‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 260 sur 269 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

pas cela ; le monde ne veut plus douter, car il a besoin d'espérer; rendez-lui de la foi. » Jeune, mélancolique, incliné aux croyances , indiiTérent à la nature des émotions, pourvu que ces émotions lui revinssent en applaudissements et en gloire après Tavoir remué lui-même , il brûla son livre et il en écrivit un autre : cette fois, c'était le Génie du Christianisme. La philosophie avait vaincu*, la Révolution avait sapé et immolé en son nom ; les philosophes étaient accusés de toutes les calamités du temps, ils étaient devenus impopulaires comme les démolisseui*s sont maudits des fidèles dont ils ont ruiné le temple. M. de Chateaubriand entreprit l'œuvre de le reconstruire dans l'imagination ; il voulut être VEsdras de l'Église détruite et des adorateurs dispersés.

Un philosophe pieux avait une œuvre belle et sainte à faire sur un pareil plan. La philosophie religieuse et lumineuse s'était avancée de siècle en siècle ; en pénétrant rayon par rayon dans les ombres des temples, elle avait fait pâlir les superstitions, évaporer les idoles, et mis plus de jour, plus de raison et, par conséquent, plus de divinité sur les autels. Une philosophie impie, cynique, matérialiste, s'était mêlée dans les derniers temps à l'œuvre et l'avait viciée et pervertie en s'y mêlant. Remonter aux sources du christianisme, épurer les cœurs, montrer aux hommes de notre temps ce que Dieu avait mis de sainteté, de vertu et d'efflcacité dans les doctrines et dans les institutions du christianisme ; ce que l'ignorance, la force, la fraude et la barbarie y avaient mis de superstitions, d'idolâtrie, de vice et de corruption ; rendre à Dieu ce qui était de Dieu, aux hommes ce qui était des hommes, au passé ce qui doit mourir avec lui, à l'avenir ce qui doit durer et vivifier l'âme humaine en lui faisant respirer une plus pure idée de la Divinité et en

imprégnant les cultes, la législation, la politique, toutes les œuvres sociales d*une plus parfaite sainteté, c'était là roravre d'une grande raison, d'une grande imagination et d*oDe grande piété, remuant d'une main respectueuse, mais libre, les ruines du sanctuaire ancien pour relever le sanctuaire nouveau. H. de Chateaubriand était doué d'une assez haute raison pour l'entreprendre et d'un assez grand génie pour l'accomplir. Le christianisme aurait eu son Montesquieu avec la poésie de plus.

Au lieu de cette œuvre, M. de Chateaubriand avait lait dans son livre, comme Ovide, les Fastes de la religion. Il avait exhumé non le génie, mais la mythologie et le cérémonial du christianisme. Il avait chanté sans choix et sans critique ses dogmes et ses superstitions, sa foi et ses crédulités, ses vertus et ses vices ; il avait fait le poème de toutes ses vétustés populaires et de toutes ses institutions déchues; depuis la domination politique des consciences par le glaive jusqu'aux richesses temporelles de l'Église, depuis les aberrations de Tascétisme monacal jusqu'à ses ignorances béatifiées, et jusqu'aux fraudes pieuses des prodiges populaires inventés par le zèle et perpétués par la routine du clergé rural pour séduire l'imagination au lieu de sanctifier req>rit des peuples, M. de Chateaubriand avait tout divinisé. Son livre était le reliquaire de la crédulité humaine.

Il avait immensément réussi. Les raisons de ce succès étaient doubles, dans l'écrivain par son génie, dans l'opinion par sa pente. La Révolution avait secoué et désorienté l'écrit

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