‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 251 sur 269 · LIVRE TROISIÈME. oî · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. oî

Do Taurore à la nuit, de la nuit au matin ,

Durant trois jours complets, durant trois nuits entières,

Chassèrent le sommeil de toutes les paupières.

Mais au dernier repas de la troisième nuit,

Quand, déjà chancelanLs de fatigue et de bruit,

Les convives lassés succombaient à l'ivresso.

Le baron de Neuf-Tours à Béranger s'adresse :

« Seigneur I n'avez-vous donc pour orner votre cour

Trouvère ou ménestrel, barde ni troubadour?

Quitterons-nous ces lieux sans que de son écharpe

L'enfant perdu du lac ait dénoué sa harpe...

— Excusez-moi, seigneur, dit Tristan tout confus,

J'imite les héros, je ne les chante plus. »

Le baron, à ces mots, lui lance un faux sourire ;

Mais Béranger, honteux qu'on ait o^*. dédire

En sa présence même un noble chevalier :

« Vous chanterez, Tristan; tant d'orgueil doit plier I

Écuyer, apportez la harpe du trouvère;

Hermine, que ta voix charme aussi ton vieux père.

Et chaulez tous les deux l'histoire d'Amadis,

Où vos deux voix d'enfants s'entremêlaient jadis. »

11 dit. Hermine tremble et murmure en son âme;

Le page avec respect s'approche de sa dame ,

Lui présente son luth, au clou d'or suspendu,

Ce luth dont le doux son, à sa voix confondu.

Résonnait autrefois de loin à son oreille

Plus gai qu'un premier chant de l'oiseau qui s'éveille;

Et lui-même, prenant des mains d'un écuyer

Une harpe nouée auprès d'un bouclier.

L'accorde lentement et d'une main distraite.

Et de saisissement la foule était muette.

EnGn, d'une voix faible et sans lever les yeux,

Hermine commença le doux lai des adieux.

Or, c'était un récit , triste comme leur âme ,

El que, sans y penser, avait choisi la dame ,

D'un chevalier quittant pour ne plus la revoir

Celle dont la pensée était son seul espoir;

Un vieux barde, exilé des bords de la Durance,

L^avait porté jadis de l'Italie en France.

Deux voix , pour imiter cette scène d'amour.

S'en devaient partager les couplets tour à tour;

Et la harpe et le luth, de leurs notes plaintives ,

En suspendre un moment les stances fugiti>es.

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