'est lui, » dit-elle;
Et Tristan, à ces mots, rougissant de bonheur,
De ses pleurs arrosait les mains de son seigneur.
524 NOUVELLBS CONFIDENCES.
Mais Béranger, ouvraot les bras à son Hennioe, Allait presser aus^i Tristao sur sa poîlrine. Quand une sombre image, un soudain repentir Resserre tout à coup son cœur prêt à s*ouvrir. Hermine tombe seule entre les bras d*on père; Le beau page, à ses pieds, reste un genou sur terre ^ Et le vieillard lui jette un regard incertain. Où la reconnaissance est mêlée au dédain : a Partons, dit-il, Tuyons ce funèbre rivage. Qui de mon désespoir me rappelle Timage, Et pendant que les flots nous porteront au port , Tu nous raconteras ce prodige du sort. » La rame bat les flots, la barque glisse et vole; Hermine, retrouvant à peine à la parole. Raconte en rougissant ce qu*a fait son sauveur; Comment il a risqué ses jours pour son honneur; Comment son bras, plus fort que la vague et Forage Au milieu de la nuit Ta portée au rivage; Comment, près d'un foyer par ses mains allumé. Dans son sein engourdi son cœur s'est ranimé. Et comment, par ses soins la rendant à la vie. Il l'a tout à la fois respectée et servie. Béranger, en silence, écoutait ces récits; En cercle autour de lui ses chevaliers asMS, De surprise et d'orgueil ne pouvant se défendre. Sur répaule du preux se penchaient pour entendre; Et les rameurs, eux-mème, enchaînés par la voix. Du page rougissant écoutaient les exploits. Et contemplant Hermine à leur amour rendue, Oubliaient d'abaisser la rame suspendue.
Quand elle eut achevé, fiéranger, l'œil baissé. Sous tant d^émotions resta comme oppressé; Puis d'un ton à la fois indulgent et sévère : « Tristan, dit^il, en moi ton enfance eut un père. Tu m'as rendu ma fille, et ce premier haut fait Acquitte en un seul jour le bien que je t'aifait: Mais mon cœur veut sur toi conserver l'avantage; Il n'était qu'un seul prix digne de ton courage. Tu l'avais mérité ! je te l'aurais offert; Mais entre Hermine et toi Tablme s'est ouvert. Rien ne peut le combler, et pas même ta vie ; Le jour qui me la rend à toi te l'a ravie; Ton père s'est nommé; ton père, un meodiant,